Bordeaux Métropole lance la révision de sa politique de l’eau, entre ambition et tensions sur les moyens
Réuni le 26 juin 2026, le Conseil de Bordeaux Métropole a lancé la révision de sa politique de l'eau, quinze ans après la précédente. Entre ambition affichée et tensions sur le financement, l'accès à l'eau pour les plus précaires et la solidarité avec les territoires voisins.
C’est l’un des chantiers structurants annoncés par le nouvel exécutif métropolitain, présidé depuis avril 2026 par Thomas Cazenave : la révision complète de la politique de l’eau, dont la dernière mouture remonte à 2011. Présentée par le vice président délégué à l’eau et à l’assainissement, Jérôme Pescina, maire de Martignas-sur-Jalle et président de la Régie de l’Eau Bordeaux Métropole, la délibération a été votée à une large majorité, mais a donné lieu à plus d’une heure de débat, révélateur des enjeux qui traversent ce dossier.
Un cadre devenu obsolète face au changement climatique
Pour justifier l’urgence de cette révision, Jérôme Pescina a rappelé que la métropole venait de connaître “la plus forte consommation d’eau jamais enregistrée” sur son territoire, dans le sillage de la canicule des derniers jours. Au-delà de cet épisode, le vice-président a énuméré les évolutions qui rendent le cadre de 2011 dépassé : intensification du changement climatique, émergence de nouvelles pollutions comme les PFAS, pression démographique croissante sur les infrastructures et marges financières plus contraintes pour la collectivité.
Le constat central de la délibération : l’eau n’est plus une politique sectorielle mais une question transversale, qui irrigue l’urbanisme, la prévention des inondations, la biodiversité, le développement économique ou la santé publique. Un baromètre intercommunal cité dans les débats indique que 64% des habitants de la métropole placent l’assainissement et la distribution d’eau potable parmi leurs priorités.
La méthode retenue se déroule en trois temps : un diagnostic partagé du territoire (déjà engagé), une stratégie à horizon 2050, puis un programme d’action opérationnel et chiffré sur dix ans. Un comité de pilotage doit se réunir dès le 9 juillet. La démarche bénéficie d’un partenariat financier avec l’Agence de l’eau Adour-Garonne.
Cinq points de vigilance pour l’opposition municipale
Si elle a salué le principe de la révision, l'élue Sylvie Cassou-Schotte (Mérignac), qui avait porté le précédent plan eau, a détaillé cinq réserves. D’abord, la nécessité d’intégrer une véritable concertation citoyenne, sur le modèle du Village de l’eau organisé en 2023. Ensuite, un contexte national jugé préoccupant : agences de l’eau budgétairement fragilisées, rôle amoindri des schémas d’aménagement et de gestion des eaux (SAGE) et projet de loi Duplomb réintroduisant des pesticides interdits en France et assouplissant certaines normes environnementales.
Troisième alerte, plus concrète : l’accès à l’eau pour les populations vivant en habitat informel, à l’image du camp de la Barthe, qui regrouperait plus de 700 personnes toujours privées d’accès à l’eau courante. L'élue a reconnu ne pas être parvenue à faire adopter un plan d’action sur ce sujet en 2025, malgré un diagnostic réalisé conformément à la loi.
Quatrième point : la trajectoire du prix de l’eau. Avec plus d’un milliard d’euros d’investissements nécessaires pour la mise en conformité des stations d’épuration et des aides de l’Agence de l'eau désormais conditionnées à certains niveaux de tarification, une hausse des prix semble difficilement évitable. Enfin, la gestion des eaux pluviales a été qualifiée de “domaine régalien” de la métropole, à ne pas négliger dans les arbitrages budgétaires à venir.
La question de la solidarité territoriale
Le conseiller métropolitain Gérard Chausset ( Mérignac, groupe socialiste et apparentés ) est intervenu sur un angle différent : depuis vingt-cinq ans, la métropole recherche des ressources de substitution, notamment dans le Médoc, via les champs captants, pour économiser la nappe de l'Eocène sans que ce dossier soit jamais totalement bouclé. Pour l’élu, la révision de la politique de l’eau ne peut se construire dans le seul cadre de la métropole, sous peine de reproduire les erreurs passées dans d’autres domaines, où Bordeaux-Métropole était perçue par les territoires voisins comme venant simplement “chercher leur ressource”.
En réponse, l’exécutif métropolitain a évoqué le projet de “pacte girondin”, destiné à structurer un dialogue renforcé avec les territoires du département sur les politiques structurantes, transport et eau en particulier.
Une parenthèse animée sur le nucléaire
Le débat a connu un aparté inattendu lorsque l’élu écologiste Olivier Cazaux, conseiller municipal et militant antinucléaire de longue date, a interpellé l’exécutif sur la consommation d’eau du parc nucléaire français, citant les difficultés de refroidissement déjà rencontrées sur les centrales du Blayais et de Golfech. Il a développé huit arguments critiques sur la filière nucléaire (dépendance à l’uranium importé, vieillissement du parc, coûts comparés aux renouvelables selon l’Ademe, dette d’EDF, gestion des déchets ). Plusieurs élus, dont le maire de Bègles Christian Bagate, ont contesté certains de ces éléments, notamment sur la nature du combustible et le réemploi futur des matières par les réacteurs EPR2. Jérôme Pescina a clos l’échange en relevant une incohérence : la métropole a récemment soutenu la création d’un data center, lui-même fortement consommateur d’eau et d’électricité.
Mots-clés :
Par Justine Chanteau
Auteur
Passée par le Dauphiné Libéré à Grenoble et JunkPage à Bordeaux, je suis journaliste stagiaire chez AQUI.Media pour couvrir les actualités culturelles et politiques.
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