L'essentiel
- QUIET lève 1,4 M€ auprès de Demea Sustainable Investment, via le FAIM Lyon-Saint-Étienne, avec Bpifrance et un pool bancaire en complément.
- Le chiffre d'affaires est passé de 10 000-15 000 € en 2024 à 370 000 € en 2025 ; l'objectif 2026 est d'un million d'euros, avec plus de 200 établissements équipés.
- Une fiche INRS mise à jour en janvier 2025 chiffre à 16 dB (85 %) la réduction du bruit de choc entre assiettes.
- La production visée passe de 135 000 pièces en 2026 à 650 000 en 2027, sur une ligne robotisée installée dans le Rhône.
La start-up bordelaise QUIET lève 1,4 M€ pour robotiser la production de sa vaisselle en verre trempé et silicone, qui équipe déjà 200 cantines, EHPAD et hôpitaux. Son chiffre d'affaires a été multiplié par vingt-cinq en un an. L'entreprise doit maintenant réussir son passage à la distribution indirecte et documenter ses performances acoustiques, qui sont pour l'instant celles qu'elle revendique.
AQUI a plongé dans les cuisines collectives et interviewé Sophie Moritel, la co-fondatrice.
Sept années de recherche avant le projet industriel
QUIET est une deeptech industrielle bordelaise, issue de sept ans de recherche menée avec l'INSA de Villeurbanne et le CNRS. Son actif principal est un procédé breveté : une technologie bi-matériaux qui lie un revêtement silicone à du verre trempé par cohésion moléculaire, sans colle ni joint. Appliqué à la restauration collective, il donne une vaisselle plus légère, plus résistante, antidérapante et nettement moins bruyante. L'entreprise la présente comme un outil de prévention des risques professionnels plutôt que comme un équipement de cuisine. Fondée par Pierre Busquet, Sébastien Chauvin et Sophie Moritel, QUIET a son siège à Bordeaux et produit chez un partenaire industriel du Rhône. Au-delà des cantines, elle vise à terme des marchés où le poids, la solidité et le bruit comptent : la plaisance et les véhicules de loisirs.
Le 8 septembre, l'entreprise a annoncé une levée de 1,4 million d'euros auprès de Demea Sustainable Investment (ex-Demeter Investment Managers), via le Fonds d'amorçage industriel métropolitain (FAIM) Lyon-Saint-Étienne. Bpifrance et un pool bancaire complètent l'opération.
Amorcée par la Région Nouvelle-Aquitaine, relancée par un fonds adossé à la Métropole de Lyon
Le FAIM est doté de 70 millions d'euros. Sa vocation est de soutenir des activités productives sur les territoires lyonnais et stéphanois. QUIET y est éligible parce que sa ligne de production est installée chez un sous-traitant du Rhône, détenteur d'une compétence que l'entreprise n'a pas trouvée en Nouvelle-Aquitaine. Avec ce partenaire, elle a co-développé l'outil industriel et une formulation de silicone sur mesure.
La Région Nouvelle-Aquitaine, Unitec et ADI Nouvelle-Aquitaine ont accompagné les premières années. La robotisation puis la duplication de la ligne, financées par cette levée, resteront en France et le siège lui à Bordeaux.
De 15 000 euros à un million de CA : la traction en chiffres
Commercialisée depuis septembre 2024, la gamme de vaisselle QUIET a généré 370 000 euros de chiffre d'affaires en 2025. L'objectif 2026 est d'un million d'euros, et à ce jour il devrait être tenu. Plus de 200 établissements sont équipés : écoles, CHU, EHPAD, IME, restaurants d'entreprise. La production visée passe de 135 000 pièces en 2026 à 650 000 en 2027, soit près de cinq fois plus.
Depuis la fin du premier semestre 2026, la vente directe aux collectivités cède la place à deux distributeurs nationaux de la restauration collective, qui mobilisent 60 à 80 commerciaux de terrain. Ce changement de canal conditionne davantage l'objectif 2027 que la levée elle-même. D'autres distributeurs suivront pour se développer à l'international.
Au-delà de la prévention des risques professionnels, l'argumentaire commercial repose aussi sur un calcul. La vaisselle QUIET coûte environ deux fois le prix d'une vaisselle classique. L'entreprise revendique pourtant un retour sur investissement de 23 mois pour une collectivité, grâce à une casse réduite : un parc traditionnel se renouvelle d'environ 15 % par an.
85 % de bruit en moins pour améliorer le confort au travail
Dans les établissements qui l’ont testée, scolaires, médico-sociaux ou entreprises, les retours sont unanimes : l’ambiance se transforme. Les équipes parlent d’un “soulagement” en fin de service, d’une fatigue auditive en recul, et même d’une meilleure concentration lors des pics d’affluence. Pour les convives, la différence est tout aussi sensible : un repas plus apaisé, moins stressant, plus propice à la détente.
Le contexte réglementaire rend ce gain concret. En plonge, les agents sont exposés à 95 à 105 dB selon l'INRS. Le Code du travail (art. R4431-2) impose des premières mesures de prévention à partir de 80 dB(A) en moyenne sur huit heures et fixe une valeur limite à 87 dB(A). Il donne la priorité à la réduction du risque à la source. QUIET est référencée par l'INRS comme outil de prévention. La fiche consacrée aux assiettes silencieuses, réalisée avec les centres de mesures physiques des Carsat et de la Cramif et mise à jour en janvier 2025, chiffre à 16 dB (85 %) la réduction du bruit de choc entre assiettes et la classe parmi les actions à la source. Selon l'ADEME et le Conseil national du bruit, le coût social du bruit au travail se chiffre autour de 19 milliards d'euros par an.
Entretien avec Sophie Moritel, co-fondatrice et directrice générale de QUIET
Sophie Moritel, directrice générale, a co-fondé QUIET avec Pierre Busquet et Sébastien Chauvin. Plus de 6 millions de repas ont déjà été servis dans sa vaisselle depuis le début de sa commercialisation, en septembre 2024.
Comment est née l'idée d'une vaisselle sans bruit ?
D'une observation en cuisine collective : le bruit de la vaisselle y est permanent. Nous pensions régler le problème en quelques mois. Le projet a vraiment démarré en 2018, avec la rencontre d'un physicien, Sébastien Chauvin. Nous avons travaillé sur les contraintes du produit avec l'INSA de Villeurbanne et le CNRS. Au final, il a fallu sept ans de travail. Le résultat est un silicone lié au verre par cohésion moléculaire, sans colle ni joint. La recette de fabrication est secrète et bien sur brevetée.
Notre vaisselle QUIET est plus légère et plus solide, mais c'est surtout un véritable outil de prévention des risques professionnels. Notre ambition est de mieux intégrer la prévention des risques auditifs dans la restauration collective, où le bruit reste trop souvent considéré comme une contrainte inhérente au métier.
Comment finance-t-on sept ans de R&D ?
Avec nos fonds propres, de l'endettement personnel, Bpifrance et la Région Nouvelle-Aquitaine, puis 370 000 euros levés en seed auprès de nos proches.
Pourquoi produire en Rhône-Alpes ?
Notre outil de production est chez un sous-traitant qui a une compétence particulière, introuvable en Nouvelle-Aquitaine. Nous avons développé un partenariat très étroit avec lui et son savoir-faire n'a quasiment pas d'équivalent pour les particularités de notre production. Le siège reste à Bordeaux.
Lever 1,4 M€ en 2026, c'était difficile ?
Oui, dans le contexte actuel. Mais nous avons un projet concret, qui produit déjà des résultats. Nous avons ciblé des fonds orientés industrie et hardware, qui ont une écoute forte pour ce type de projets. Cela nous a aidés d'industrialiser en France et d'avoir un produit à impact sur la prévention des risques au travail, validé par l'INRS.
Vous visez 135 000 pièces produites en 2026 et une capacité de 650 000 en 2027. À quoi serviront ces fonds ?
À automatiser la production, à préparer le développement international et à recruter : support, communication, administration des ventes. Nous changeons aussi de modèle. Jusqu'ici, nous vendions en direct. Nous passons désormais par deux grands distributeurs nationaux qui travaillent avec les collectivités. L'effet de levier va être important et faciliter l'accès à nos produits par les collectivités qui travaillent déjà avec eux. Nos objectifs ont été tenus : 370 000 euros de chiffre d'affaires en 2025, et notre projection de CA à un million d'euros en 2026 devrait être tenue.
Écoles, EHPAD, établissements de santé, restaurants d'entreprise : plus de 200 établissements sont équipés. Que vous disent vos clients ?
Les retours sont très bons, le produit tient sa promesse. Le coté antidérapant s'avère être un plus que nous n'avions pas anticipé. La solidité aussi : la vaisselle dure plus longtemps. C'est autant un produit de limitation des risques qu'un produit de confort. Notre but, c'est de rendre plus confortable le travail des personnes qui nous nourrissent.
Votre passage dans QVEMA « Qui veut être mon associé ? » n'a débouché sur aucun investissement. Qu'en retenez-vous ?
Nous avons pu faire de la pédagogie sur le produit et sur l'impact du bruit. C'était notre but premier. Certes, il n'y a pas eu d'investissement, mais nous avons gardé des liens forts avec certains investisseurs qui nous ouvrent des portes.
Vous parlez d'international à partir de 2027 et de marchés au-delà de la restauration collective. Où sera QUIET dans cinq ans ?
Nous voulons être devenus incontournables, avoir fait comprendre le sujet de l'audition au travail et être présents à l'international. La gamme va s'élargir. Nous explorons aussi la plaisance et les camping-cars, avec des premiers tests positifs en Méditerranée et sur les routes françaises.
Un conseil à un entrepreneur dans le contexte actuel ?
Bien s'entourer, avoir une super équipe et lui faire confiance. Être à l'écoute des conseils d'experts et se constituer une équipe de référence. Et sentir la conviction dans le projet.
Les fondateurs pensaient régler le problème du bruit en quelques mois. Il leur a fallu sept ans pour passer des laboratoires de l'INSA et du CNRS à une fiche de l'INRS, puis à 200 établissements équipés. Le prochain cap est fixé à 2027 : une ligne robotisée dimensionnée pour 650 000 pièces et les premiers marchés à l'international. QUIET l'aborde avec un argument rare chez les jeunes industriels : ses objectifs commerciaux de 2025 et 2026 ont été tenus.

Vaisselle silencieuse QUIET en quatre questions
Qu'est-ce que la vaisselle QUIET ?
Une vaisselle pour la restauration collective qui associe du verre trempé et un revêtement silicone, développée par la deeptech bordelaise QUIET après sept ans de R&D avec l'INSA de Villeurbanne et le CNRS. Elle est plus légère, plus résistante, antidérapante et nettement moins bruyante.
De combien la vaisselle QUIET réduit-elle le bruit ?
Selon la fiche de l'INRS consacrée aux assiettes silencieuses, le bruit de choc entre assiettes baisse de 16 dB, soit 85 %. L'entreprise revendique également une baisse de 35 % du niveau sonore ambiant d'un réfectoire.
Où est fabriquée la vaisselle QUIET ?
En France, chez un partenaire industriel du Rhône. QUIET a son siège à Bordeaux.
Combien coûte la vaisselle QUIET ?
Environ deux fois le prix d'une vaisselle classique. L'entreprise revendique un retour sur investissement de 23 mois pour une collectivité, grâce à une casse réduite.





