- 60 M€ réunis par AQUITI pour son fonds AVA1, dédié aux startups du Grand Sud-Ouest.
- 13 entreprises financées sur un objectif d'environ 25, avec des tickets initiaux allant jusqu'à 3 M€.
- 80 % du portefeuille déjà orienté vers la santé et le climat.
- 1 % des dossiers retenus selon Jean-François Cochy, qui privilégie les équipes expérimentées et les projets ambitieux.
Avec près de 60 millions d'euros réunis pour son fonds AVA1, AQUITI change de dimension. Moins de startups financées, mais des investissements plus importants pour faire émerger de futurs champions technologiques. Dans un long entretien avec AQUI.Media, Jean-François Cochy revient sur cette ambition et livre son analyse des transformations de l'écosystème bordelais.
Avec son fonds AVA1, désormais doté de près de 60 millions d'euros, AQUITI veut donner davantage de moyens aux jeunes entreprises technologiques du Grand Sud-Ouest. Mais notre échange avec Jean-François Cochy, General Partner d'AQUITI Ventures et responsable du fonds AVA1, a largement dépassé cette actualité.
Financement des startups, essor de la deeptech, arrivée d'entrepreneurs expérimentés à Bordeaux, rôle des incubateurs et nouvelles exigences des investisseurs : son regard sur l'écosystème régional est résolument optimiste, sans ignorer les difficultés du moment. Avec une conviction : la région possède désormais plusieurs des ingrédients nécessaires pour faire émerger des entreprises technologiques de dimension internationale.
AQUITI change de dimension avec 60 millions d'euros
Créée comme société de gestion en 2018, AQUITI s'appuie sur une histoire de financement régional remontant aux années 1990. La structure gère aujourd'hui une dizaine de véhicules d'investissement, dont cinq encore actifs à l'investissement, et plus de 230 millions d'euros d'actifs.
AVA1 constitue son troisième fonds professionnel de capital investissement (FPCI), après NACI 1, consacré au développement et à la transmission des PME, et Relance Nouvelle-Aquitaine, dédié aux entreprises en rebond.
Lancé avec un premier closing de 30 millions d'euros en juillet 2024, AVA1 a achevé sa levée à près de 60 millions fin juillet 2026. Soutenu notamment par Bpifrance, la Région Nouvelle-Aquitaine, des établissements bancaires, des assureurs et des entrepreneurs régionaux, il investit dans les startups de Nouvelle-Aquitaine et de plusieurs régions voisines. Mais l'enjeu n'est pas seulement la taille du fonds. C'est aussi un changement de méthode :
Le diagnostic que j'ai fait, c'est qu'il faut un véhicule qui puisse mettre des tickets importants, prendre le lead. Parce que c'est aussi ce qui faisait défaut pas mal en région, explique Jean-François Cochy.
Historiquement, les tours de table régionaux réunissaient souvent plusieurs investisseurs apportant chacun quelques centaines de milliers d'euros. Une mécanique parfois longue, qui mobilisait beaucoup d'énergie chez les entrepreneurs.
Avec AVA1, AQUITI peut désormais investir entre 100 000 et 3 millions d'euros dès le premier tour, avec un ticket initial moyen d'environ un million. Le fonds peut ensuite réinvestir jusqu'à 6 millions d'euros par entreprise.
L'idée est d'accompagner les startups avec une impulsion forte dès le démarrage, des moyens, plutôt que de devoir commencer son développement avec peu de moyens et à passer beaucoup, beaucoup de temps à aller récolter diverses sources de financement.
La contrepartie est une sélection particulièrement exigeante. Cochy estime à environ 1 % la proportion des dossiers retenus depuis le début des investissements d'AVA1. Le portefeuille compte déjà 13 entreprises, pour un objectif d'environ 25 à l'issue de la période d'investissement de quatre ans. Autrement dit, le fonds a parcouru la moitié du chemin.
Santé et climat : le pari des technologies de rupture
AVA1 est généraliste, mais avec une orientation assumée : au moins 70 % des investissements doivent concerner la santé et le climat. Ces secteurs représentent déjà environ 80 % du portefeuille. Ce choix répond à une réalité du territoire. Bordeaux et la Nouvelle-Aquitaine, étendue au quart sud-ouest, disposent d'un tissu scientifique important, notamment autour du CHU, du CNRS et des laboratoires universitaires.
Je voyais que ces deux sujets-là étaient surreprésentés en stade de seed, raconte Cochy. Nous sommes sur des marchés portés par des tendances durables : vieillissement de la population, maladies chroniques, changement climatique.
Cette dynamique se retrouve dans le panorama des startups de la santé à Bordeaux, qui met en lumière le poids des biotech et medtech dans les levées de fonds régionales, avec notamment FineHeart et TreeFrog Therapeutics, toutes financées par AQUITI.
Deux entreprises illustrent cette stratégie.
RelaiSanté, à Bordeaux, développe une plateforme destinée à organiser la continuité de la prise en charge après une hospitalisation. L'objectif est de coordonner les prestataires, les soins et les équipements nécessaires au retour à domicile, une étape souvent complexe pour les patients et leurs proches.
Fondée notamment par Étienne Boix et Pierre Godet, anciens de Quitoque, l'entreprise a déjà équipé plusieurs centaines d'établissements hospitaliers. Elle a réalisé une levée d'amorçage de 6 millions d'euros, codirigée par AQUITI et Ternel.
Autre exemple, Synboli, installée à Mérignac, associe intelligence artificielle et chimie du bore pour concevoir de nouveaux polymères. Issue de travaux de recherche, elle cherche notamment à développer des alternatives à certains matériaux présentant des inconvénients environnementaux.
Quand on va chez eux à Mérignac. Il y a la moitié des gens qui sont sur leur ordinateur en mode IA et l'autre, c'est des paillasses en chimie.
La startup travaille déjà en co-développement avec de grands industriels, notamment sur des applications dans les matériaux, l'agriculture et la cosmétique.
Pour Cochy, ces entreprises incarnent un avantage concurrentiel : une technologie difficile à reproduire. Un argument devenu particulièrement important à l'heure où l'intelligence artificielle facilite considérablement la production de logiciels.
La barre est maintenant beaucoup plus haute pour être retenue comme étant boîte finançable, estime-t-il à propos des startups logicielles.
Bordeaux attire une nouvelle génération d'entrepreneurs
Mais le changement le plus profond ne serait pas uniquement technologique. Il serait aussi humain. Sur les 13 entreprises financées par AVA1, 12 ont été créées par des équipes comprenant des entrepreneurs ayant déjà monté une entreprise. Une proportion remarquable, qui traduit un choix d'investissement assumé. Notre bilan 2026 de la French Tech le confirmait aussi.
Les "repeat entrepreneurs" sont des profils qu'il y avait beaucoup moins il y a 10 ans à Bordeaux ou dans la région. Et on commence à en avoir de plus en plus.
Jean-François Cochy cite notamment Alexandre Ducoeur, fondateur de Studapart, qui a revendu son entreprise avant de s'installer à Bordeaux et de lancer AQQI un nouveau projet, soutenu par AQUITI.
Ces entrepreneurs ont déjà connu les levées de fonds, les recrutements, les difficultés de trésorerie et parfois la revente d'une société. Une expérience qui leur permet d'aller plus vite, mais aussi de mieux maîtriser leurs dépenses.
C'est presque eux les plus rigoureux sur la gestion du cash, des dépenses, observe l'investisseur.
Cette arrivée de profils expérimentés pourrait changer la trajectoire de l'écosystème bordelais. La région disposait depuis longtemps de compétences scientifiques et techniques reconnues. Il lui manquait davantage d'entrepreneurs ayant déjà construit des entreprises à forte croissance.
Le fait de faire se mélanger un petit peu ces profils-là, je trouve que ça crée les ingrédients pour demain faire des grosses boîtes qui seront ancrées ici mais qui auront un rayonnement européen ou mondial.
Le rôle des structures d'accompagnement reste essentiel. Cochy souligne notamment le travail d'Unitec dans la structuration des projets, la préparation des levées de fonds et l'apprentissage des fondamentaux entrepreneuriaux.
Il insiste sur la durée nécessaire pour bâtir un véritable écosystème technologique. Une construction patiente, qui exige de la continuité dans les dispositifs d'accompagnement.
Moins d'argent pour les startups moyennes, davantage pour les meilleures ?
Reste une contradiction apparente. AQUITI vient de réunir 60 millions d'euros, alors que de nombreux entrepreneurs dénoncent une raréfaction des financements.
Les deux réalités coexistent. D'un côté, la contraction des dépenses publiques pèse sur les subventions et les dispositifs d'accompagnement. De l'autre, les fonds privés disposent encore de capitaux, mais les concentrent sur un nombre plus limité de projets, avec une forte attraction pour l'intelligence artificielle.
Pour un entrepreneur dont le projet est perçu comme moyen ou pas assez abouti, c'est plus dur de lever aujourd'hui qu'il y a 5 ans.
En revanche, les équipes très expérimentées, positionnées sur de grands marchés, continuent d'attirer les investisseurs. Cochy explique être régulièrement en concurrence avec des fonds parisiens, voire européens. Ce sont surtout les projets intermédiaires qui risquent de souffrir. Ceux qui pouvaient auparavant combiner petites levées, dette et aides publiques pour poursuivre leur développement.
Le phénomène ne l'inquiète pas nécessairement.
Je pense qu'on va probablement avoir une concentration des financements sur un plus petit nombre de sociétés prometteuses. Et je suis pas sûr que ça soit négatif pour l'écosystème.
Il pousse même la comparaison plus loin : Soit on fait de la culture de bonsaï qui crée peu d'emplois, ou bien on essaye d'avoir une dizaine de champions qui vont créer des milliers d'emplois.
Une vision qui peut faire débat. Toutes les entreprises innovantes n'ont pas vocation à devenir des géants internationaux. Et la diversité des PME technologiques constitue aussi une richesse économique. Cochy le reconnaît d'ailleurs volontiers : construire une PME rentable et pérenne reste une réussite parfaitement respectable.
La fin du modèle de la levée de fonds à répétition ?
L'autre évolution qu'il observe concerne le modèle même de financement des startups. Pendant longtemps, le parcours semblait presque obligatoire : amorçage, série A, série B, puis nouvelles levées jusqu'à une éventuelle introduction en Bourse ou une revente. Désormais, certaines entreprises choisissent une trajectoire différente. Elles lèvent une première fois pour développer leur produit, puis cherchent rapidement la rentabilité.
C'est le modèle dit seedstrapped, contraction de seed et bootstrapped. (NDLR : seed = en phase d'amorçage, bootstrapped = développée sans fond en ressources propres).
On voit de plus en plus de startups qui cherchent beaucoup plus rapidement qu'avant à aller vers la rentabilité.
Pour un fonds d'amorçage comme AVA1, ces entreprises peuvent représenter des investissements intéressants, même si elles ne prévoient pas de multiplier les tours de table. Cette évolution témoigne d'une forme de maturité. La levée de fonds n'est plus nécessairement une fin en soi.
Le meilleur argent, c'est celui des clients, c'est sûr.
Reste à savoir si cette nouvelle génération d'entrepreneurs, mieux financés dès le départ, plus expérimentés et davantage tournés vers leurs marchés, parviendra à faire émerger les grands noms technologiques qui manquent encore à Bordeaux et à la Région.
Jean-François Cochy veut y croire. Mais il sait aussi que les champions internationaux ne se décrètent pas. Ils se construisent sur plusieurs cycles, avec du capital, des talents, de l'ambition et du temps. AQUITI est là pour jouer ce rôle avec d'autres acteurs de l'écosystème.

Sources :
- Entretien exclusif AQUI.Media avec Jean-François Cochy, 30 octobre 2026.
- AQUITI, communiqué de presse, octobre 2026 : « Aquiti boucle avec succès la levée du fonds AVA1 à près de 60 M€ et confirme son ambition de faire émerger les futurs champions technologiques d'un grand quart sud-ouest de la France ».
Comprendre la stratégie d'AQUITI et les enjeux du capital-risque
1. Qu'est-ce que le fonds AVA1 lancé par AQUITI ?
AVA1 est un fonds de capital-risque de près de 60 millions d'euros, géré par AQUITI Ventures. Il finance des startups technologiques en phase d'amorçage dans le Grand Sud-Ouest. Son objectif est d'accompagner environ 25 entreprises, avec une priorité donnée à la santé et au climat.
2. Combien AQUITI peut-il investir dans une startup ?
Le fonds AVA1 investit entre 100 000 et 3 millions d'euros lors d'un premier tour de financement, avec un ticket moyen proche d'un million d'euros. Il peut ensuite réinvestir pour porter son engagement total jusqu'à 6 millions d'euros par entreprise.
3. Pourquoi AQUITI choisit-il de financer moins de startups ?
Jean-François Cochy privilégie des investissements plus importants dans un nombre limité d'entreprises à fort potentiel. L'objectif est de leur donner suffisamment de moyens dès le départ pour accélérer leur développement, plutôt que de multiplier les petits financements. Selon lui, environ 1 % des dossiers étudiés sont retenus.
4. Quelles startups bordelaises ont été financées par AQUITI ?
AQUITI a notamment accompagné FineHeart, spécialisée dans les dispositifs d'assistance cardiaque, et TreeFrog Therapeutics, dans les thérapies cellulaires. Plus récemment, son fonds AVA1 a investi dans RelaiSanté, qui facilite le retour à domicile après une hospitalisation, et Synboli, qui développe de nouveaux matériaux grâce à la chimie et à l'intelligence artificielle.





