L'essentiel

  • Sparcraft (groupe Wichard) regroupe toute sa production de mâts à Sainte-Soulle, près de La Rochelle : 9 725 m² de bâtiments, 70 salariés dont une vingtaine de recrutements.
  • Objectif : passer de 1 000 à 1 500 mâts et bômes par an, et de 16 à 20 M€ de chiffre d'affaires en trois à quatre ans.
  • Un pari de croissance dans un marché de la plaisance revenu à ses volumes de 2019, selon le président de Wichard.

Sparcraft, fabricant de mâts aluminium et filiale du groupe Wichard, a inauguré fin septembre son usine de Sainte-Soulle, désormais son unique site de production. En quittant Saint-Vaast-la-Hougue, classée en zone de submersion marine, l’entreprise renforce le pôle nautique de Charente-Maritime. Elle parie sur une hausse de 50 % de ses volumes dans un marché de la plaisance revenu à son niveau de 2019.

Sur un catamaran Lagoon ou Fountaine Pajot de plus de 45 pieds, le mât a de bonnes chances de sortir des ateliers Sparcraft. Fabrice Didden, président du groupe Wichard, se dit « plutôt dominants sur les catamarans au-dessus de 45-50 pieds ». Depuis la fin septembre, ces mâts sortent d’une seule usine, implantée dans la zone Atlanparc de Sainte-Soulle, aux portes de La Rochelle : 9 725 m² de bâtiments sur un terrain de 23 500 m², et 70 salariés, dont une vingtaine de recrutements annoncés.

Rachetée au bord de la liquidation en 2013, Sparcraft a doublé son chiffre d’affaires en dix ans

L’histoire aurait pu s’arrêter il y a treize ans. En 2013, le groupe Wichard, forgeron d’accastillage de réputation mondiale, installé à Thiers (Puy-de-Dôme), rachète Sparcraft alors menacée de liquidation. Le groupe Wichard (650 salariés, 110 M€ de chiffre d’affaires) a depuis assemblé une galaxie nautique : Facnor et Profurl pour les enrouleurs, Lorima et Axxon pour les mâts carbone, l’australien Ronstan pour l’accastillage.

Sous ce pavillon, Sparcraft est passée de 8 à 16,3 M€ de chiffre d’affaires entre 2014 et 2024. Le métier a changé en route. En 2007, un rapport de la DRIRE Poitou-Charentes décrivait une entreprise de 95 salariés produisant environ 5 000 mâts par an pour Bénéteau ou Dufour. Fabrice Didden évoque aujourd’hui 1 000 mâts et bômes par an. Moins de pièces, deux fois plus de chiffre d’affaires : la production a glissé vers les grands mâts de catamarans, plus longs et plus chers.

Trois sites fermés pour une seule usine à Sainte-Soulle

Jusqu’ici, la production de Sparcraft était éclatée entre trois sites : Saint-Vaast-la-Hougue dans la Manche, Périgny en Charente-Maritime et Charlotte en Caroline du Nord. Le site normand, installé en bord de mer, est classé en zone de submersion marine, ce qui rendait impossible sa mise aux normes, selon un rapport d’inspection de la DREAL Normandie de 2024 ; il sera vendu en 2027. L’usine américaine, qui ne fabriquait plus qu’une centaine de mâts par an faute de chantiers de voiliers aux États-Unis, a été fermée et vendue. Quant au site de Périgny, Sparcraft en était locataire et a mis fin au bail. Sainte-Soulle réunit désormais l’ensemble des étapes de fabrication sous un même toit, ce qui supprime les transports de mâts entre la Normandie et la Charente-Maritime.

Sparcraft La Rochelle c'est désormais une usine intégrée

L’outil regroupe désormais toutes les étapes : anodisation dans des bains de 23 mètres, usinage cinq axes jusqu’à 22,5 mètres, soudure, assemblage et peinture, jusqu’ici sous-traitée. Sparcraft annonce 40 % de capacité supplémentaire et une baisse de 30 % de ses émissions de carbone, en supprimant notamment les transports de mâts entre la Normandie et la Charente-Maritime.

Le montage financier des 21 M€ du projet est classique : 12 M€ couvrent le bâtiment, financé par le promoteur lyonnais Pegasus, auquel Sparcraft le loue sur un bail de vingt ans. Fabrice Didden le reconnaît : l’entreprise n’était pas en mesure de financer à la fois les murs et les machines. Les 9 M€ d’équipements sont apportés pour un quart en fonds propres, grâce à la vente de Charlotte, le reste par emprunt bancaire.

Fountaine Pajot à quelques kilomètres, des multicoques qui pèsent les trois quarts de la valeur

Sainte-Soulle place Sparcraft au plus près de ses clients. Fountaine Pajot construit ses catamarans à Aigrefeuille-d’Aunis, à une quinzaine de kilomètres. Lagoon, marque du groupe Bénéteau, a un ancrage historique à Bordeaux via CNB.

La niche est solide. Sur l’année nautique 2024-2025, les multicoques ont représenté 43 % de la production française de voiliers en volume, mais 74 % en valeur, selon les chiffres présentés par la Fédération des industries nautiques le 31 mars 2026. Le groupe Bénéteau a vu ses ventes de voiliers reculer de 26,6 % en 2025, en attribuant l’essentiel de la baisse aux monocoques. Le catamaran recule moins que le reste, mais il recule : Fountaine Pajot a clos son exercice à fin août 2025 sur un chiffre d’affaires de 323,2 M€, en baisse de 8,2 %.

Objectif 1 500 mâts par an dans un marché revenu à ses volumes de 2019

Le président de Wichard fixe la barre : passer de 1 000 à 1 500 mâts et bômes par an, et de 16 à 20 M€ de chiffre d’affaires d’ici trois à quatre ans. Pour y parvenir, il compte prendre des parts de marché à trois concurrents français et suédois, et descendre vers les catamarans de plus petite taille, là où Sparcraft n’est pas leader.

Le calendrier est serré. Fabrice Didden chiffrait lui-même la baisse du marché de la plaisance à environ 20 % deux années de suite, ramenant les volumes à leur niveau de 2019. La bonne tenue des grands catamarans protège le socle de Sparcraft ; elle ne garantit pas la croissance, qui devra se gagner chantier par chantier sur des segments plus disputés. L’usine de Sainte-Soulle est dimensionnée pour la reprise. Reste à savoir si les commandes des chantiers suivront.

Sparcraft fabricant de mats du groupe Wichard
Sparcraft fabricant de mats du groupe Wichard