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Edito

Girondins de Bordeaux : l'union sacrée, sinon rien

Girondins de Bordeaux : le club n'est peut-être pas encore condamné. Mais son salut dépend désormais moins d'un investisseur providentiel que de la capacité de tout un territoire à faire enfin front commun.

Par Jacques FROISSANT
Publié il y a 16 juil.
6 min de lecture
Girondins de Bordeaux : l'union sacrée, sinon rien
Stade Atlantique Bordeaux ou le crépuscule des Girondins @Aqui.media

Bordeaux : Exclus des compétitions nationales par la DNCG mercredi, promis à la liquidation, les Girondins disposent encore d'une fenêtre de sauvetage, étroite et comptée en jours. Encore faudrait-il que le concert des donneurs de leçons et le ballet des opportunistes laissent aux acteurs de bonne volonté le temps de la saisir.

Il y a des soirs où une ville entière retient son souffle. Mercredi, pendant que la commission d'appel de la DNCG scellait le sort sportif des Girondins de Bordeaux par une exclusion de toutes les compétitions nationales, reléguant le club en direction de la Régional 1 au mieux, une poignée d'anciens joueurs du club se réunissait discrètement pour réfléchir à la suite. D'un côté, la mort administrative d'une institution de 145 ans. De l'autre, l'esquisse d'un sursaut. Toute la question des prochains jours tient dans cette juxtaposition : lequel des deux mouvements ira le plus vite ?

Une liquidation devenue mécanique

Il faut d'abord mesurer ce que la décision de mercredi déclenche réellement, au-delà de la rétrogradation. Le club évolue depuis deux ans sous le régime du redressement judiciaire, et son maintien dans les championnats nationaux figurait parmi les conditions du plan de continuation validé en juin 2025. L'exclusion prononcée par le gendarme financier du football emporte donc, de fait, la résolution de ce plan.

Sauf coup de théâtre, le tribunal de commerce n'aura plus qu'à constater une situation que le commissaire à l'exécution du plan juge irrémédiablement compromise.

La liquidation de la société n'est plus une menace qui plane : c'est une conséquence déjà enclenchée, que seule une décision de justice doit encore formaliser.

L'onde de choc ne s'arrête pas là. La disparition de la société entraînerait la mise en procédure collective de l'association sportive, socle historique et amateur du club, qui lui doit plus de quatre millions d'euros au titre de transferts et de droits divers. Autrement dit, le refuge que beaucoup imaginaient, repartir d'en bas, en amateur, comme si de rien n'était, n'existe pas en l'état. Même le scénario du club phénix, à la strasbourgeoise ou à la bastiaise, supposerait d'abord de purger ce passif.

"Too big to fail ?"

Le tableau serait désespérant s'il ne restait une porte entrouverte. Gérard Lopez, auditionné plus d'une heure mercredi matin, a déposé un recours devant le Comité national olympique et sportif français. Manœuvre dilatoire d'un président aux abois ? Pas seulement. Selon nos informations, la Fédération française de football plaide pour que le CNOSF accorde le maintien au niveau national si les neuf millions d'euros réclamés par la DNCG sont réunis d'ici là. La fenêtre est donc réelle. Elle est aussi terriblement étroite : quelques jours pour trouver une somme que ni le propriétaire ni le fonds britannique Sparta Capital, pour qui, très logiquement, ces délais de prise de décision sont incompatibles avec l'urgence de la situation et qui s'est retiré de la course dans la nuit de mardi à mercredi, n'ont su rassembler en plusieurs mois.

Une condition, elle, ne figure dans aucun procès-verbal mais fait consensus : la solution idéale ne passera plus par Gérard Lopez. Les institutions ne veulent plus de l'homme qui s'était engagé à apporter les fonds et ne l'a pas fait. Toute reprise crédible devra s'écrire sans lui, y compris comme actionnaire minoritaire.

Le procès avant l'enterrement des Girondins ?

C'est pourtant un autre débat qui s'est installé depuis mercredi soir. Bordeaux bruisse moins de solutions que de sentences. Chacun y va de son « je vous l'avais bien dit », et les autopsies précèdent le décès.

Parmi ceux qui tirent déjà les enseignements de cette faillite annoncée, certains font remonter la chute à la cession du club par M6 à des fonds d'investissement en 2018. Ils dénoncent un « capitalisme hors-sol » qui aurait sacrifié l'identité du club à des logiques financières et affirment qu'« il n'y a pas de sauveur suprême. Seulement des fossoyeurs. » Le diagnostic sur la financiarisation du football mérite d'être débattu, et il le sera longtemps. Mais cette lecture condamne en bloc, sans distinguer ceux qui ont contribué au naufrage de ceux qui tentent sérieusement aujourd'hui de le réanimer.

L'ironie, c'est que le fond du propos rejoint précisément ce dont le club a besoin : une mobilisation « la plus large, des supporters aux collectivités locales, en passant par les investisseurs locaux et les anciens joueurs ». Tout le monde, au fond, dit la même chose. Encore faudrait-il le dire ensemble plutôt que les uns contre les autres.

Les procès en incompétence croisés, la Métropole faussement accusée d'avoir fait capoter Sparta sur le loyer du stade, Sparta accusé d'avoir joué la montre alors qu'ils ne font que suivre leurs délais réglementaires, la DNCG accusée de tuer un centenaire, les supporters renvoyés à leur colère, nourrissent les tribunes, pas le plan de financement.

Et dans l'ombre de ce vacarme prospèrent les opportunistes de toujours, ces repreneurs de vestibule qui se déclarent par voie de presse sans jamais produire une garantie bancaire ou une idée crédible.

L'union sacrée ou la disparition

Reste le mouvement le plus intéressant de la semaine, le plus discret aussi : ce conciliabule d'anciens joueurs, mercredi soir, pour imaginer des solutions. Il rejoint l'appel de Girondins Socios à une réunion entre le club, les collectivités et les supporters, et la promesse de Thomas Cazenave, maire de Bordeaux et président de la Métropole, d'échanger « dans les prochains jours avec l'ensemble des acteurs concernés ».

Ces initiatives ne constituent pas encore un plan de sauvetage. Elles montrent en revanche que des acteurs cherchent toujours à construire une issue, loin du bruit médiatique. « Nous n'abandonnerons pas les Girondins », a écrit la collectivité, qui a tout intérêt (40 000 places de stade en régie directe en témoignent) à ce que la promesse soit tenue.

Les précédents de Strasbourg, Grenoble ou Le Mans enseignent qu'un grand club peut renaître de la sixième division. Ils enseignent aussi que cela ne réussit qu'à une condition : que le territoire tout entier (collectivités, monde économique, supporters, anciens, instances) tire dans le même sens, en laissant les règlements de comptes aux historiens.

Bordeaux a quelques jours pour réunir neuf millions d'euros. Cette somme est considérable à l'échelle d'un homme. Elle l'est beaucoup moins à celle d'un territoire. Ce qui manque aujourd'hui n'est pas l'argent, mais la capacité de ceux qui en disposent à agir ensemble.

Depuis un siècle et demi, le scapulaire a survécu à deux guerres, à des présidents flamboyants et à des propriétaires fantômes. Il ne survivra pas à la désunion.

JA

Par Jacques FROISSANT

Directeur de la publication

Bordelais, œnologue, tout allait bien… jusqu’à ce que je dérape dans l’entrepreneuriat RH pour les startups. 😉 Auteur et chroniqueur (L’Express, FrenchWeb, France 3 NOA...), je suis aujourd’hui cofondateur et rédacteur en chef d’AQUI.Media

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