Emploi cadre : la Nouvelle-Aquitaine à contre-cycle, mais jusqu'où ?
En 2025, la Nouvelle-Aquitaine a recruté 13 820 cadres, progressant de 7% quand la France perdait 3%. En 2026, la tendance s'inverse : la région stagne à zéro pendant que le pays anticipe un rebond de 4%. Un marché régional qui joue résolument sa propre partition.
En 2025, la Nouvelle-Aquitaine a recruté 13 820 cadres, progressant de 7% quand la France perdait 3%. En 2026, la tendance s'inverse : la région stagne à zéro pendant que le pays anticipe un rebond de 4%. L'étude annuelle de l'APEC, publiée le 2 avril 2026, documente un marché régional qui joue résolument sa propre partition, sans qu'on en comprenne encore tout à fait les raisons.
La Nouvelle-Aquitaine à contre-courant
En 2024, le marché national de l'emploi cadre reculait de 8%. La Nouvelle-Aquitaine, elle, perdait 12%. Un décrochage plus brutal que la moyenne, dans une période déjà difficile. Puis vint 2025 : la France perdait encore 3%, et la région bondissait de 7%, portant ses recrutements à 13 820 cadres. La Nouvelle-Aquitaine figure ainsi parmi les rares régions à avoir progressé l'an dernier, aux côtés de la Bretagne, de l'Occitanie et du Centre-Val de Loire.
Ce mouvement en ciseau, plonger plus fort, puis remonter à contre-courant, ne s'explique pas par un secteur phare clairement identifié. L'APEC parle plutôt d'un "rattrapage" après la forte contraction de 2024. La déléguée régionale de l'APEC, Valérie Fenaux, confirme la tendance sans en détailler les ressorts sectoriels.
2026 : une région qui stagne quand les autres accélèrent
Pour 2026, le scénario change à nouveau de sens. Alors que la France anticipe un rebond national de 4%, avec 305 800 recrutements prévus, la Nouvelle-Aquitaine se prépare à une stabilisation quasi parfaite : 13 850 embauches attendues, soit pratiquement l'identique de 2025. Zéro progression. Dans le classement régional, elle est l'une des seules grandes régions à ne pas profiter de la reprise quand l'Occitanie voisine grimpe de 6% et les Pays de la Loire de 5%.
Cette stabilisation n'est pas une catastrophe. La région reste au-dessus de son niveau d'avant-Covid et affiche une dynamique de création nette de postes cadres enviable : 4 060 postes créés en 2025, contre 3 540 en 2024. Les effectifs cadres progressent, même si le rythme des recrutements plafonne.
Mais le record de 2023 de 14 660 embauches reste hors de portée. Et l'écart avec la dynamique nationale en 2026 pose une vraie question : la région a-t-elle simplement épuisé son énergie de rattrapage, ou signale-t-elle un plafond structurel ?
Un tissu économique différent du national
Une partie de la réponse tient au profil économique de la région. La Nouvelle-Aquitaine est surreprésentée en industrie par rapport à la moyenne nationale : 19% des recrutements de cadres prévus en 2026 y relèvent du secteur industriel, contre 14% au niveau hexagonal. Or l'investissement industriel régional repart effectivement en 2026 (+4,1% selon les projections de la Banque de France), ce qui devrait soutenir ce segment.
En revanche, la construction est en chute libre : -13,2% d'investissement attendu en 2026 dans la région, après -15,6% en 2025. Un secteur qui pesait encore significativement dans les recrutements régionaux avec 7% des embauches cadres prévues en NA contre 5% au national, et qui ne donnera pas d'impulsion cette année.
Les services marchands, eux, affichent des projections d'investissement spectaculaires (+10,9% en 2026 après -25,9% en 2025), ce qui pourrait alimenter la hausse des "autres services" dans les recrutements. Mais ce rebond compense en grande partie l'effondrement de l'année précédente, il ne constitue pas encore une dynamique de fond.
Bordeaux pèse lourd dans la balance de l'emploi
La géographie interne de la région éclaire aussi ses limites. Sur les 13 820 recrutements réalisés en 2025, la Gironde concentrait 64% des embauches cadres, soit 8 840 postes. Le Poitou-Charentes représentait 25%, le Limousin à peine 11%. La région est, en réalité, une métropole bordelaise entourée de territoires à plus faible densité de cadres, ce que confirme la carte départementale : sur 217 450 cadres en emploi dans la région, 96 740 travaillent en Gironde soit 44% du total régional.
Cette concentration sur un seul bassin d'emploi rend la Nouvelle-Aquitaine plus sensible aux aléas du marché bordelais qu'à une dynamique diffuse sur l'ensemble du territoire.
Le Moyen-Orient, la variable qui change tout
Les prévisions 2026 ont été construites avant l'embrasement du Moyen-Orient. L'APEC le dit sans détour : le conflit armé pourrait générer une crise énergétique d'ampleur, relancer l'inflation, pousser la BCE à remonter ses taux, et gripper les trois moteurs de la croissance française (consommation, investissement, commerce extérieur). Dans ce scénario dégradé, la stabilisation néo-aquitaine pourrait rapidement virer au recul.
Pour la Nouvelle-Aquitaine comme pour le reste du pays, les 13 850 recrutements prévus sont une projection d'avant-tempête. Le cap reste tenable à condition que la météo géopolitique ne se retourne pas trop vite.
En 2026, la Nouvelle-Aquitaine est la seule grande région française à ne pas profiter du rebond de l'emploi cadre prévu au niveau national. Ce distinguo ni alarmant, ni rassurant mérite d'être suivi de près.
Source : APEC, Prévisions de recrutements de cadres 2026 — données nationales et déclinaison Nouvelle-Aquitaine, publiées le 2 avril 2026.
Par Jacques FROISSANT
Directeur de la publication
Bordelais, œnologue, tout allait bien… jusqu’à ce que je dérape dans l’entrepreneuriat RH pour les startups. 😉 Auteur et chroniqueur (L’Express, FrenchWeb, France 3 NOA...), je suis aujourd’hui cofondateur et rédacteur en chef d’AQUI.Media
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