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Économie

EXCLU. Sud Ouest bientôt racheté par les Belges de Rossel

Sud Ouest pourrait passer sous pavillon belge. Rossel négocie le rachat du groupe bordelais pour près de 100 millions d’euros, après 82 ans de contrôle familial.

Par Jacques FROISSANT
Publié il y a 3 sept.
4 min de lecture
EXCLU. Sud Ouest bientôt racheté par les Belges de Rossel
EXCLU. Sud Ouest bientôt racheté par les Belges de Rossel

Une page de l'histoire bordelaise va bientôt se tourner. Après 82 ans sous le contrôle de la famille Lemoîne, le Groupe Sud Ouest est entré en négociations exclusives avec le belge Rossel, propriétaire notamment de La Voix du Nord. Une opération qui pourrait avoisiner les 100 millions d'euros et créer le numéro trois de la presse régionale française.

Ce n'est pas encore signé, mais cette fois le scénario est clairement sur la table. Le Groupe Sud Ouest (GSO), maison mère du quotidien bordelais, a annoncé jeudi 3 septembre être entré en négociations exclusives avec Rossel France en vue de son rachat. Selon une source proche du dossier citée par l'AFP, l'opération pourrait atteindre une centaine de millions d'euros. Les deux groupes espèrent la finaliser avant la fin de l'année, après consultation des représentants du personnel.

Si elle aboutit, la famille Lemoîne abandonnera le contrôle d'un groupe qu'elle détient encore à environ 80 %. Une sacrée rupture. Jacques Lemoîne avait fondé Sud Ouest à Bordeaux en 1944, dans les jours suivant la Libération.

Rossel, un poids lourd belge déjà très français

L'acquéreur n'est pas un fonds d'investissement sorti de nulle part. Rossel est le premier groupe de presse francophone belge. Toujours contrôlé par la famille Hurbain, il possède notamment Le Soir en Belgique et, en France, La Voix du Nord, Le Courrier Picard, L'Union-L'Ardennais ou Paris-Normandie.

Avec Sud Ouest, Rossel changerait encore de dimension en France.

Le futur ensemble pèserait plus de 400 millions d'euros de chiffre d'affaires et deviendrait le troisième acteur de la presse régionale française, derrière SIPA-Ouest-France, 525 millions d'euros de chiffre d'affaires en 2025, et EBRA, propriétaire notamment du Dauphiné Libéré et du Progrès, avec 479 millions.

Mais le rachat de Sud Ouest ne constitue pas une opération isolée. Il s'inscrit dans une stratégie de consolidation beaucoup plus large. En 2025, Rossel, qui affichait alors 646 millions d'euros de chiffre d'affaires et 92 marques, avait annoncé son rapprochement avec son concurrent belge IPM. Ce dernier possède notamment La Libre Belgique et La Dernière Heure. L'opération devait donner naissance à un poids lourd de la presse belge.

Un an plus tard, Rossel regarde donc vers le Sud-Ouest de la France. Après le Nord, la Picardie, la Champagne-Ardenne et la Normandie, le groupe belge ajouterait à son territoire médiatique une immense zone allant de Bordeaux aux Pyrénées. La concentration de la presse quotidienne régionale française franchirait ainsi une nouvelle étape.

Une entreprise rentable, un journal sous pression

Pourquoi vendre maintenant ? Le paradoxe est intéressant. GSO reste rentable et a réalisé ces dernières années une diversification importante dans l'événementiel, l'audiovisuel ou les services. Environ 30 % de ses revenus proviennent désormais d'activités hors journaux papier.

Mais le cœur historique souffre. La Sapeso, société éditrice de Sud Ouest, était déficitaire en 2025. Le quotidien diffusait encore 164 000 exemplaires par jour cette même année, selon l'ACPM, mais les restructurations se succèdent.

Après 81 départs en 2024, une nouvelle cinquantaine de départs volontaires ou de non-remplacements est programmée d'ici 2028. Sud Ouest compte aujourd'hui environ 700 salariés, dont 230 journalistes. Le changement récent de direction avait déjà révélé les tensions. En juillet 2025, le directeur général Nicolas Sterckx avait été brutalement révoqué. Olivier Cotinat avait repris les commandes du groupe.

De Bolloré à Rossel, les rumeurs couraient

La vente n'arrive d'ailleurs pas totalement par surprise. Un représentant du SNJ interrogé reconnaît que les rumeurs circulaient depuis plusieurs mois. Les noms de Vincent Bolloré et du groupe La Dépêche, contrôlé par la famille Baylet, auraient notamment été évoqués.

Le choix de Rossel semble provoquer moins d'inquiétude immédiate dans la rédaction. C'est un groupe familial dont le métier principal reste la presse. Mais les journalistes attendent désormais des garanties sur les emplois.

La question sera centrale. Car derrière les mots rassurants sur les « valeurs communes » et l'absence de « doublons évidents », le véritable intérêt industriel du rapprochement est précisément la mutualisation. Rossel ne s'en cache d'ailleurs pas. Avec GSO, la France représenterait près de la moitié de son chiffre d'affaires et permettrait, selon son administrateur délégué Bernard Marchant, de mutualiser moyens et expertises.

Olivier Cotinat invoque également la nécessité d'atteindre une « taille critique », notamment pour financer les investissements numériques et ceux liés à l'intelligence artificielle.

Après 82 ans d'indépendance familiale, Sud Ouest s'apprête donc à changer d'époque. La famille Lemoîne avait jusqu'ici résisté au grand Monopoly de la presse quotidienne régionale française. Si l'accord avec Rossel va au bout, Bordeaux conservera son journal. Mais plus son propriétaire.

JA

Par Jacques FROISSANT

Directeur de la publication

Bordelais, œnologue, tout allait bien… jusqu’à ce que je dérape dans l’entrepreneuriat RH pour les startups. 😉 Auteur et chroniqueur (L’Express, FrenchWeb, France 3 NOA...), je suis aujourd’hui cofondateur et rédacteur en chef d’AQUI.Media

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