L'essentiel
- Les Burdis : seul club de Nouvelle-Aquitaine dans l'élite du volley féminin.
- Juillet 2025 : transformation en SCIC sous forme de SAS.
- 900 000 € : budget annoncé pour 2026-2027, contre 1,15 million la saison précédente.
- 120 000 € de déficit : une menace de relégation finalement levée en appel.
- Un modèle fragile : partenaires privés, financements publics et contraintes du Palais des Sports.
Aqui.Media ouvre une série dans les coulisses des Burdis, seul représentant de Nouvelle-Aquitaine dans l'élite du volley féminin. Premier épisode : comment un club devenu entreprise tente de survivre avec un budget de 900 000 euros. Entre contraintes financières, contrats de joueuses bloqués et bras de fer avec la Ligue, la professionnalisation ressemble parfois à un parcours d'obstacles.
Premier épisode : ce que coûte le droit de rester professionnel quand on pèse moins d'un million d'euros, avec un effectif qui se découvre et une salle qui ne lui appartient pas.
Les Burdis, seul club de volley féminin de Nouvelle-Aquitaine dans l'élite
Ce mardi 13 octobre, les Burdis ont décroché leur tout premier succès de la saison en s'imposant 1 set à 3 à Chamalières. Samedi dernier au Palais des Sports, les Burdis avait perdu 3 sets à 0 contre Nantes (20-25, 21-25, 26-28), après avoir tenu une balle de set dans la troisième manche. Une semaine plus tôt, Vandœuvre-Nancy les avait battues 3 sets à 1. Au classement de la Saforelle VOLSTAR, de douzièmes sur treize, sans un point, elles remontent à la 9ème place. Rien de grave à ce stade, le mois d'octobre, avec pas moins de 6 rencontres au total, sera cependant déterminant pour celles qui ont terminé dans le dernier 8 des play-off l'an passé.
Les Burdis sont la seule équipe de la région dans cette division. Le club est le seul club professionnel féminin de Nouvelle-Aquitaine de plus présidé par une femme. Seules en volley, donc. Ça suffit à faire une exception.
Volley féminin : les Burdis à la guerre avec un effectif en chantier
Guillaume Condamin entame sa septième saison sur le banc. Il a vu partir six joueuses, dont la Tchèque Eva Svobodova, et perdu la capitaine qui portait le brassard depuis quatre ans. Cinq sont arrivées, dont trois Canadiennes ; deux d'entre elles n'ont rejoint le groupe que deux semaines avant la reprise. Jade Cholet, blessée au ménisque avec l'équipe de France, manque l'entame. La Slovaque Karin Palgutova la remplace en octobre, en pige avant de partir pour Houston. Le brassard est passé à la libero Anna Janelle. Contre Nantes, la meilleure marqueuse bordelaise s'appelait Annika Koivuniemi : 12 points, à 18 ans.
L'entraîneur admet que le groupe n'était pas prêt et parle d'un nouveau cycle, sans baisser la cible : « nous avons recruté pour aller chercher les play-offs », disait-il avant l'ouverture.
Après un stage en Ariège et des matchs amicaux contre Nantes, Évreux et Béziers, octobre aligne six rencontres en vingt-neuf jours, dont Chamalières ce mardi à 18 heures et France Avenir un samedi à midi. Le mois ne laisse aucune place au rodage et s'annonce un test grandeur nature.
L'engagement ne s'arrête pas au parquet. Depuis la saison dernière, chacune des onze joueuses avait une entreprise marraine, dont le nom s'affichait sur son maillot d'échauffement et qui l'associait en priorité à ses actions marketing. Le tout loin de la célébrité du football, ce que la passeuse Mathilde Walspeck, toujours dans l'effectif, résumait en mars pour le magazine de la Ville de Bordeaux : « On n'est pas des footballeurs. » Elle dit pouvoir encore sortir boire un verre tranquillement.
Bordeaux Mérignac Volley : de la création du club à la Ligue A
Le club est né en 2013 sous forme d'union de groupements sportifs, exclusivement féminin, avec un objectif : amener une équipe en Ligue A. Championnes de France de Nationale 2 en 2014, les Burdis atteingnent l'Élite, puis alignent la Coupe de France fédérale en 2023, une finale de championnat de France, le titre d'Élite en 2024 et la montée. Deux saisons dans l'élite, deux quarts de finale de play-offs, contre Levallois-Paris en 2025 puis Mulhouse en avril. Le sportif a suivi. Les enjeux structurels aussi.
Licence Club : les exigences de la Ligue Nationale de Volley
La Ligue Nationale de Volley délivre chaque année un agrément, la Licence Club. Dans la version votée en avril 2023, la première division féminine doit présenter une société et non un groupement sportif, un produit d'exploitation d'au moins un million d'euros dès 2024-2025, une masse salariale plancher de 198 880 euros, et onze fonctions à pourvoir le soir de match dont deux statisticiens et deux opérateurs de challenge vidéo. L'agrément s'obtient avec 80 % des points exigibles, les dossiers sont déposés avant le 15 avril, et la DNACG, organe de contrôle financier de la ligue, vérifie les comptes.
Le club a répondu au cahier des charges en changeant de nature. Le 1er juillet 2025, il est devenu une société coopérative d'intérêt collectif (SCIC), sous forme de SAS, un statut que sa direction présente comme la condition pour rester conforme. Premier effet visible : la coprésidence, impossible dans ce montage, a laissé place à un duo, Béatrice Knoepfler présidente, Valérie Pull directrice générale. Autour d'elles, un comité de direction de sept membres, trois adjoints statisticiens, trois kinésithérapeutes, un médecin du sport, un ostéopathe et une vingtaine de bénévoles fidèles.
Palais des Sports de Bordeaux : la bataille de la salle, deux clubs et des ambitions
Les Burdis n'ont pas (encore) leur salle. Le Palais des Sports et ses 2400 places appartient à la Ville de Bordeaux. Le volley y partage l'affiche avec la JSA Bordeaux, remontée en Nationale 1 de basket.
Son président, Mathieu Gibaud, revendique 1 600 spectateurs de moyenne la saison dernière, quand les Burdis en comptaient 1 374 lors de leur première saison dans l'élite, en 2024-2025. Il a ouvert des discussions avec la mairie et la Métropole pour une nouvelle enceinte vers 2030-2031 : « Une nouvelle salle est indispensable pour générer de nouveaux revenus », expliquait-il à Bebasket fin septembre. Les Burdis n'apparaissent pas dans ce projet tel que la JSA l'a présenté.
L'autre front est réglementaire. La Licence Club de 2023 exige une salle homologuée de 1 500 places, avec un délai qui expire cette fin de saison si la collectivité s'engage à la mettre aux normes. Le Palais des Sports passe la barre, mais la ligue impose aux clubs des exigences qu'elle ne peut pas imposer aux villes propriétaires : en 2019, le ministère des Sports rappelait que seules les fédérations peuvent fixer des normes opposables aux collectivités. Le club reste coincé entre une ligue qui écrit la norme et une ville qui possède les murs.
Budget des Burdis : le défi de financer le volley féminin professionnel
En 2025-2026, selon la direction, le budget a franchi le million : 1,15 million d'euros. Environ 600 000 euros venaient d'entreprises du territoire, près de 80 au total, avec un ticket moyen de 7 000 euros, deux fois celui de la saison précédente. Les financements publics pesaient 35 % du budget, dont 250 000 euros de la Ville de Bordeaux, qui avait annoncé à l'été 2025 une hausse de 150 000 euros pour les Burdis, au nom d'un logique rééquilibrage entre sport masculin et féminin, mais encore loin de la subvention versée aux Boxers.
Cette saison, le club annonce un budget d'environ 900 000 euros, rationnalisé pour se mettre en conformité vis à vis de la ligue, avec un résultat à l'équilibre pour cette saison.
L'été où les comptes ont failli coûter la relégation. Avant l'été 2026, la LNV avait prononcé la relégation du club pour un déficit de 120 000 euros. Le club avait fait appel et a été réintégré, la dette ayant été réduite d'environ 70 000 euros, le budget entièrement remis à plat. Soulagement, le 3 juillet, le club annonçait que la DNACG lui avait accordé l'agrément, après l'audition de sa présidente et de sa directrice générale devant la commission d'appel. Une bonne nouvelle mais un court répit puisqu'un strict encadrement de la masse salariale était imposé courant de l'été : nouveau casse-tête pour le club.
Burdis : deux contrats de joueuses bloqués, un nouveau bras de fer avec la DNACG
L'été avait déjà été mouvementé. Avant la reprise, la Ligue Nationale de Volley avait prononcé la relégation administrative des Burdis pour un déficit de 120 000 euros. Le club avait fait appel et obtenu son maintien, après avoir revu son budget et réduit sa dette. Le 3 juillet, la DNACG lui accordait finalement son agrément. Mais le répit aura été de courte durée.
Nouveau coup de théâtre ce 15 octobre. Le Bordeaux Mérignac Volley annonce saisir le Comité national olympique et sportif français (CNOSF) après une décision défavorable à l'homologation des contrats de deux joueuses, Jade Cholet et Eva Del Moral. Une décision prise le 9 octobre par le Conseil supérieur de la DNACG et notifiée au club le 13.
Le différend porte sur le calcul de la masse salariale. Pour respecter le plafond imposé, le club affirme avoir réduit les rémunérations de plusieurs joueuses et de son entraîneur. Il présente désormais une masse salariale de 283 000 euros, pour un plafond fixé à 284 000 euros.
Mais la DNACG réintègre dans ce calcul des sommes versées aux joueuses par une association distincte, financée par du mécénat. Ces rémunérations correspondent, selon le club, à des actions de promotion du volley auprès des écoles, des jeunes et de publics spécifiques.
Béatrice Knoepfler conteste cette interprétation : « Nous ne pouvons cependant pas accepter que des actions de promotion du volley auprès des jeunes et des publics spécifiques, financées par le mécénat, soient assimilées à une volonté de contourner les règles. »
Le club entend désormais défendre sa position devant le CNOSF. À ce stade, le communiqué ne précise ni les montants contestés ni les conséquences sportives immédiates pour les deux joueuses.
L'avenir des Burdis face à la réalité entre ambitions sportives et contraintes économiques
Ce nouveau conflit illustre les difficultés d'un club qui tente de concilier ambitions sportives, équilibre financier et engagements sociétaux. Les Burdis veulent notamment faire de leur politique RSE un pilier stratégique, avec l'objectif de devenir une société à mission.
Béatrice Knoepfler avait déjà résumé cette course à l'attractivité comme « un marathon que l'on doit courir en tongs ». Une formule qui prend aujourd'hui une résonance particulière. Pourtant, le club ne renonce pas à ses ambitions et poursuit sa transformation.
D'autant qu'un autre défi se profile : la concurrence des ligues américaines et de la NCAA, le championnat universitaire américain, qui attirent de plus en plus de joueuses, y compris formées en France. Pour un club au budget limité, conserver ses talents devient un enjeu aussi important que d'en recruter.
Entre exigences financières de la Ligue, concurrence internationale et ambitions sportives, les Burdis doivent désormais gagner deux championnats : celui du terrain et celui de leur modèle économique.

Les Burdis en quatre questions
Pourquoi les Burdis sont-elles devenues une entreprise ?
Le Bordeaux Mérignac Volley s'est transformé en société coopérative d'intérêt collectif (SCIC) en juillet 2025 pour répondre aux exigences de professionnalisation de la Ligue Nationale de Volley.
Quel est le budget des Burdis en 2026-2027 ?
Le budget annoncé est d'environ 900 000 euros pour la saison 2026-2027, contre 1,15 million d'euros la saison précédente. Une réduction destinée à retrouver l'équilibre financier.
Pourquoi les Burdis ont-elles risqué la relégation en 2026 ?
Un déficit de 120 000 euros avait entraîné une décision de relégation administrative. Après un appel et une révision de leur situation financière, les Burdis ont obtenu leur agrément le 3 juillet 2026.
Pourquoi la DNACG bloque-t-elle les contrats de deux joueuses des Burdis ?
La DNACG refuse l'homologation des contrats de Jade Cholet et Eva Del Moral en raison d'un désaccord sur le calcul de la masse salariale. Elle y intègre des rémunérations associatives liées à des actions de promotion du volley, que le club estime distinctes des salaires sportifs. Les Burdis ont annoncé saisir le CNOSF pour contester cette décision.



