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Aéronautique

Azur Drones : pourquoi la pépite bordelaise s’est écrasée

38 millions d’euros levés, des clients prestigieux, une technologie pionnière. Azur Drones finit pourtant vendue 160 000 euros. Comment la pépite de Mérignac s’est-elle écrasée ?

Par Jacques FROISSANT
Publié il y a 27 août
3 min de lecture
Azur Drones : pourquoi la pépite bordelaise s’est écrasée
Drone Skeyetech d'Azur Drones

Pionnière européenne du drone autonome, la PME de Mérignac avait convaincu TotalEnergies, BASF ou Orano et levé des dizaines de millions d’euros. Cela n’a pas suffi. Placée en redressement judiciaire en juin, Azur Drones a été cédée fin juillet à Drone Volt pour 160 000 euros. Derrière l’échec, une technologie prometteuse mais une équation économique jamais résolue.

Azur Drones : 38 millions levés, puis vendue 160 000 euros

C’est une chute qui résume assez bien les difficultés de certaines pépites de la deeptech française. Azur Drones avait la technologie, les références et les investisseurs. Mais pas encore les revenus capables de financer tout cela.

Le tribunal de commerce de Bordeaux a ouvert le redressement judiciaire de la société le 3 juin, avec une cessation des paiements fixée au 15 mai. Fin juillet, il a retenu l’offre de Drone Volt : 160 000 euros et une quinzaine d’emplois conservés sur 38. La liquidation de l’ancienne société a été prononcée le lendemain.

Une avance technologique trop couteuse ?

Sur le papier, Azur Drones avait pourtant beaucoup d’atouts.

Son Skeyetech est un drone autonome capable de décoller, effectuer une mission et revenir seul dans sa station. L’entreprise avait obtenu dès 2019 une autorisation pionnière de la DGAC pour effectuer des missions automatisées hors vue directe. Parmi ses clients figuraient TotalEnergies, ArcelorMittal, BASF et Orano.

La technologie fonctionne. Drone Volt revendique aujourd’hui plus de 62 000 vols autonomes BVLOS et des déploiements dans onze pays. Mais les commandes n'ont pas suivis aussi fort que les levées de fonds.

Azur Drones avait annoncé en 2022 avoir levé près de 38 millions d’euros depuis 2016. Deux ans plus tard, son chiffre d’affaires n’atteignait pourtant que 1,52 million d’euros. Sa perte nette dépassait 5,35 millions. En 2023, elle avait perdu plus de 8 millions pour seulement 758 000 euros de chiffre d’affaires.

Le marché n’a pas grandi aussi vite que la structure

Pourquoi ? Les documents disponibles ne permettent pas d’identifier une cause unique. Mais les chiffres racontent une entreprise dimensionnée très en avance sur son marché.

Le drone autonome industriel exige du matériel, du logiciel, de la R&D, du support, des procédures de sécurité et surtout des autorisations réglementaires complexes. Azur Drones explique elle-même accompagner chaque implantation par une étude du site et la préparation des autorisations de vol.

La société avait donc construit une technologie industrielle lourde pour un marché encore étroit. Malgré les grands noms affichés comme clients, les volumes commerciaux sont restés insuffisants pour absorber ses coûts.

Le paradoxe est cruel : Azur Drones semble moins avoir échoué technologiquement qu’avoir eu raison trop tôt et trop cher.

Et l’histoire connaît déjà un nouveau rebondissement. Ce 27 août, Drone Volt a annoncé un accord pour céder la nouvelle société regroupant les actifs d’Azur Drones à Tonner Drones, tout en conservant un partenariat industriel et commercial. L’avance technologique bordelaise n’a donc peut-être pas fini de voler.

Dans le French Tech, on a l'habitude de parler de startup ayant le "syndrome de l'ingénieur". A savoir chercher à faire le produit le plus parfait technologiquement avant de se préoccuper si le marché est prêt à l'acheter. Un grand classique de la tech : avoir raison trop tôt peut coûter aussi cher qu’avoir tort.

JA

Par Jacques FROISSANT

Directeur de la publication

Bordelais, œnologue, tout allait bien… jusqu’à ce que je dérape dans l’entrepreneuriat RH pour les startups. 😉 Auteur et chroniqueur (L’Express, FrenchWeb, France 3 NOA...), je suis aujourd’hui cofondateur et rédacteur en chef d’AQUI.Media

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