Les sorcières ont pris leurs quartiers au Musée d’Aquitaine, Mollat lâche ses fantômes sur les enfants et les architectes ouvrent leurs portes jusqu’à dimanche. Samedi sera gris, dimanche ensoleillé : on vous a fait le programme en conséquence.
Bordeaux commence Halloween avec deux semaines d’avance, et pour une fois, ce n’est pas la faute du marketing. Le Musée d’Aquitaine ouvre l’une des expositions les plus attendues de la saison, sur un sujet que la région connaît mieux qu’elle ne le croit. Le reste du week-end suit le ciel : à l’intérieur samedi, dehors dimanche.
La sorcière incarne la femme affranchie de toutes les dominations, de toutes les limitations ; elle est un idéal vers lequel tendre, elle montre la voie.
Mona Chollet, journaliste et essayiste dans son livre Sorcières - La Puissance invaincue des femmes
Samedi, on va trembler au Musée d’Aquitaine.
Inaugurée jeudi soir, l’exposition Tremblez, tremblez ! Les sorcières sont parmi nous part d’une histoire très locale. Entre 1560 et 1630, la traque des « filles du diable » a profondément marqué le Sud-Ouest, comme le reste de l’Europe occidentale. Le sujet n’a rien d’exotique ici. En 1609, c’est un magistrat du Parlement de Bordeaux, Pierre de Lancre, qui conduit en Labourd l’une des chasses aux sorcières les plus féroces du royaume. Il en tirera un livre, publié en 1612, qui fait encore froid dans le dos. Le parcours file ensuite du bûcher au mythe, jusqu’à la sorcière réinventée en icône féministe. Le ministère de la Culture lui a attribué le label « Exposition d’intérêt national » : c’est l’une des trente distinguées en France cette année, et la seule à Bordeaux. Il suffit d’un billet d’entrée au musée. Vous avez jusqu’au printemps 2027, mais franchement, octobre est le bon mois.
En sortant, on ira soutenir les Burdis, seule équipe de volley féminin de la région à évoluer au plus haut niveau. Ce samedi 17 octobre 2026 - 19h00 au Palais des Sports de Bordeaux.
Dimanche matin, on y retourne avec les enfants.
Le musée lance son atelier De la magie dans l’air dimanche à 11h15, pour les enfants à partir de 7 ans. Au programme : une courte visite des totems, amulettes et objets magiques de l’exposition, puis la fabrication d’un mobile à suspendre. C’est 7 €, 5 € avec la Carte jeune, et gratuit pour l’accompagnant. Le parent ressort avec un mobile et une heure de culture : c’est tout bénéfice.
Chez Mollat, les fantômes sont lâchés.
Jusqu’au 31 octobre, la librairie propose aux plus jeunes un escape game, Chasseurs de fantômes. C’est le prétexte idéal pour occuper une après-midi de vacances pluvieuse, pendant que les adultes traînent au rayon polar.
Tout le week-end, l’architecture ouvre ses portes.
Les Journées nationales de l’architecture se terminent dimanche. Agences, chantiers et bâtiments habituellement fermés accueillent le public : le programme bordelais est sur le site officiel de l’événement. Pour une ville qui débat de son urbanisme depuis trente ans, c’est l’occasion d’aller voir de près au lieu d’en parler au comptoir.
Et en bonus, une expo qui ne fait pas de bruit.
À l’Hôtel de Ragueneau, Art et inclusion présente le fruit de la rencontre entre l’artiste Paul Peinture et l’Association des Familles de Traumatisés Crâniens et Cérébrolésés de Gironde. L’entrée est gratuite et l’expo dure jusqu’au 31 octobre. C’est l’expo discrète de la quinzaine, et peut-être la plus touchante.
Météo ce week-end

Samedi, Bordeaux voit gris. Le ciel reste couvert, quelques gouttes sont possibles en matinée, puis le temps se maintient au sec. Le thermomètre plafonne vers 18° en fin d’après-midi. Le vent souffle à 15 à 20 km/h, avec des rafales autour de 40 : ce n’est pas le jour du brushing sur les quais. C’est en revanche une météo parfaite pour s’enfermer avec des sorcières. Dimanche, le soleil revient sur un ciel dégagé, mais au réveil il fait 7° : on sort la laine pour le marché. L’après-midi monte autour de 16°, de quoi justifier une vraie sortie.
Livres à lire
Le duo sorcières : Michelet et Chollet. Pour prolonger l’expo, lisez deux livres à 150 ans d’écart. En 1862, Jules Michelet publie La Sorcière et transforme la suppliciée en figure de révolte ; il existe en poche. En 2018, Mona Chollet publie Sorcières. La puissance invaincue des femmes, le livre qui a installé en France la sorcière féministe sur laquelle se termine le parcours du musée. Lus ensemble, ils racontent comment un mythe se réinvente.

Les conseils de la Librairie Mollat :
À lire avant de les rencontrer cette semaine. Mollat reçoit du beau monde à la station Ausone, et tout est gratuit. Petite avance de lecture :
Nathalie Herschdorfer, Une histoire de la photographie : 200 images (rencontre mardi 20 à 18h). C’est le beau livre du bicentenaire de la photographie.
Amélie Nothomb, L’adolescence du perroquet (Albin Michel ; rencontre et dédicace mercredi 21 à 14h). Le roman met face à face un orphelin de 17 ans et un gris du Gabon, dans un conte qui glisse vers l’épouvante. Il est de saison.
Anne-Laure Delatte, Riches ensemble ! (Grand oral Sciences Po | Sud Ouest, jeudi 22 à 18h). L’économiste du CNRS s’attaque à la dette publique. C’est le livre à offrir à ceux qui ont un avis définitif sur la question sans l’avoir ouvert.
Julian Jackson, La chute. France, 1940 (Seuil ; rencontre vendredi 23 à 18h). Après le succès des deux films tirés de sa biographie de De Gaulle, l’historien britannique dissèque six semaines qui ont fait tomber une République. C’est d’une actualité gênante.
Le coup de cœur des libraires : Bethsabée Krivoshey, Le contraire de la pudeur. C’est une fable intense sur l’adolescence d’aujourd’hui, à lire avant de la confier à vos ados, ou après eux.
Et Anne Carson, prix Nobel de littérature 2026. La poétesse canadienne vient d’être couronnée par l’Académie suédoise. Si vous ne l’avez jamais lue, demandez au rayon poésie de Mollat par où commencer.
Lieux à visiter
Le Muséum de Bordeaux, pour les Félins.
L’exposition a été conçue par le Muséum national d’Histoire naturelle et adaptée à Bordeaux. Elle raconte la famille des félins, leurs talents de prédateurs et leur longue histoire avec les humains, de la domestication aux représentations culturelles. C’est le plan B parfait pour samedi, et le Jardin public est à deux pas pour dimanche.

La flèche Saint-Michel, puis la Chartreuse.
Profitez du soleil de dimanche pour grimper la flèche, la plus haute du Sud-Ouest, puis traversez la ville jusqu’au cimetière de la Chartreuse. C’est une balade d’automne idéale à l’approche de la Toussaint, et elle cache une histoire (voir ci-dessous).
Le saviez-vous ? Pendant des générations, la crypte de la flèche Saint-Michel a exposé aux curieux des corps naturellement momifiés, exhumés du cimetière paroissial à la fin du XVIIIe siècle. Les célèbres « momies de Saint-Michel » ont disparu de la vue du public à la fin du XXe siècle. En 1990, elles ont été transférées au cimetière de la Chartreuse, où elles reposent dans un ossuaire. La balade de dimanche relie donc leurs deux adresses.
La dune du Pilat, sans la foule d’août.
Si vous avez une voiture et l’envie de prendre l’air, dimanche est le jour. Ciel dégagé, lumière rasante d’octobre et parkings enfin respirables : la dune retrouve son vrai visage quand les vacanciers sont partis.
La semaine prochaine :
Mollat ouvre place Gambetta sa Petite librairie de l’horreur, du 20 au 31 octobre. Bernard Minier lance les festivités lundi à l’Utopia, avec une projection de L’Enfant du diable. Et samedi 24, Chilly Gonzales vient fêter Solo Piano à l’Auditorium. Nous y reviendrons vendredi.



