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Vins Gastronomie

Bordeaux Primeurs 2025 vu par les Editions Féret : le millésime de la revanche ?

Bordeaux sort de plusieurs années noires. Le millésime 2025 arrive comme une bouée : petite récolte, profils élégants, unanimité quasi générale. Les Éditions Féret publient leurs notes sur 315 vins. Mais la revanche est-elle vraiment au rendez-vous ?

Par Jacques FROISSANT
Publié il y a 12 mai
5 min de lecture
Bordeaux Primeurs 2025 vu par les Editions Féret : le millésime de la revanche ?
Bordeaux Primeurs 2025 vu par les Editions Féret

La semaine des primeurs bordelaises s'est achevée fin avril. Cinq mille professionnels venus de 80 pays ont défilé dans le vignoble pour goûter des vins encore en cours d'élevage.

Le verdict tombe cette semaine sous forme de notes. Et le consensus est rare dans ce milieu : 2025 serait un grand millésime. Peut-être même un très grand. La place de Bordeaux sort de plusieurs années noires : mildiou ravageur en 2024, effondrement des cours, stocks qui s'accumulent chez le négoce, vignobles arrachés par milliers d'hectares. Un grand millésime tombe à point nommé. La filière n'allait pas bouder son plaisir.

Petite récolte, grand potentiel

Le contexte climatique de 2025 est d'abord celui d'une année sèche et précoce. Débourrement tôt, floraison rapide, véraison homogène, vendanges dès la première quinzaine de septembre : la vigne a couru sans s'essouffler. L'été caniculaire a stressé les sols, limité les rendements, concentré les baies. Des pluies providentielles fin juillet ont relancé la maturité au bon moment. Résultat : la Gironde n'a produit que 2,3 millions d'hectolitres, soit un recul de 12 % par rapport à 2024, déjà déficitaire. C'est la plus petite récolte depuis 34 ans.

Ce que les bouteilles promettent, en revanche, c'est autre chose. Les analyses de l'Institut des Sciences de la Vigne et du Vin (ISVV) de l'Université de Bordeaux confirment que les cinq conditions classiques d'un grand millésime rouge bordelais ont été réunies : floraison précoce et rapide, arrêt de croissance végétative avant véraison, maturation complète de tous les cépages, état sanitaire parfait, récolte dans des conditions clémentes. L'ISVV parle d'« une année qui restera dans les mémoires comme une véritable réussite du vignoble bordelais ».

Les vins dégustés confirment une orientation nette : fraîcheur préservée malgré la chaleur, tanins fins et soyeux, alcool mesuré autour de 13,3 %, pH parmi les plus bas des dernières années. Les Cabernet Sauvignon sont particulièrement réussis. Les Merlot sont plus hétérogènes, dépendants des capacités de rétention hydrique des sols. Les blancs secs et les liquoreux sauternais font l'unanimité avec des rendements qui ne dépassent guère 20 hl/ha pour les premiers.

« Un millésime de vigneron »

C'est l'expression qui revient le plus souvent dans les comptes rendus de dégustation. 2025 ne pardonne pas les approximations techniques. Les écarts entre propriétés sont significatifs, ce qui tranche avec les années homogènes où même les vins moyens tirent leur épingle du jeu. Ici, la qualité du terroir et la rigueur au chai font toute la différence.

Le Féret confirme la tendance après 315 dégustations

C'est précisément ce que vient documenter la nouvelle campagne de notation des Éditions Féret, publiée cette semaine sur le site feret.com. La maison mérite qu'on s'y arrête : fondée à Bordeaux en 1812, elle publie depuis 1850 "Bordeaux et ses vins", la bible de référence absolue du vignoble bordelais, régulièrement mise à jour et toujours considérée comme l'ouvrage de référence par les professionnels du monde entier.

Reprise récemment et engagée dans une relance numérique ambitieuse, Féret a remis sur pied un comité de dégustation en 2024. Pour ce millésime 2025, la montée en puissance est nette : 315 vins notés sur 26 appellations, contre 197 vins sur 22 AOC l'année précédente. C'est leur campagne la plus large depuis le redémarrage de cette démarche. Les dégustations se sont tenues entre début et fin avril, en propriétés et lors des grandes séances collectives (UGCB, Grand Cercle des Vins de Bordeaux, AGCCSE), mais aussi dans les salons Féret, cours Xavier Arnozan à Bordeaux, où plusieurs dizaines d'échantillons ont été reçus directement.

Les notes publiées sur feret.com sont sur 20, signées par trois dégustateurs : Bernard Grandchamp, Gianni Degl'Innocenti et Etienne Khemtémourian. Chaque note est accompagnée d'une description détaillée en français et en italien, signe d'une ambition d'audience internationale assumée. Les premières notes visibles donnent le ton : le Château La Tour Carnet (4e Grand Cru Classé en 1855) et le Château Layauga-Duboscq décrochent tous deux 17/20 en Médoc et Haut-Médoc, le G d'Estournel 16/20. Les notes descendent rarement sous 14/20 dans les appellations couvertes, ce qui est cohérent avec le profil général du millésime.

La voix qui déroge

Tout le monde n'encense pas le millésime. Le critique Bernard Burtschy, après avoir dégusté un millier de vins, estime que la réalité est plus contrastée que le consensus médiatique ne le laisse entendre. Selon lui, si 20 % des vins s'inscrivent dans la lignée des grandes années, 80 % ont subi des blocages de maturité dus à la chaleur excessive et à la sécheresse, avec des profils qui rappellent davantage le millésime 1976 que les références récentes. La clé serait avant tout géologique : les terroirs calcaires, capables de constituer des réserves hydriques, auraient mieux traversé l'été que les autres.

Cette nuance est utile. Elle rappelle que l'enthousiasme promotionnel de la place de Bordeaux, qui a besoin d'un grand millésime après plusieurs campagnes compliquées, n'est pas nécessairement un guide de lecture fiable. Acheter en primeurs 2025 restera un exercice de sélection fine, pas une garantie uniforme.

Faut-il acheter les primeurs de Bordeaux 2025 ?

La question des prix n'est pas encore tranchée. Les sorties s'échelonnent sur plusieurs semaines à partir de mai. Mais l'équation est simple : petite récolte, qualité reconnue, marché mondial en attente d'un signal positif après les millésimes 2021 et 2022 qui peinent encore à s'écouler à leurs prix de sortie. La pression à la hausse est réelle. Certains observateurs pointent que les stocks du négoce bordelais restent chargés, ce qui va surement modérer les ardeurs tarifaires des châteaux.

Pour les amateurs avertis, la fenêtre des primeurs reste le moment d'assurer ses allocations sur les crus les plus recherchés, avant que les meilleures bouteilles ne disparaissent dans les caves des négociants et autres acheteurs asiatiques et britanniques. Sur les millésimes de cette trempe, la patience a un coût.


Les notes du millésime 2025 des Éditions Féret sont consultables librement sur feret.com/les-notes.

Bordeaux Primeurs 2025 les notes Féret du millésime
Bordeaux Primeurs 2025 les notes Féret du millésime
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Par Jacques FROISSANT

Directeur de la publication

Bordelais, œnologue, tout allait bien… jusqu’à ce que je dérape dans l’entrepreneuriat RH pour les startups. 😉 Auteur et chroniqueur (L’Express, FrenchWeb, France 3 NOA...), je suis aujourd’hui cofondateur et rédacteur en chef d’AQUI.Media

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