L'essentiel
- La Nouvelle-Aquitaine a perdu 4 400 emplois salariés au deuxième trimestre 2026 : -0,7 % sur un an, contre -0,3 % en France (Insee).
- L'emploi salarié agricole chute de 8,9 % en un an ; la Charente, la Charente-Maritime et la Gironde concentrent plus de 4 000 des quelque 4 800 postes perdus.
- En Gironde, le chômage atteint 8,0 % (+0,9 point en un an) et les offres collectées par France Travail reculent de 13,3 %.
France Travail recense 248 800 projets de recrutement en Nouvelle-Aquitaine pour 2026. L'Insee compte 4 400 emplois salariés perdus au deuxième trimestre, dans une région qui recule désormais plus vite que la France. Le paradoxe tient pour l'essentiel à ce que mesurent ces chiffres. Il masque un retournement dont la l'agriculture et la Gironde sont les deux foyers et un décrochage inquiétant.
Les deux chiffres ont été publiés à quelques mois d'intervalle. Au printemps, l'enquête Besoins en main-d'œuvre (BMO) de France Travail annonçait 248 800 projets de recrutement en Nouvelle-Aquitaine pour 2026, dont 49,8 % jugés difficiles. Le 29 septembre, la note de conjoncture de l'Insee établissait que la région avait perdu 4 400 emplois salariés au deuxième trimestre, pour un total de 2 264 500 postes. Sur un an, la baisse atteint 0,7 %, plus du double du recul national (-0,3 %). Le 5 octobre, la note trimestrielle de la DREETS est venue compléter ce tableau, département par département.
La Nouvelle-Aquitaine a perdu en un an son avance sur la France
Depuis la crise sanitaire, l'emploi néo-aquitain progressait au même rythme que l'emploi national. Ce n'est plus le cas. En base 100 fin 2019, la région est passée de 105,0 au deuxième trimestre 2025 à 104,3 un an plus tard, quand la France se maintient à 104,7. Mesurée par les heures rémunérées, l'activité des entreprises recule de 1,1 % sur un an, contre 0,7 % en France métropolitaine, et l'Insee relève un repli dans tous les grands secteurs. Les défaillances d'entreprises progressent de 10,2 % sur douze mois, deux fois plus vite qu'au niveau national. Les exportations régionales reculent de 6,9 % depuis janvier, quand celles de la France progressent de 8,2 %.
Le chômage suit la pente nationale sans s'en écarter. Il atteint 7,5 %, en hausse de 0,7 point en un an, et retrouve son niveau de fin 2019. Il reste inférieur à la moyenne française (8,3 %) et place la région au sixième rang sur treize.
Nouvelle-Aquitaine et France : les indicateurs du deuxième trimestre 2026

Des intentions d'embauche déclarées avant le retournement
Le BMO ne mesure pas des créations d'emploi mais des intentions d'embauche, remplacements et contrats courts compris. Ces intentions ont surtout été recueillies entre octobre et décembre 2025, soit avant la dégradation constatée au premier semestre 2026. Les employeurs néo-aquitains réduisaient pourtant déjà leurs projets de 8 % sur un an, contre 6,5 % au niveau national.
Les 248 800 projets reflètent par ailleurs une économie saisonnière. 43 % sont des emplois de saison, contre 32,2 % en France, soit environ 107 000 recrutements. En tête du classement figurent les agriculteurs salariés (17 460 projets, saisonniers à 87,7 %), les viticulteurs et arboriculteurs (15 670, saisonniers à 94,9 %), puis les serveurs (11 730, à 79,6 %) et les aides de cuisine (11 140, à 51 %). Additionner des vendanges et des CDI dans un même total donne un chiffre exact, mais qui ne décrit pas le marché du travail.
Vigne : plus de 4 000 emplois agricoles perdus en un an dans trois départements
L'agriculture figure parmi les premiers recruteurs du BMO, et c'est elle qui détruit le plus d'emplois. L'emploi salarié agricole passe de 52 200 à 49 400 postes au deuxième trimestre, soit -5,5 % contre -2,6 % en France. En un trimestre, l'agriculture représente à elle seule environ 2 800 des 4 400 emplois perdus dans la région. Au niveau national, l'Insee rattache cette baisse aux activités liées à la vigne. En Gironde, plus de 7 800 hectares de demandes d'arrachage avaient été déposés début juillet au titre du plan de réduction du potentiel viticole, selon la DRAAF.
Le choc est très concentré géographiquement. Sur un an, l'emploi salarié agricole recule de 16,1 % en Charente, de 12,6 % en Charente-Maritime et de 12,1 % en Gironde, selon la DREETS. D'après nos calculs, ces trois départements du Cognac et du Bordelais concentrent plus de 4 000 des quelque 4 800 emplois agricoles salariés perdus en un an dans la région. Un vignoble peut embaucher des milliers de vendangeurs pour trois semaines et supprimer dans le même temps ses emplois permanents.

La construction poursuit sa glissade (-0,5 % au trimestre, -1,9 % sur un an) : ses effectifs ont reculé de 6,5 % depuis leur pic de fin 2022. L'intérim perd encore 1,4 % et se situe 15 % sous son niveau de 2019, contre 10 % en France. L'industrie et le tertiaire hors intérim se stabilisent, ce qui ne suffit plus à compenser.
La Gironde n'entraîne plus le reste de la région
Le signal le plus inquiétant vient de la locomotive régionale. Le chômage girondin atteint 8,0 %, au-dessus de la moyenne régionale, avec une hausse de 0,9 point en un an, la plus forte de la région à égalité avec la Charente-Maritime. Le département se classe désormais 60e sur 96. Les offres collectées par France Travail y reculent de 13,3 % sur un an, alors qu'elles sont stables à l'échelle régionale et progressent dans les Pyrénées-Atlantiques (+12,8 %) ou en Charente (+25 %). La Gironde compte aussi 4 500 emplois salariés de moins qu'il y a un an, 2 390 défaillances d'entreprises sur douze mois (+11,8 %), 2 200 allocataires du RSA supplémentaires (+5,3 %, plus du double du rythme régional) et 11,1 % d'inscrits de longue durée en plus.
Dès le mois de mai, nous relevions que la Gironde résistait moins bien que le reste de la région. Les offres de France Travail ne couvrent qu'une partie des recrutements, et presque pas ceux des cadres. Mais la direction du mouvement ne fait guère de doute : la métropole qui absorbait les chocs du reste de la région en produit désormais.
Des chômeurs qui restent plus longtemps, des aides-soignants introuvables
Au deuxième trimestre, 502 730 personnes étaient inscrites à France Travail en catégories A, B et C dans la région, soit 2,1 % de plus en trois mois et 4,1 % de plus en un an, selon la DREETS. Une partie de cette hausse est administrative. Depuis janvier 2025, la loi pour le plein emploi inscrit d'office les allocataires du RSA et les jeunes suivis par les missions locales : hors de ces publics, la progression tombe à 1,3 % sur un an. Le nouveau régime de sanctions a en outre presque supprimé les radiations, passées de 3 760 en moyenne au premier trimestre 2025 à 210 au deuxième trimestre 2026.
Le signal économique se lit dans le détail des flux. Les entrées après une fin de CDD ou de mission d'intérim reculent, mais les entrées pour licenciement économique progressent de 6,7 % sur un an. Surtout, les inscrits restent plus longtemps sur les listes : ceux qui le sont depuis plus d'un an augmentent de 10,1 % et pèsent désormais 46,1 % du total.
Le décalage entre offre et demande est aussi qualitatif. Selon Data Emploi, les cadres représentent 10 % des demandeurs d'emploi de la région (55 830 personnes fin mars 2026), mais seulement 4 % des 870 840 offres diffusées sur francetravail.fr en douze mois. Les diplômés de niveau Bac+5 et plus pèsent 9 % des demandeurs, pour 5 % des offres qui précisent un diplôme. L'écart se creuse encore sur l'expérience : 43 % des inscrits ont au moins quatre ans de pratique dans le métier recherché, quand 4 % des offres exigent ce niveau et 75 % en demandent moins d'un an.
Les recrutements de cadres passent largement par d'autres canaux, et la région, qui avait recruté 7 % de cadres de plus en 2025, anticipait déjà une stagnation pour 2026. Ces chiffres décrivent néanmoins ce que le service public de l'emploi peut proposer à un profil expérimenté.
À l'inverse, les métiers du soin et de l'aide restent en pénurie : 7 980 projets d'aides-soignants (65,5 % jugés difficiles), 6 890 d'aides à domicile (69,2 %), 3 510 d'infirmiers (82,9 %). Un cadre expérimenté au chômage à Bordeaux ne comble pas une pénurie d'aides-soignants à Limoges. Le taux de chômage va d'ailleurs de 6,3 % en Corrèze et dans les Deux-Sèvres à 8,4 % en Charente. La région combine ainsi des pénuries réelles, un chômage qui s'installe et des intentions d'embauche déclarées dans une conjoncture qui n'existe plus.
La collecte du prochain BMO, menée en principe auprès des employeurs d'octobre à décembre, dira au printemps 2027 si les entreprises néo-aquitaines ont pris la mesure de ce retournement. D'ici là, la région cherche 7 980 aides-soignants, et la Gironde compte 2 200 allocataires du RSA de plus qu'il y a un an.
Questions fréquentes
Quel est le taux de chômage en Nouvelle-Aquitaine en 2026 ?
Au deuxième trimestre 2026, le taux de chômage atteint 7,5 % en Nouvelle-Aquitaine selon l'Insee, en hausse de 0,7 point sur un an. Il reste inférieur à la moyenne française (8,3 %). Il va de 6,3 % en Corrèze et dans les Deux-Sèvres à 8,4 % en Charente ; la Gironde est à 8,0 %.
Combien de projets de recrutement en Nouvelle-Aquitaine en 2026 ?
L'enquête Besoins en main-d'œuvre (BMO) 2026 de France Travail recense 248 800 projets de recrutement en Nouvelle-Aquitaine, en baisse de 8 % sur un an. 43 % sont saisonniers (32,2 % en France) et 49,8 % sont jugés difficiles. Ces intentions ont été recueillies entre octobre et décembre 2025.
Pourquoi le chômage augmente-t-il alors que les entreprises recrutent ?
Le BMO mesure des intentions d'embauche annuelles, remplacements et contrats saisonniers compris, et non des créations d'emploi. Dans le même temps, l'Insee constate une perte de 4 400 emplois salariés au deuxième trimestre 2026, concentrée dans l'agriculture, la construction et l'intérim. S'y ajoute un décalage entre les profils recherchés et ceux des demandeurs d'emploi.
Quel est l'impact de la crise viticole sur l'emploi en Nouvelle-Aquitaine ?
L'emploi salarié agricole recule de 8,9 % en un an dans la région, contre 3,8 % en France. Selon la DREETS, la baisse atteint 16,1 % en Charente, 12,6 % en Charente-Maritime et 12,1 % en Gironde. D'après les calculs d'AQUI.media, ces trois départements concentrent plus de 4 000 des quelque 4 800 emplois agricoles salariés perdus.
Combien de demandeurs d'emploi en Nouvelle-Aquitaine au 2e trimestre 2026 ?
Selon la DREETS, 502 730 personnes étaient inscrites à France Travail en catégories A, B, C au deuxième trimestre 2026, soit +4,1 % sur un an. Hors allocataires du RSA et jeunes en accompagnement, inscrits d'office depuis la loi pour le plein emploi, la hausse est de 1,3 %.





