L'essentiel
- 238 M€ levés en 98 opérations depuis 1989 par les 183 start-up santé accompagnées par Unitec ; TreeFrog, Fineheart et Fermentalg en totalisent 116,5 M€, soit 49 %.
- Biotech : aucune levée en 2023, 410 k€ en 2024, 2,1 M€ en 2025 ; 60 % de son financement 2020-2025 provient d'aides non dilutives.
- Bpifrance (27,2 M€) et la Région Nouvelle-Aquitaine (10,6 M€) apportent 81 % des 51 M€ d'aides non dilutives reçues entre 2015 et 2025.
Unitec, l’incubateur de l'université de Bordeaux, publie le bilan de ses 183 start-up santé accompagnées depuis 1989 : 238 M€ levés en 37 ans. Selon nos calculs à partir de ses données, trois sociétés en concentrent près de la moitié. La biotech, qui a le plus besoin de capital, en trouve de moins en moins et vit désormais surtout d’aides publiques.
Unitec, association financée par la Région Nouvelle-Aquitaine, Bordeaux Métropole et l’Union européenne, a mis en ligne fin septembre un rapport sectoriel sur les start-up de santé de son portefeuille. Le document s’appuie sur ses données de suivi internes arrêtées au 31 décembre 2025. Il recense 183 entreprises, dont 121 forment le cœur HealthTech (biotech-pharma, medtech, e-santé). Ces entreprises comptent 1 623 emplois directs, et 87 % d’entre elles sont encore en activité cinq ans après leur création.
Le chiffre mis en avant est celui des levées : 238 M€ en capital, répartis sur 98 opérations. Le détail du rapport montre que ce total repose largement sur quelques dossiers.
TreeFrog, Fineheart et Fermentalg : 116 M€ sur 238
TreeFrog Therapeutics, biotech de thérapie cellulaire installée à Pessac, a levé à elle seule 71 M€, soit près de 30 % du total. Le rapport la sort d’ailleurs de ses analyses détaillées pour ne pas fausser les moyennes. Sans elle, il reste 167 M€ pour 96 opérations : les 71 M€ de TreeFrog tiennent donc en deux tours de table.
Viennent ensuite Fineheart, concepteur pessacais d’implants cardiaques, avec 26,4 M€ cumulés, puis Fermentalg, spécialiste des microalgues, avec 19,1 M€. Fermentalg est classée par Unitec hors du cœur HealthTech.
Additionnés, ces trois noms totalisent 116,5 M€, soit 49 % des 238 M€. En ajoutant Invivox (10,9 M€) et inHeart (7,3 M€), cinq sociétés réunissent 134,7 M€, soit 57 %. Toutes les autres se partagent environ 103 M€.
L’ordinaire du portefeuille se situe à une tout autre échelle. Sur le cœur HealthTech, 39 % des start-up ont levé au moins une fois en capital. À la médiane, la première levée porte sur 300 k€ et intervient vingt mois après la création. L’année 2025 suit la même logique : sur les 9,4 M€ levés par les medtech, Deski en a capté 5,5 M€ à elle seule. Deski analyse les images médicales par intelligence artificielle.
Biotech : 91 M€ levés, dont 71 M€ pour une seule société
La concentration est encore plus forte dans la biotech. Hors TreeFrog, les biotech accompagnées ont levé 20,3 M€ en neuf opérations depuis 1989. En réintégrant TreeFrog, le total atteint 91,3 M€, dont 78 % pour la seule société pessacaise.
Les dernières années montrent un net ralentissement. Aucune levée biotech n’a eu lieu en 2023. L’année 2024 n’en compte qu’une, de 410 k€. En 2025, bYoRNA et Doxanano ont relancé le compteur avec 2,1 M€ à elles deux.
Le financement s’est donc déplacé vers l’argent public. Sur 2020-2025, les subventions, avances et prêts représentent 60 % du financement des biotech du portefeuille. Le rapport l’attribue à l’absence de tours en capital récents. Sur la décennie 2015-2025, cette part n’était que de 27 %.
Biotech : un cycle long que le capital-risque finance mal
Unitec avance sa propre explication : la biotech cumule des cycles de développement longs, de gros besoins en capitaux et un risque réglementaire élevé. C’est aussi la sous-filière qui échoue le plus. Dix des 22 biotech suivies ont été liquidées, soit 45,5 %, contre 29,5 % pour les medtech.
Pour donner un ordre de grandeur, une étude du BCG pour France Biotech estimait à environ huit ans et 290 M€ le développement d’un biomédicament jusqu’à sa mise sur le marché. À cette échelle, une première levée médiane de 300 k€ finance à peine la preuve de concept.
Le contexte national n’aide pas. Selon France Biotech, les HealthTech françaises ont levé 2,3 Md€ en 2025, en baisse de 9 % sur un an. Seule une sur cinq a bouclé une levée dans l’année. EY observe un recul des levées biotech d’environ 20 % aux États-Unis et de 10 % en Europe en 2025.
À l’échelle régionale, nous mesurions déjà dans notre baromètre des financements de la French Tech Nouvelle-Aquitaine combien les grosses levées tirent les totaux vers le haut, un effet de concentration que l’on retrouve ici dans la santé.
Le parcours de TreeFrog montre ce qu’il faut réunir pour tenir : plusieurs tours en capital, un prêt de 30 M€ de la Banque européenne d’investissement versé en trois tranches de 2025 à 2027, et un accord de licence avec l’américain Vertex. Avec 125 salariés, TreeFrog est aujourd’hui le premier employeur du portefeuille santé d’Unitec.
Bpifrance et la Région tiennent le relais
Sur 2015-2025, les start-up du cœur HealthTech ont mobilisé 51 M€ de financements non dilutifs. Deux acteurs en apportent 81 % : Bpifrance avec 27,2 M€ auprès de 59 sociétés, et la Région Nouvelle-Aquitaine avec 10,6 M€ auprès de 53 sociétés.
Les premières données 2026 vont dans le même sens. Unitec les présente comme partielles et invite à les lire au conditionnel. Les aides non dilutives y atteignent 7,3 M€, contre 1,7 M€ de levées en capital, et presque tout transite par Bpifrance. Olva Medical a ainsi obtenu 3,6 M€ de Bpifrance, en consortium avec l’IHU Liryc et le CHU de Bordeaux.
Les financements européens restent peu utilisés. Hors le prêt de la BEI à TreeFrog, le rapport ne recense que quelques subventions d’EIT Health, de 10 à 40 k€ par projet.
Dans ses recommandations, Unitec plaide pour renforcer le financement de l’amorçage et de la pré-industrialisation, en particulier en medtech et en biotech, et pour un accès élargi aux programmes européens comme l’EIC Accelerator. Le rapport ne dit pas qui prendra le relais des subventions pour financer les séries B. Les chiffres 2026 consolidés, attendus dans la prochaine édition, diront si le basculement vers l’argent public devient durable.

Start-up santé bordelaises : le rapport Unitec en quatre questions
Combien les start-up santé accompagnées par Unitec ont-elles levé ?
238 M€ en capital depuis 1989, en 98 opérations, selon le rapport sectoriel publié par Unitec en septembre 2026. Sans TreeFrog Therapeutics (71 M€), le total tombe à 167 M€.
Pourquoi la biotech lève-t-elle si peu ?
Unitec l’explique par des cycles de développement longs, de gros besoins en capitaux et un risque réglementaire élevé. Les biotech accompagnées n’ont réalisé aucune levée en 2023, une seule de 410 k€ en 2024, et 2,1 M€ en 2025.
Qui finance les start-up santé quand le capital-risque manque ?
Surtout Bpifrance et la Région Nouvelle-Aquitaine, qui ont apporté 81 % des 51 M€ d’aides non dilutives reçues par le cœur HealthTech entre 2015 et 2025. Sur les premières données 2026, ces aides atteignent 7,3 M€, contre 1,7 M€ de levées en capital.
Combien d’emplois et quel taux de survie ?
Selon Unitec, les start-up santé actives comptaient 1 623 emplois directs fin 2025, dont 89 % en Gironde. Leur taux de survie à cinq ans est de 87 %.




