L'essentiel
  • 253 007 salariés dans l'ESS en Nouvelle-Aquitaine, soit 11,7 % de l'emploi régional (données structurelles 2022).
  • Emploi en recul de 0,3 % entre fin 2024 et fin 2025, mais une meilleure résistance que le privé hors ESS.
  • Associations fragilisées par les difficultés de financement.
  • 17 et 18 novembre : Forum national de l'ESS à Niort.

Avec plus de 250 000 salariés et près de 12 % de l’emploi régional, l’économie sociale et solidaire est un poids lourd de la Nouvelle-Aquitaine. Mais derrière les célébrations du Mois de l’ESS, les derniers chiffres révèlent un secteur sous pression. En France, plus de 10 400 emplois auraient disparu en 2025. Entre restrictions budgétaires et fragilité des associations, le modèle solidaire traverse une période délicate.

Novembre est traditionnellement le mois de l’économie sociale et solidaire (ESS). L'objectif est de célébrer une autre façon d’entreprendre, où la recherche du profit n’est pas une fin en soi. Coopératives, mutuelles, associations, fondations et entreprises sociales ouvrent leurs portes pour montrer qu’une autre économie est possible. Mais cette année, la fête risque d’avoir un goût amer. Derrière les discours sur l’économie responsable, les chiffres racontent une réalité moins réjouissante.

Un géant économique de 253 000 salariés en Nouvelle-Aquitaine

L’ESS est loin d’être une économie marginale. Selon la dernière note de conjoncture publiée en septembre 2026 par la Chambre régionale de l’économie sociale et solidaire (CRESS), la Nouvelle-Aquitaine compte 253 007 salariés répartis dans 20 422 établissements employeurs, soit 11,7 % de l’emploi total régional. Ces données structurelles reposent sur les statistiques Insee de 2022. En Gironde, l’ESS emploie 65 233 salariés, soit 12,6 % de l’emploi privé, selon les données de la CRESS portant sur le quatrième trimestre 2025.

L’action sociale concentre à elle seule 40 % des emplois de l’ESS, devant l’enseignement (11 %). Des métiers essentiels, souvent peu visibles, qui accompagnent les personnes âgées, les enfants, les publics fragiles ou les personnes en situation de handicap.

À l’échelle nationale, le secteur représente 2,68 millions d’emplois, dont 66 % occupés par des femmes, selon le Panorama de l’ESS 2026. Une réalité qui rappelle que les difficultés du secteur concernent aussi des métiers très féminisés.

Plus de 10 400 emplois supprimés en France en 2025

La dynamique s’essouffle. Entre les quatrièmes trimestres 2024 et 2025, l’emploi dans l’ESS a reculé de 0,3 % en Nouvelle-Aquitaine. Certes, le secteur résiste mieux que les entreprises privées hors ESS, dont les effectifs ont diminué de 0,7 %. Mais cette relative résistance masque des difficultés importantes. Les associations, qui concentrent près des trois quarts des emplois du secteur, sont particulièrement exposées aux tensions financières.

La situation dépasse largement les frontières régionales. Selon ESS France, plus de 10 400 emplois ont été supprimés dans l’économie sociale et solidaire en France en 2025. Un recul que Benoît Hamon, président d’ESS France, attribue aux restrictions budgétaires.

« Sacrifier l’ESS, c’est toujours sacrifier la cohésion sociale », dénonce Benoît Hamon dans son éditorial du Mois de l’ESS 2026.

En octobre, la CRESS Nouvelle-Aquitaine a rejoint la mobilisation nationale « Et si nous arrêtions vraiment ? », destinée à alerter sur les difficultés financières du secteur associatif. Les besoins sociaux augmentent, les coûts aussi. Mais les ressources ne suivent pas toujours. Une équation de plus en plus difficile à tenir.

Après le Forum mondial de Bordeaux, le retour aux réalités

Il y a tout juste un an, Bordeaux accueillait le Forum mondial de l’économie sociale et solidaire (GSEF 2025). Trois jours de débats internationaux pour promouvoir une économie plus juste et durable. Une belle vitrine, mais depuis les tensions financières n’ont pas disparu.

En juillet dernier, la France a pourtant adopté une stratégie nationale de développement de l’ESS. Selon Benoît Hamon, les représentants du secteur se sont abstenus lors de son adoption, jugeant les ambitions trop modestes et les moyens insuffisants. Le paradoxe est évident : jamais l’ESS n’a été autant célébrée dans les discours, alors que nombre de ses acteurs peinent à équilibrer leurs comptes.

Pourtant, l’économie sociale et solidaire ne se résume pas aux associations dépendantes des subventions publiques. Elle rassemble aussi des entreprises qui développent des modèles économiques originaux.

À Bordeaux, le supermarché coopératif Supercoop propose une autre organisation de la distribution alimentaire. Enercoop Nouvelle-Aquitaine défend une production et une consommation d’énergie renouvelable fondées sur la coopération citoyenne. Dans le réemploi, des initiatives comme Ïkos démontrent que l’économie circulaire peut également créer de l’activité et de l’emploi. Autant d’exemples qui rappellent que l’ESS est aussi un laboratoire entrepreneurial.

Le Mois de l’ESS, une occasion de dépasser les discours

Tout au long de novembre, des centaines d’initiatives sont organisées en France pour faire découvrir ces modèles économiques. La campagne nationale s’accompagne cette année d’une nouvelle marque collective, « ESS, l’économie en mieux », lancée en juin pour rendre le secteur plus visible auprès du grand public.

En Nouvelle-Aquitaine, plusieurs rendez-vous sont programmés entre autres à Bordeaux, notamment autour du réemploi, de l’alimentation coopérative et de l’énergie citoyenne. Le temps fort régional sera le Forum national de l’ESS, les 17 et 18 novembre à Niort, autour du thème « Faire territoire ensemble ».

Reste une question que les acteurs de l’ESS devront affronter : comment concilier ambition sociale, indépendance économique et pérennité financière ? Car si l’économie sociale et solidaire veut réellement représenter une alternative crédible, elle devra démontrer qu’elle peut non seulement créer de la valeur sociale, mais aussi préserver ses emplois et financer durablement ses activités. Et cela ne se réglera pas avec un mois de célébrations.


Sources

  • CRESS Nouvelle-Aquitaine, Note de conjoncture, septembre 2026.
  • ESS France, Dossier de presse du Mois de l’ESS 2026, notamment l’éditorial de Benoît Hamon et les chiffres du Panorama de l’ESS 2026.
  • CRESS Nouvelle-Aquitaine, mobilisation « Et si nous arrêtions vraiment ? », octobre 2026.
  • ESS France, programme du Mois de l’ESS 2026.
  • AQUI.Media, Bordeaux GSEF 2025 : le Forum mondial de l’économie sociale et solidaire.