French Tech Nouvelle-Aquitaine : 360 millions en sept mois, le financement repart-il vraiment ?
360 millions d’euros en sept mois : la French Tech Nouvelle-Aquitaine rebondit. Et même sans les trois méga-opérations, les chiffres montrent un vrai redémarrage.

Joli rebond pour la French Tech Nouvelle-Aquitaine : 360 millions d’euros en sept mois. Après une année 2025 particulièrement mauvaise, les financements des entreprises innovantes repartent fortement en Nouvelle-Aquitaine. Les trois grosses opérations Exosens, FineHeart et Elixir Aircraft gonflent évidemment le compteur. Mais même en les retirant, les chiffres montrent que le redémarrage ne se limite pas aux méga-opérations.
Il y a des chiffres dont il faut toujours se méfier. Surtout lorsqu’ils sont trop beaux. Au 31 juillet 2026, les entreprises innovantes de Nouvelle-Aquitaine ont mobilisé 358,73 millions d’euros à travers 27 opérations (sans compter une 28ème de 1,7 M€ non annoncée à ce jour), selon le dernier baromètre de la French Tech Bordeaux. Et 2026 n’en est qu’à son septième mois.
Après l’effondrement de 2025, qui avait vu les montants régionaux chuter de 60 % par rapport à 2024, le retournement paraît spectaculaire. Une situation qu'AQUI avait analysée dès l'année dernière dans « French Tech Nouvelle-Aquitaine : fin de l'illusion » : derrière quelques belles opérations, le financement de l'écosystème régional s'était sérieusement grippé.
Mais regarder uniquement le total de 2026 serait tout aussi trompeur.
En 2026, trois opérations concentrent les trois quarts des financements
Exosens, FineHeart et Elixir Aircraft représentent à elles seules 268 millions d’euros, soit près de 75 % des montants recensés depuis janvier. De quoi relativiser sérieusement les 358,73 millions affichés. Une tendance qui se confirme en France, les mégas opérations masquent la réalité. La toute récente levée de 3 Milliards d'euros de Mistral.ai le confirme.
Le même exercice appliqué à 2025 donne un résultat assez surprenant. Cette année-là, les six plus grosses opérations régionales étaient Veesion, 38 millions, EnerVivo, 30 millions, TreeFrog Therapeutics, 30 millions, Germitec, 29 millions, Space Cargo Unlimited, 27,5 millions, et HyPrSpace, 21 millions. Elles représentaient ensemble 175,5 millions d’euros.
Une fois ces six opérations retirées, il ne reste donc que 56 millions d’euros répartis entre 22 opérations sur toute l'année 2025.
Soit un ticket moyen de seulement 2,55 millions d’euros.

Hors méga-opérations, le marché progresse aussi
Faisons maintenant le même exercice pour 2026. Aux 358,73 millions recensés par French Tech Bordeaux jusqu’au 31 juillet, nous ajoutons une opération de 1,7 million d’euros, confirmée mais pas encore intégrée au baromètre. Notre base atteint donc 360,43 millions pour 28 opérations. En retirant les 268 millions d’Exosens, FineHeart et Elixir Aircraft, il reste 92,43 millions d’euros répartis sur 25 opérations.
Le ticket moyen des opérations hors des trois géantes atteint ainsi 3,70 millions d’euros, contre 2,55 millions en 2025. La progression est de 45 %. Et c’est probablement le chiffre le plus intéressant de ce nouveau baromètre.

Car on ne compare pas deux années complètes. En seulement sept mois, 2026 compte déjà 25 opérations hors méga-financements, contre 22 durant les douze mois de 2025. Le rebond ne repose donc pas uniquement sur trois énormes dossiers.
Un dégel après une année 2025 catastrophique ?
Cette embellie est d'autant plus intéressante qu'elle touche précisément l'une des faiblesses que nous pointions dans « French Tech Bordeaux : pourquoi la Nouvelle-Aquitaine est la grande oubliée du financement » : un écosystème capable de faire émerger beaucoup de startups, mais qui peine à leur apporter les capitaux nécessaires lorsqu'elles doivent accélérer.
Des projets plus techs ou industriels et plus matures
"Le paysage de la French Tech Nouvelle-Aquitaine a changé, moins de projets "web" (e-commerce, plateforme, services...) et plus de projets "tech" (IA, deeptech, medtech, industriel...). Plus compliqué, plus difficile à financer mais souvent portés par des équipes avec plus de maturité et de savoir-faire. C'est ce que recherche les investisseurs." nous confie le Partner d'un fonds ayant participé à plusieurs opérations.
Il reste cependant une précaution importante. French Tech Bordeaux parle désormais de « financements mobilisés ». Ce périmètre peut intégrer capital, dette, financements publics et opérations non dilutives. L’exemple de TreeFrog est révélateur : ses 30 millions de 2025 provenaient de la Banque européenne d’investissement via un mécanisme hybride.
Comparer les millésimes exige donc davantage de finesse qu’un simple classement des levées de fonds. Mais une tendance se dessine quand même. En 2025, six grosses opérations représentaient près de 76 % du total régional. En 2026, les trois principales en représentent environ 74 % sur notre base corrigée. La concentration reste presque identique. Ce qui change, c’est ce qui se passe derrière.
Plus d’opérations en sept mois que sur toute l’année précédente, 36 millions d’euros supplémentaires hors méga-financements et un ticket moyen en hausse de 45 %.
Après une année 2025 noire, le robinet du financement semble donc réellement commencer à se rouvrir en Nouvelle-Aquitaine. Et derrière les montants, une autre évolution se dessine : des projets plus technologiques, plus industriels et plus matures semblent davantage trouver grâce auprès des investisseurs.
FAQ Financement French Tech Nouvelle-Aquitaine
Combien la French Tech Nouvelle-Aquitaine a-t-elle levé en 2026 ?
Au 31 juillet 2026, French Tech Bordeaux recense 358,73 millions d'euros de financements mobilisés lors de 27 opérations. AQUI intègre également une opération confirmée de 1,7 million non encore annoncée, portant son calcul à 360,43 millions.
Pourquoi les chiffres 2026 sont-ils à relativiser ?
Exosens, FineHeart et Elixir Aircraft concentrent 268 millions d'euros, soit près des trois quarts du total. Mais hors de ces trois opérations, 92,43 millions ont tout de même été mobilisés.
Le financement des startups repart-il vraiment en Nouvelle-Aquitaine ?
Les chiffres indiquent un redémarrage. Hors méga-opérations, le ticket moyen atteint 3,70 millions d'euros en 2026, contre 2,55 millions en 2025, soit une hausse de 45 %.
Peut-on comparer directement les chiffres 2025 et 2026 ?
Avec prudence. French Tech Bordeaux parle de « financements mobilisés », qui peuvent comprendre capital, dette, financements publics ou opérations non dilutives. De plus, 2025 porte sur douze mois contre sept mois pour les données 2026.
Par Jacques FROISSANT
Directeur de la publication
Bordelais, œnologue, tout allait bien… jusqu’à ce que je dérape dans l’entrepreneuriat RH pour les startups. 😉 Auteur et chroniqueur (L’Express, FrenchWeb, France 3 NOA...), je suis aujourd’hui cofondateur et rédacteur en chef d’AQUI.Media
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