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Vins

Vignoble bordelais : +350 % de procédures collectives en trois ans, une crise devenue systémique

+350 % de procédures collectives en trois ans, 28 % des arrachages nationaux en Gironde, marché des vignes divisé par deux. Le vignoble bordelais traverse une crise sans précédent depuis 2022. Chiffres, causes et réponses.

Par César Rosenzweig
Publié il y a 13 mai
3 min de lecture

Les défaillances d'entreprises dans le secteur du vin à Bordeaux ont bondi de plus de 350 % en trois ans. La Tribune recense 123 ouvertures de procédures collectives en 2025, dont 81 redressements et 19 liquidations judiciaires. 46 % des 270 procédures ouvertes par des vignerons français en 2025 concernent des Girondins, selon Altares Dun & Bradstreet. La crise ne touche plus seulement les petits exploitants : toutes les strates sont désormais concernées.

+350 % de procédures collectives dans le vignoble bordelais : les chiffres d'une crise systémique

Jusqu'en fin 2022, la sinistralité viticole de Nouvelle-Aquitaine était contenue autour d'une moyenne de 34 défaillances sur 12 mois. À partir de début 2023, le rythme a plus que doublé. 30 000 hectares de vignes ont été arrachés, et la chambre d'agriculture accompagne désormais plus d'une centaine de viticulteurs en difficulté depuis 2025, contre une trentaine en 2020. Bastien Mercier, porte-parole du collectif Viti33 : «Je n'ai rien vendu depuis janvier. Mon chai est plein» avec 4 500 hectolitres.

Déconsommation, surproduction, export en berne : les causes structurelles

Seules 24 milliards de bouteilles de vin ont été vendues dans le monde en 2025, contre 30 milliards en 2017, selon le CIVB. La moyenne de production est tombée à moins de 35 hectolitres par hectare en 2025, contre près de 60 hectolitres en 2000. «Le manque de rentabilité a forcé certains viticulteurs à économiser sur la plantation et les traitements. Mais on ne peut pas vivre en produisant 35 hectolitres par hectare», analyse Thierry Mazet. Vitisphere résume l'état d'esprit de la filière en un titre : «Le vin de Bordeaux n'est plus en crise, il est à la veille de la banqueroute.»

28 000 hectares à arracher en 2026 : la Gironde en tête des demandes

Sur 27 926 hectares de vignes candidates à l'arrachage en 2026, 28 % sont en Gironde. «La Gironde concentre plus de 80 % des surfaces à arracher dans la région Nouvelle-Aquitaine», rapporte Jérôme Despey, président du conseil spécialisé vin de FranceAgriMer. 27 % des demandes girondines concernent un arrachage total de l'exploitation, témoignant d'exploitants en fin de carrière sans repreneur. Le marché des vignes en Gironde a atteint un plancher historique à 175 millions d'euros en 2024, soit la moitié de la valeur enregistrée en 2022.

Restructuration, foncière, AIRNA : les réponses qui s'organisent

Une foncière dotée de 20 millions d'euros d'argent public rachète des terres à 5 000 ou 6 000 euros l'hectare pour désendetter des vignerons et financer une distillation des excédents. Dominique Techer, son instigateur : «Je veux sauver les paysans et les gens qui bossent douze heures par jour et qui se retrouvent ruinés.» La Coordination Rurale de Gironde attend du concret : «Des feuilles de route, on en a vu passer. Ce qu'on attend maintenant, c'est du concret, pas du vent.»

Le 28 mai 2026, l'AIRNA reçoit la filière à la Cité du Vin de Bordeaux dès 18h30. SO-MG Partners, cabinet spécialisé en restructuration, est partenaire de l'événement. La filière attend de voir si ces outils suffiront à stabiliser un vignoble dont les fondamentaux économiques se sont profondément dégradés en moins de trois ans.

Par César Rosenzweig

Auteur

Journaliste stagiaire chez AQUI.Media, je couvre les actualités économiques et les entreprises de Nouvelle-Aquitaine. Diplômé en commerce de l'ESG, je me forme au journalisme à l'EFJ Bordeaux. Mon ambition : devenir journaliste sportif.

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