L'essentiel
- 4 entreprises de Nouvelle-Aquitaine parmi les 80 lauréats de French Tech 2030.
- HyPrSpace, Keysom, Shark Robotics et Swarm Robotics Group distinguées dans le spatial, les processeurs et la robotique.
- 1,5 milliard d'euros levés par l'ensemble de la promotion depuis la création des entreprises.
- 46 usines existantes ou en projet parmi les lauréats.
- Un accompagnement de l'État pendant un an pour accélérer leur développement.
Fusées, microprocesseurs, robots d’intervention et essaims autonomes : quatre entreprises de Nouvelle-Aquitaine figurent parmi les 80 lauréats du French Tech 2030, dévoilés le 16 octobre. HyPrSpace, Keysom, Shark Robotics et Swarm Robotics Group illustrent une nouvelle priorité nationale : maîtriser les technologies stratégiques plutôt que dépendre de fournisseurs étrangers.
Quatre entreprises, quatre technologies stratégiques
La French Tech ne se résume plus aux plateformes numériques et aux applications grand public. Avec sa promotion 2026 de French Tech 2030, l'État met à l'honneur les entreprises capables de développer des technologies essentielles à l'indépendance industrielle, économique et militaire de la France.
Parmi les 80 entreprises sélectionnées, quatre sont implantées en Nouvelle-Aquitaine. Trois se trouvent dans la métropole bordelaise, la quatrième à La Rochelle. Leurs activités sont différentes, mais elles partagent une ambition : maîtriser des technologies que l'Europe ne peut plus se permettre de laisser exclusivement entre des mains étrangères.
HyPrSpace : accéder à l'espace sans dépendre des autres
Installée au Haillan, près de Bordeaux, HyPrSpace développe des lanceurs spatiaux reposant sur une technologie de propulsion hybride brevetée. Son objectif est de proposer des services de lancement suborbitaux et orbitaux compétitifs.
L'entreprise vient de franchir une étape industrielle importante. Le 1er octobre, elle a inauguré une usine de 7 000 m² au Haillan, doublant sa surface industrielle. Elle a également obtenu une subvention de 3,2 millions d'euros dans le cadre du programme France 2030 pour accompagner son industrialisation.
Au-delà du marché commercial des satellites, l'enjeu est stratégique. Disposer de capacités de lancement indépendantes devient essentiel pour les télécommunications, l'observation terrestre et la défense.
Keysom : des processeurs pour réduire les dépendances
À Pessac, Keysom s'attaque à un autre maillon sensible de la souveraineté : les semi-conducteurs. La startup développe des processeurs personnalisés fondés sur l'architecture ouverte RISC-V. Sa technologie permet de supprimer les instructions inutiles pour optimiser les performances, la consommation énergétique et la surface de silicium nécessaire.
L'intérêt dépasse la seule efficacité technique. Dans un secteur dominé par quelques grands acteurs internationaux, la capacité à concevoir des architectures adaptées à des applications critiques représente un enjeu industriel majeur.
Mais concevoir un processeur ne signifie pas nécessairement le fabriquer. La maîtrise de la chaîne de production des semi-conducteurs reste l'un des défis de la souveraineté européenne.
Shark Robotics : intervenir là où l'homme ne peut plus aller
À La Rochelle, Shark Robotics conçoit et fabrique des robots terrestres destinés aux interventions dangereuses. Incendies, risques industriels, sécurité intérieure ou opérations militaires : ses machines permettent d'agir à distance et de limiter l'exposition des équipes humaines.
L'entreprise s'est notamment fait connaître grâce à ses robots déployés lors de l'incendie de Notre-Dame de Paris. Elle illustre le potentiel des technologies duales, capables de répondre aussi bien à des besoins civils qu'à ceux de la défense.
Swarm Robotics Group : faire collaborer les robots
À Bègles, Swarm Robotics Group travaille sur un domaine en pleine expansion : la coordination de flottes de robots autonomes. Sa plateforme logicielle ORUS permet à des robots de types différents de fonctionner ensemble. Le groupe s'appuie notamment sur Dronisos, connu pour ses spectacles de drones, et Icarus Swarms, positionné sur les applications de défense.
L'enjeu n'est plus seulement de fabriquer des robots performants, mais de les faire collaborer efficacement. Une technologie susceptible de transformer demain les opérations industrielles, la sécurité et les systèmes militaires.
De l'innovation à la puissance industrielle
Cette sélection confirme le poids de la Nouvelle-Aquitaine dans plusieurs technologies stratégiques. Elle souligne aussi l'importance croissante des marchés civils et militaires pour les entreprises de la deeptech.
Comment transformer ces innovations en véritables capacités industrielles ? French Tech 2030 propose un accompagnement de l'État pour accélérer le développement des entreprises, faciliter leurs relations avec les administrations et lever certains obstacles réglementaires. La sélection ne constitue toutefois pas, à elle seule, une nouvelle subvention.
Pour ces quatre entreprises, le défi dépasse désormais la reconnaissance technologique. Il s'agit de produire, de trouver des clients et de changer d'échelle, sans perdre la maîtrise de leurs technologies.
Car la souveraineté ne se décrète pas dans un palmarès. Elle se construit aussi dans les usines, les laboratoires et les carnets de commandes.





