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Sénatoriales 2026

Sénatoriales : la Nouvelle-Aquitaine tient le RN à distance, sauf en Gironde où la gauche s'est sabordée

Sur 23 sièges renouvelés dans neuf départements néo-aquitains, le RN n'en décroche qu'un, en Gironde, et il était imparable. Le siège que la gauche girondine a vraiment perdu, elle l'a offert au centre en partant divisée avec 43 % des voix. Revue complète, département par département.

Par Jacques FROISSANT
Publié il y a 28 sept.
8 min de lecture
Sénatoriales : la Nouvelle-Aquitaine tient le RN à distance, sauf en Gironde où la gauche s'est sabordée
Sénatoriales : la Nouvelle-Aquitaine tient le RN à distance, sauf en Gironde

L'essentiel

  • Un seul sénateur RN sur 23 en Nouvelle-Aquitaine : Edwige Diaz, en Gironde.
  • La gauche girondine fait 43 % mais n'obtient que 2 sièges sur 6. Unie, elle en gardait 3.
  • La Creuse bascule : la droite prend un siège à la gauche, à 6 voix près.
  • La gauche tient en Dordogne et en Haute-Vienne, là où elle ne s'est pas divisée.

Sénatoriales 2026 : sur les 23 sièges renouvelés dimanche dans neuf départements néo-aquitains, le RN n'en décroche qu'un, en Gironde. Mais ce siège n'était pas évitable. Celui que la gauche girondine a vraiment perdu, elle l'a offert au centre, faute d'avoir su compter.

Neuf départements, 23 sièges, un seul élu d'extrême droite. À première lecture, la Nouvelle-Aquitaine sort de ces sénatoriales comme une digue. La droite et le centre progressent (13 sièges), la gauche recule (de 11 à 9), et le RN entre au Palais du Luxembourg par la Gironde.

Les scores du RN dessinent une carte à deux vitesses. Au-dessus de 10 %, on trouve la Gironde (19,63 %), la Charente (14,85 % au second tour), la Vienne (11,43 %) et la Dordogne (11,12 %). En dessous, la Charente-Maritime (8,25 %), les Deux-Sèvres (6,78 % au second tour), la Corrèze (6,20 %) et la Haute-Vienne (38 voix au premier tour, moins de 4 %). En Creuse, le parti n'a même pas présenté de candidat. Chez les grands électeurs néo-aquitains, le RN reste marginal presque partout, mais il a franchi la barre des 10 % dans quatre départements.

Dordogne : la gauche en tandem, la droite en ordre dispersé

En Périgord, pas de suspense. Serge Mérillou (PS) et Marie-Claude Varaillas (PCF) sont réélus dès le premier tour, avec 667 et 635 voix. Loin derrière, trois candidats se partagent les voix de la droite et du centre : Éric Frétillère (294 voix), Dominique Bousquet (LR, 216) et Claudine Le Barbier (211). Le RN plafonne à 140 voix.

Les deux sortants de gauche avaient annoncé en juin leur candidature, chacun avec son propre suppléant. Il n'y avait pas de liste commune, et le mode de scrutin n'en exige pas. Il y avait en revanche une discipline tacite : pas de second socialiste face à la communiste, pas de second communiste face au socialiste.

Le dépouillement a pris plus de trois heures, en raison d'une polémique sur certains bulletins. La préfecture a dénoncé des « comportements anti-républicains ». Avec 85 bulletins nuls sur 1 351 votants, le sujet mériterait qu'on y revienne.

Gironde : 43 % des voix pour la gauche, deux sièges seulement

C'est ici que tout se joue, et que l'arithmétique devient cruelle. La liste d'union de la droite et du centre menée par Nathalie Delattre obtient 34,73 % et trois sièges. Celle du socialiste Hervé Gillé recueille 27,06 % et deux sièges. Edwige Diaz (RN) totalise 709 voix, soit 19,63 %, et décroche un siège. Les Écologistes de Romain Dostes (358 voix), LFI, le PCF et le PRG repartent sans rien.

Si on additionne les cinq listes de gauche : 1 547 voix sur 3 611 exprimés, soit près de 43 %. La gauche girondine a donc réuni plus de suffrages que la droite et le centre, mais elle repart avec seulement deux sièges contre trois faute d'union entre les listes. Une simple liste commune PS et Écologistes (1 335 voix) arrivait en tête du scrutin et conservait trois sièges. Le troisième élu de la liste Delattre, Géraldine Amouroux, doit son fauteuil à cette division.

Le siège RN, avec 709 voix, Edwige Diaz obtient le troisième plus fort quotient du département. Même une gauche entièrement réunie ne l'aurait sans doute pas délogée. La députée, qui disputait ses premières sénatoriales en 2014, parle d'un résultat considérable.

Chacun avait vu venir la situation. Avant le scrutin, le socialiste Hervé Gillé expliquait que ce panorama éclaté avait toujours existé aux sénatoriales girondines, et que les autres listes posaient des conditions inacceptables pour le PS. Romain Dostes réclamait une union type Nupes et soupçonnait certains partis de préparer déjà la présidentielle. Le PS avait fait son choix : se présenter en vote utile, capable de faire « un ou deux sièges ». Il en a fait deux. Dimanche soir, Hervé Gillé se disait très heureux d'avoir atteint son objectif.

Les Écologistes paient leurs municipales. En perdant Bordeaux et Bègles en mars, ils ont perdu leurs principaux réservoirs de grands électeurs. Monique de Marco avait arraché ce siège en 2020, dans la foulée de la vague verte. Il n'aura duré qu'un mandat.

Dans un communiqué publié dimanche soir, la liste PRG « Pour les communes, pour la Gironde » accuse le PS d'avoir refusé tout rassemblement, et affirme que le troisième siège de gauche « bascule au Rassemblement national ». La première critique est fondée ; la seconde est arithmétiquement discutable.

Creuse : la forteresse tombe à six voix

La vraie secousse régionale vient du plateau de Millevaches. Jean-Jacques Lozach (PS) est réélu dès le premier tour avec 57,23 %. Le second siège bascule à droite : Bertrand Labar (divers droite) bat le socialiste Étienne Lejeune au second tour, par 212 voix contre 206.

L'Écologiste Jérôme Orvain et la candidate PRG Ludivine Prevot s'étaient pourtant retirés entre les deux tours pour favoriser l'union. LFI s'est maintenue. La Creuse n'avait plus eu de sénateur de droite depuis la IVe République. La suppléante de Bertrand Labar est Valérie Simonet, présidente LR du conseil départemental. Le RN, absent du scrutin, n'a joué aucun rôle dans cette bascule.

Haute-Vienne : l'union de second tour qui fonctionne

Contre-exemple instructif à quelques kilomètres. En Haute-Vienne, communistes et Génération.s se retirent au profit des sortants socialistes. Isabelle Briquet (550 voix) et Christian Redon-Sarrazy (503) sont réélus au second tour.

Charente : la dissidente l'emporte sur son parti

François Bonneau (divers droite) est réélu dès le premier tour avec 61,12 %. Nicole Bonnefoy, exclue un an du PS après avoir pris la coprésidence du département avec la droite, affrontait la candidate investie par son propre parti. Elle l'emporte au second tour avec 500 voix, devant le candidat Renaissance Manuel Desvergne (345). Le RN, troisième avec 163 voix, progresse nettement par rapport aux précédentes sénatoriales mais loin d'avoir un siège.

Charente-Maritime : Plassard quitte l'Assemblée

À la proportionnelle sur trois sièges, Corinne Imbert (divers droite, 37,49 %) et Mickaël Vallet (PS, 32,71 %) sont réélus. Le troisième siège revient à Christophe Plassard (18,80 %), député Horizons, qui doit abandonner son mandat de député en raison du non-cumul.

Deux-Sèvres, Vienne, Corrèze : la droite sans partage

Dans les Deux-Sèvres, Philippe Mouiller (LR) est réélu dès le premier tour avec 741 voix. Au second tour, Marie-Pierre Missioux (divers droite), sa suppléante jusqu'ici, l'emporte avec 618 voix (55,83 %), face à la socialiste Nathalie Lanzi (385 voix). Elle devient la première sénatrice de l'histoire du département.

Dans la Vienne, Bruno Belin (LR) est reconduit avec 731 voix (62,37 %). Marie-Jeanne Bellamy (LR) passe de peu avec 593 voix, pour une majorité requise de 587. La divers gauche Sylvie Aubert en recueille 520 : 73 voix de plus, et la Vienne partait au second tour.

En Corrèze, la droite écrase le scrutin. Pascal Coste LR (74,26 %) et Julien Bounie LR (70,62 %) sont élus dès le premier tour. Le socialiste Thomas Jacquelin plafonne à 18,33 %.

Une leçon de calcul avant les Présidentielles 2027

Le paysage néo-aquitain qui sort de ces urnes relève moins d'une résistance au RN que d'une prime aux notables et d'une sanction de la dispersion. Là où la gauche s'est effacée derrière ses sortants ou désistée à temps, en Dordogne et en Haute-Vienne, elle tient. Là où elle a présenté cinq listes, en Gironde, ou laissé un candidat se maintenir, en Creuse, elle perd. En Gironde, elle perd avec 43 % des voix.

À six mois de la présidentielle, la gauche girondine vient de faire, en petit, l'expérience de ce qui l'attend si elle part divisée.


Questions fréquentes

Combien de sièges le RN a-t-il gagnés en Nouvelle-Aquitaine ?

Un seul sur 23 : Edwige Diaz, élue en Gironde avec 709 voix (19,63 %). Ailleurs, le RN va de moins de 4 % en Haute-Vienne à 14,85 % en Charente, et n'avait pas de candidat en Creuse.

L'union de la gauche aurait-elle empêché l'élection d'une sénatrice RN en Gironde ?

Non. À la plus forte moyenne, la liste RN obtenait le troisième plus fort quotient. Une liste commune PS et Écologistes aurait en revanche conservé trois sièges à gauche, au détriment du troisième siège de la liste de droite et du centre.

Quels départements ont changé de sénateurs ?

La Gironde (les Écologistes perdent leur siège, le RN en gagne un), la Creuse (un siège passe de la gauche à la droite), ainsi que la Charente-Maritime et les Deux-Sèvres, avec l'arrivée de nouveaux élus de la droite et du centre.

Pourquoi la gauche a-t-elle tenu en Dordogne ?

Les deux sortants, Serge Mérillou (PS) et Marie-Claude Varaillas (PCF), ne se sont pas concurrencés, tandis que la droite et le centre se sont éparpillés sur trois candidats. Tous deux sont réélus dès le premier tour.

JA

Par Jacques FROISSANT

Directeur de la publication

Bordelais, œnologue, tout allait bien… jusqu’à ce que je dérape dans l’entrepreneuriat RH pour les startups. 😉 Auteur et chroniqueur (L’Express, FrenchWeb, France 3 NOA...), je suis aujourd’hui cofondateur et rédacteur en chef d’AQUI.Media

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