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Économie

Sylvie Garcelon (Banque BPACA) : "Quand les choses bougent, c'est le moment de faire différemment"

Directrice générale de BPACA depuis 2021, Sylvie Garcelon dresse un bilan 2025 sans fard : 83 millions de coût du risque, défaillances historiques en Nouvelle-Aquitaine, transmissions d'entreprises sous tension. Et pourtant, un conseil aux entrepreneurs qui détonne.

Par Jacques FROISSANT
Publié il y a 11 mai
6 min de lecture
Sylvie Garcelon (Banque BPACA) : "Quand les choses bougent, c'est le moment de faire différemment"
Sylvie Garcelon (Directrice Générale BPACA)

Directrice générale de la Banque Populaire Aquitaine Centre Atlantique depuis 2021, Sylvie Garcelon pilote un établissement qui affiche des résultats en progression, 472 millions d'euros de PNB, 99 millions de résultat net, dans une économie régionale sous pression. Défaillances d'entreprises à un niveau historique, immobilier en reprise fragile, transmission d'entreprises sous tension : la Directrice Générale de la BPACA ne masque pas les aspérités du tableau. Rencontre avec une dirigeante qui revendique la proximité comme modèle, et l'optimisme comme posture professionnelle.

AQUI.media : Comment se positionne BPACA dans le paysage bancaire de Nouvelle-Aquitaine ?

Sylvie Garcelon pose d'emblée le cadre : BPACA est, selon elle, la banque des entrepreneurs de la région. L'équilibre de l'activité reflète cette identité, un portefeuille structuré à parts égales entre particuliers et professionnels, soit un modèle 50/50 peu courant dans le paysage bancaire français, où les réseaux nationaux ont souvent surpondéré le retail grand public au détriment des entreprises.

Les chiffres avancés sont significatifs : 42% des entreprises de Nouvelle-Aquitaine sont clientes de BPACA. La banque se place dans le trio de tête régional sur le segment ETI/PME. Un positionnement qui n'est pas sans conséquence quand le tissu économique régional traverse une zone de turbulences.

Le coût du risque à 83 millions d'euros : vous l'assumez ?

Sans détour. "On est à l'aise avec", dit-elle, avant de détailler la mécanique qui explique ce pic. Les défaillances d'entreprises sont au cœur du sujet : la Nouvelle-Aquitaine a enregistré 6 470 procédures collectives en 2025, troisième région la plus touchée de France. Le secteur immobilier contribue également à la dégradation, dans un marché où la reprise des ventes dans l'ancien (+6,5%) ne masque pas la fragilité persistante des acteurs de la promotion et de la construction.

Mais c'est la transmission d'entreprises qui semble peser le plus dans son analyse. "Challengeant", résume-t-elle. Un terme pour dire que beaucoup de cessions se font dans des conditions dégradées, avec des repreneurs plus prudents et des valorisations sous pression. Dans ce contexte, la banque se retrouve souvent en première ligne pour accompagner des situations complexes que d'autres préféreraient éviter.

Dans ce contexte, en Nouvelle-Aquitaine, BPACA absorbe donc un coût du risque de 83 millions d’euros. Malgré cet environnement exigeant, la banque confirme sa résilience avec un résultat net consolidé de 99 millions d’euros, en progression de 9 %.

Les perspectives 2026 sont-elles rassurantes ?

"Le début d'année était plutôt encourageant", reconnaît Sylvie Garcelon. Après une année 2025 décrite comme "compliquée et très attentiste", quelques signaux positifs étaient apparus avec des projets, des intentions d'investissement, un frémissement. Puis l'environnement macroéconomique a repris le dessus avec en particulier l'impact de la guerre en Iran : inflation persistante, taux d'intérêt encore élevés, coûts de l'énergie qui ne redescendent pas.

Sa lecture du tissu économique régional est nuancée. "Nous avons des entreprises qui s'en sortent très bien dans tous les secteurs", confirme-t-elle, à l'exception de l'immobilier, qu'elle isole comme le segment le plus durablement fragilisé. Ce n'est pas un tableau catastrophiste, mais ce n'est pas non plus un satisfecit. La DG dit "ne pas être certaine d'avoir passé le plus dur". Les remboursements de PGE (prêts garantis par l'État accordés pendant le Covid), sont globalement soldés, et ne continuent plus à peser sur les bilans des entreprises. Elle évoque aussi, en toile de fond, une "destructuration des échelles de valeurs au niveau mondial", une formule qui dit, à sa façon, que le désordre géopolitique et économique mondial n'est pas sans effets sur les décisions d'investissement des PME de Nouvelle-Aquitaine.

Vous annoncez 350 recrutements en 2026 : la banque attire-t-elle encore ?

BPACA prévoit un niveau de recrutement équivalent à 2025, soit environ 350 postes, sur un effectif de 2 000 salariés en CDI. Sylvie Garcelon précise que ce chiffre recouvre des réalités hétérogènes : renouvellement naturel lié au turnover (qu'elle qualifie de "moins fort que les autres banques, mais existant et sain"), développement de nouvelles expertises, et maintien d'une centaine d'alternants en permanence.

Les profils recherchés disent quelque chose sur l'évolution du métier : BPACA recrute de plus en plus de profils commerciaux, issus d'autres secteurs avec une forte dimension relationnelle, qu'elle forme ensuite aux spécificités bancaires. La technique s'apprend, le sens du contact non. Un choix de philosophie RH cohérent avec le positionnement de proximité que la banque revendique.

Femme directrice générale dans la finance : sujet ou non-sujet ?

Sylvie Garcelon dirige BPACA depuis cinq ans. Elle note avec une certaine satisfaction que Bordeaux fait figure d'exception nationale : plusieurs grandes institutions financières de la place sont dirigées par des femmes. Elle assume le rôle de modèle que cela implique, sans excès de posture. Le sujet existe, il mérite d'être nommé, mais il n'est pas le centre de gravité de son identité professionnelle.

Le projet Orion de refonte de toute l'informatique du groupe BPCE : être banque pilote, c'est un honneur ou un fardeau ?

La Banque Populaire Aquitaine Centre Atlantique est la première banque pilote du projet Orion, le chantier de refonte informatique du Groupe BPCE qui vise à unifier les systèmes d'information des Banques Populaires et des Caisses d'Épargne d'ici 2030. Un projet à 750 millions d'euros, piloté par Ludovic Favarette, l'ancien DGA de BPACA elle-même.

Sylvie Garcelon revendique pleinement ce rôle. "Très impliquée", "bien armés pour être pilotes", "on a le savoir-faire" : le discours est celui d'une banque qui a choisi de peser sur le projet plutôt que de le subir. Etre moteur dans ce vaste projet est à la fois un challenge et une valorisation des équipes de la région. La migration effective est programmée entre mi-2027 et mi-2028, il reste donc encore beaucoup de travail pour réaliser une transition optimum et transparente pour l'ensemble des collaborateurs et clients.

Un conseil à un entrepreneur en 2026 ?

Sylvie Garcelon ne tergiverse pas face à la question et nous répond : "Quand les choses bougent, quand l'environnement est incertain, c'est le moment de saisir les espaces où vous pouvez faire différemment. Saisir les opportunités. Élargir son horizon."

Une réponse qui tranche avec le discours convenu et qui dit quelque chose sur vingt ans passés à financer des PME régionales. Pas de prudence excessive, pas d'injonction à la réserve. Dans une économie régionale où les défaillances battent des records et où l'attentisme a dominé 2025, le message est presque contre-intuitif. C'est surement ce qui le rend utile et précieux.


Sylvie Garcelon est directrice générale de la Banque Populaire Aquitaine Centre Atlantique depuis avril 2021. BPACA compte 2 100 collaborateurs, 212 agences et 693 055 clients en Nouvelle-Aquitaine.

JA

Par Jacques FROISSANT

Directeur de la publication

Bordelais, œnologue, tout allait bien… jusqu’à ce que je dérape dans l’entrepreneuriat RH pour les startups. 😉 Auteur et chroniqueur (L’Express, FrenchWeb, France 3 NOA...), je suis aujourd’hui cofondateur et rédacteur en chef d’AQUI.Media

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