Chômage à 8,1 % : le paradoxe de trop d'actifs pour pas assez d'emplois
8,1 % de chômage en France : un record depuis 2021.8,1 % de chômage en France : un record depuis 2021. Mais ce n'est pas l'économie qui détruit des emplois : c'est le marché qui ne crée plus assez de postes pour absorber les nouveaux actifs. La Nouvelle-Aquitaine résiste. La Gironde, moins.

La France vient de franchir le seuil des 8 % de chômage pour la première fois depuis 2021. Derrière le chiffre, une mécanique économique rarement expliquée : ce ne sont pas les destructions d'emplois qui tirent le taux vers le haut, mais l'afflux massif de nouveaux actifs dans un marché qui ne crée plus assez de postes pour les absorber. La Nouvelle-Aquitaine résiste pour l'instant, mais les signaux girondins virent à l'orange.

Un taux de chômage peut monter pour deux raisons opposées : soit l'économie détruit des emplois, soit elle en crée trop peu pour absorber tous ceux qui arrivent sur le marché. La France vit aujourd'hui la seconde configuration, plus silencieuse, plus difficile à expliquer politiquement, et pourtant tout aussi réelle pour ceux qui en font les frais.
Au premier trimestre 2026, l'INSEE a publié mercredi 13 mai un taux de chômage de 8,1 % de la population active, franchissant la barre des 8 % pour la première fois depuis le premier trimestre 2021. En valeur absolue, 2,6 millions de personnes sont désormais au chômage au sens du Bureau international du travail, soit 68 000 de plus qu'au trimestre précédent. C'est le cinquième trimestre consécutif de hausse.
Quand le succès du marché du travail se retourne contre lui-même
Le paradoxe est là, documenté par l'INSEE lui-même : le taux d'emploi des 15-64 ans continue d'augmenter (+0,1 point à 69,5 %), et la population active atteint des niveaux historiquement élevés, proches du record absolu depuis 1975. Autrement dit, plus de Français travaillent qu'avant, mais davantage encore cherchent un emploi sans en trouver.
Le mécanisme tient en une équation simple : la réforme des retraites de 2023 a maintenu dans la population active des centaines de milliers de personnes qui auraient autrement basculé à la retraite. Résultat, la population active progresse de 171 000 personnes sur un an au troisième trimestre 2025. Mais dans le même temps, les créations nettes d'emplois ont chuté à 51 000, contre 214 000 un an plus tôt. Le déficit s'accumule trimestre après trimestre.
Les 25-49 ans : la tranche d'âge sans filet
La ventilation par âge réserve une surprise. Contrairement aux idées reçues, ce ne sont pas les jeunes qui subissent le plus la dégradation en cours. Leur taux de chômage recule même légèrement ce trimestre, à 21,1 %. Ce sont les 25-49 ans, au sommet de leur employabilité théorique, qui portent l'essentiel du choc : +0,6 point sur un an, à 7,3 %, leur plus haut niveau depuis le premier trimestre 2021.
Stéphanie Villers, économiste chez PwC France, met le doigt là où ça fait mal : "Il n'y a pas vraiment de mesures qui fonctionnent sur le segment des 25-49 ans, à part miser sur la croissance."
Les dispositifs publics ciblent les deux extrêmes du spectre, jeunes et seniors. Le ventre mou du salariat reste sans politique spécifique.
L'effet comptable de la loi plein-emploi
Une partie de la hausse est mécanique, et le dire honnêtement s'impose. Depuis janvier 2025, la loi pour le plein-emploi a automatiquement inscrit à France Travail des bénéficiaires du RSA et des jeunes suivis par les missions locales qui n'y figuraient pas auparavant. Sur cinq trimestres cumulés, ces nouveaux publics contribuent pour près de la moitié de la hausse du taux de chômage.
Il n'empêche : corrigé de cet effet statistique, le chômage reste orienté à la hausse. La dégradation du marché du travail est réelle, même si son ampleur brute est surestimée par les nouvelles règles de comptage.
La Nouvelle-Aquitaine : protégée, mais jusqu'à quand ?
La région affichait 7,0 % au troisième trimestre 2025, un écart favorable de 0,7 point sur la moyenne nationale de l'époque. Cet écart se réduit. Les données régionales du premier trimestre 2026 ne sont pas encore publiées par l'INSEE, qui les produira vraisemblablement cet été. Mais les signaux disponibles ne sont pas rassurants.
La Gironde concentre les tensions : son taux de chômage a progressé de 0,5 point sur un an au troisième trimestre 2025, de 6,8 % à 7,3 %, la plus forte dégradation de la région. Les offres d'emploi en Gironde ont reculé de 26,7 % sur un an, presque le double de la moyenne régionale (-16,6 %). L'intérim, baromètre avancé des intentions d'embauche, s'est effondré de 18,5 % en un an dans le département, selon les données compilées à partir des chiffres INSEE et France Travail.
Au niveau régional, les inscrits à France Travail atteignent 566 000 personnes toutes catégories confondues au premier trimestre 2026, selon la DREETS Nouvelle-Aquitaine. Le chiffre brut est gonflé par les nouveaux publics de la loi plein-emploi, mais, corrigé de cet effet, la tendance reste légèrement haussière.
La promesse des 5 % définitivement enterrée
Emmanuel Macron avait fait du plein-emploi, traduit par un taux de chômage à 5 % à la fin de son second mandat, une promesse de campagne structurante. L'objectif est désormais à 3,1 points de distance. La Banque de France, dont le gouverneur François Villeroy de Galhau a admis que ces chiffres "reflètent un ralentissement", anticipe un taux de 7,8 % en moyenne annuelle sur 2026, avant un repli à 7,4 % en 2027. L'OFCE, moins optimiste, table sur une progression vers 8 % dans l'année.
Ce que les uns présentent comme une parenthèse conjoncturelle, les autres lisent comme le début d'un réglage structurellement différent du marché du travail français : plus d'actifs, moins de postes créés, un écart qui s'installe dans la durée. La Nouvelle-Aquitaine a jusqu'ici tenu son cap. Ses décideurs feraient bien de regarder la carte de la Gironde avec un peu moins de sérénité qu'ils ne l'affichent.
Mots-clés :
Par Jacques FROISSANT
Directeur de la publication
Bordelais, œnologue, tout allait bien… jusqu’à ce que je dérape dans l’entrepreneuriat RH pour les startups. 😉 Auteur et chroniqueur (L’Express, FrenchWeb, France 3 NOA...), je suis aujourd’hui cofondateur et rédacteur en chef d’AQUI.Media
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