L'essentiel
- L'académie de Versailles compte 535 567 collégiens et lycéens, plus que toute la Nouvelle-Aquitaine (449 337). Avec Créteil (+ 0,9 %), elle fait partie des rares académies qui gagnent des élèves.
- La Région Nouvelle-Aquitaine dépense 3 590 € par lycéen et par an, contre 2 380 € en Île-de-France, dernière de France. Mais ses nouvelles autorisations d'investissement dans les lycées baissent de 26,6 % en 2026.
- Pour la rentrée 2026, l'État a retiré 275 postes d'enseignants aux académies de Bordeaux, Poitiers et Limoges, pendant que Créteil en gagnait 156.
Le mouvement lycéen est parti de Créteil, là où le nombre d'élèves continuent de progresser, où les profs manquent et où la dépense par lycéen est la plus faible de France. En Nouvelle-Aquitaine, la Région paie davantage, mais l'État a retiré 275 postes d'enseignants dans les collèges et lycées des trois académies à la rentrée 2026.
Le 18 septembre, des lycéens de Saint-Exupéry, à Créteil, protestent contre des classes de près de 40 élèves. Trois semaines plus tard, le mouvement a gagné tout le pays. Le 6 octobre, entre 8 500 manifestants selon la préfecture et 40 000 selon la FSU défilent dans la métropole bordelaise. Au lycée Gustave-Eiffel de Bordeaux, une enseignante décrit à L'Étudiant des fenêtres qui ne ferment plus, après des épreuves du bac passées en juin sous près de 43 °C. Les données publiques expliquent pourquoi la colère est née à l'est de Paris. Elles montrent aussi pourquoi la Nouvelle-Aquitaine, mieux lotie sur le papier, n'y échappe pas.
Créteil et Versailles gagnent des élèves quand le reste de la France en perd
À la rentrée 2025, l'académie de Versailles scolarise 535 567 collégiens et lycéens, selon la DEPP, le service statistique du ministère. C'est 10 % des effectifs nationaux, et davantage que les trois académies de Nouvelle-Aquitaine réunies : 449 337 élèves, dont 268 091 pour Bordeaux, 131 663 pour Poitiers et 49 583 pour Limoges. Créteil en compte 417 536.
L'écart tient surtout à la dynamique. Seules cinq académies de l'Hexagone gagnent des élèves, Créteil en tête (+ 0,9 %) devant Versailles (+ 0,4 %). Dix-huit en perdent, dont Limoges, qui enregistre la plus forte baisse (- 1,2 %), et Paris intra-muros (- 0,9 %) qui se vide.
Le nombre d'enseignants et surtout leur répartition n'ont pas suivi. D'après les données du ministère, leur nombre stagne depuis 2017 dans les académies de Créteil et de Versailles, alors que les élèves continuent d'arriver. Peu attractives, ces deux académies concentrent jeunes titulaires et contractuels. À l'échelle nationale, près d'une heure de cours sur dix n'a pas été assurée dans le secondaire en 2024-2025, soit 20 millions d'heures, selon le ministère.
En Île-de-France, la Région dépense un tiers de moins par lycéen
Les murs relèvent d'un autre payeur. Entre 2021 et 2023, la Région Île-de-France a dépensé en moyenne 2 380 euros par lycéen et par an (euros constants de 2023), le dernier rang de toutes les régions. La Nouvelle-Aquitaine en dépensait 3 590, soit 34 % de plus que sa voisine francilienne, alors que le nombre d'élèves baisse.
La DEPP rappelle que les grands lycées urbains coûtent mécaniquement moins cher par élève. L'argument a ses limites : l'Île-de-France passe aussi derrière Provence-Alpes-Côte d'Azur (2 410 euros) et les Hauts-de-France (2 550 euros), deux régions très urbaines. Élèves en hausse, profs qui ne suivent pas, Région en queue de classement : en Île-de-France, les deux payeurs du lycée ont décroché ensemble.
En Nouvelle-Aquitaine, la Région paie davantage mais réduit ses engagements futurs
La Nouvelle-Aquitaine occupe le quatrième rang métropolitain, derrière la Bourgogne-Franche-Comté, la Corse et la Normandie. Son budget 2026, adopté le 18 décembre 2025, porte à 148,7 millions d'euros (+ 2,8 %) les crédits de paiement pour les bâtiments des lycées.
Mais, car il y a un mais, les autorisations de programme, c'est-à-dire les nouveaux chantiers que la Région s'engage à lancer, tombent de 164 à 120,4 millions d'euros, soit - 26,6 %. La collectivité l'assume dans son rapport budgétaire : la démographie la conduit à réinterroger la construction de nouveaux lycées, pour accélérer des opérations plus modestes.
Dans un momentum où ses finances sont sous haute pression, la Région Nouvelle-Aquitaine renvoie la responsabilité vers l'État. La dotation qu'il verse pour l'équipement des lycées, la DRES, est gelée depuis 2008 à 47,1 millions d'euros. Dans le même budget, la Région chiffre à 46,6 millions d'euros le prélèvement que l'État opère sur ses recettes en 2026 au titre du DILICO, un dispositif de « lissage » des recettes des collectivités. L'État verse d'une main presque ce qu'il reprend de l'autre. Ce prélèvement doit toutefois être restitué à 80 % sur cinq ans, et son montant définitif dépend de la loi de finances adoptée (autant dire que dans le contexte actuel cela reste une chimère).
Reste la chaleur, que les lycéens bordelais ont subie en juin. La ville de Bordeaux s'est engagée dans un plan chaleur, la Région pas encore.
L'État a déjà retiré 275 postes dans les trois académies néo-aquitaines
Pour la rentrée 2026, la répartition finale des moyens du second degré public, présentée fin janvier, retire 125 emplois d'enseignants à l'académie de Bordeaux, 106 à Poitiers et 44 à Limoges (Document ministériel du 28 janvier 2026). Dans le même temps, Créteil gagne 156 postes. Bordeaux en avait déjà perdu 47 en 2025.
L'arithmétique ministérielle est cohérente : les postes suivent les élèves. Mais en Nouvelle-Aquitaine, la baisse démographique se traduit en postes rendus, pas en classes allégées. Le projet de loi de finances 2027 prévoit 1,2 milliard d'euros de plus pour l'Éducation nationale et la suppression de 836 postes d'enseignants dans le secondaire public (Projet annuel de performances 2027, programme 141). Avec des effectifs en recul dans les trois académies, la Nouvelle-Aquitaine figure parmi les premières candidates à la réduction du nombre de postes d'enseignants.
Les moyens n'expliquent pas toute la colère. Dans une tribune publiée par Les Échos, Bernard Meunier, membre de l'Académie des sciences et de l'Académie nationale de pharmacie, estime que « nous avons berné les lycéens » : baccalauréat dévalué, formations qui ne mènent nulle part, enseignements à la carte. Selon lui, nous leur avons « menti », d'où des frustrations « qui se traduisent par la révolte ». Ce diagnostic ne coûte rien à la Région ni au rectorat, et les lycéens bordelais le portaient aussi sur leurs banderoles : « Contre Parcoursup, contre le manque de profs ».
La prochaine échéance tombera fin janvier, avec la répartition des postes par académie pour la rentrée 2027. Les lycéens réclament à la fois un plan d'urgence pour les bâtiments et des embauches massives, deux demandes adressées à deux payeurs qui se renvoient la facture. Dans les trois académies néo-aquitaines, il restera à savoir si les 275 postes perdus en 2026 n'étaient qu'une première tranche.
FAQ Lycées
Qui finance les lycées en France ?
La Région finance les bâtiments, leur entretien et leur fonctionnement. L’État, par l’intermédiaire des rectorats, paie les enseignants et fixe le nombre de postes par académie.
Pourquoi la mobilisation lycéenne est-elle partie de Créteil ?
L’académie de Créteil gagne des élèves (+ 0,9 % entre 2024 et 2025) alors que la plupart des académies en perdent. Les effectifs enseignants n’ont pas suivi, et la Région Île-de-France est celle qui dépense le moins par lycéen (2 380 € par an en moyenne entre 2021 et 2023).
Combien la Région Nouvelle-Aquitaine dépense-t-elle par lycéen ?
3 590 € par an en moyenne entre 2021 et 2023, en euros constants 2023, selon le ministère de l’Éducation nationale. C’est le quatrième niveau des régions métropolitaines.
Combien de postes d’enseignants la Nouvelle-Aquitaine perd-elle à la rentrée 2026 ?
Selon la répartition présentée fin janvier 2026, 275 postes dans le second degré public : 125 dans l’académie de Bordeaux, 106 à Poitiers et 44 à Limoges.



