Hôtel de ville de Limoges en cendres, résidence de la préfète de la Gironde saccagée : le gouvernement reconnaît son échec. Il a trouvé en deux jours de l’argent pour les vitrines, toujours pas pour les revendications.
Samedi soir, le campanile de l’hôtel de ville de Limoges s’effondrait dans les flammes, pendant qu’à Bordeaux des manifestants saccageaient la résidence de la préfète de la Gironde. Deux jours plus tard, Laurent Nuñez reconnaît une « perte de contrôle » et Gérald Darmanin admet que les autorités ont « failli ». L’aveu est rare, c'est dire les manquements au plus haut de l'Etat.
Le ministère qui n’a pas su protéger une mairie avait suspendu, dix jours plus tôt, ses grenades assourdissantes après qu’un lycéen de 15 ans eut la main arrachée à Lens. Trop de force devant les grilles des lycées, trop peu devant les bâtiments de la République : la doctrine a manqué sa cible dans les deux sens. Le renseignement attendait au plus 110 000 personnes dans les cortèges des grandes villes ; 550 000 à 800 000 selon les sources ont défilé. Sébastian Roché, spécialiste du maintien de l’ordre, juge le dispositif « massivement sous-dimensionné ». Guillaume Guérin, maire LR de Limoges, assure que les policiers ont reculé faute de munitions.
Reste à savoir qui a cassé, et chacun choisit la réponse qui l’arrange. Laurent Nuñez évoque à Marseille des milliers d’individus d’ultragauche, ce qui change un fiasco en guet-apens. Le sociologue Fabien Truong décrit dans Les Échos des adolescents pillant par opportunité, ce qui protège le mouvement. À Limoges, un incendie précédé de menaces de mort contre les agents ressemble peu à un pillage improvisé. Dix-sept gardes à vue, dont sept mineurs, un suspect arrété par le RAID aujourd'hui : la justice tranchera, et nous ne le ferons pas à sa place.
La fumée a surtout masqué une évidence comptable. En 2018, l’État avait éteint les Gilets jaunes avec un chèque d’environ 17 milliards d’euros. En 2026, avec un déficit deux fois plus lourd, il jure ne plus rien avoir à signer. Il a pourtant trouvé en quarante-huit heures de quoi financer le chômage partiel à 100 % des salariés des commerces pillés et un fonds pour leur trésorerie. Une vitrine se chiffre et se répare une fois. Un professeur remplaçant engage le budget pour des années. La casse offre au pouvoir le confort de payer ses dégâts plutôt que les revendications. « Ce n’est pas à la police de gérer un problème politique », rappelle Truong. C’est pourtant ce qu’il reste à un gouvernement qui choisit ses chèques.
Les médias, portent leur part. La vitrine de Louis Vuitton et autres images de casses (Galeries Lafayette et Apple Store à Bordeaux) ont tourné en boucle, la plateforme revendicative des lycéens est quasi invisible.
Le calendrier ne laisse aucun répit. Depuis lundi soir, des zones de Paris, Lyon, Lille, Nice et Bordeaux font l'objet d'un couvre-feu. Les Gilets jaunes annoncent un acte II le 24 octobre, l’intersyndicale appelle à manifester le 5 novembre, et le gouvernement doit présenter ses mesures pour les lycées d’ici la fin du mois. On saura alors s’il signe des chèques pour autre chose que des vitrines.
Truong pose la seule question qui tienne : les adultes seront-ils à la hauteur ?



