L'essentiel
- EcoTex LOOP, inaugurée le 30 septembre 2026 à Châtellerault, vise 10 000 à 12 000 tonnes de textiles triées par an, soit environ 6 % du tri national (206 136 tonnes en 2024).
- Le débouché visé, le recyclage chimique, avance lentement : l'usine de 400 millions d'euros d'Infinited Fiber à Kemi (Finlande) n'a toujours pas de décision d'investissement.
Transformer des vêtements en fin de vie en nouvelle matière était déjà une prouesse. Plaxtil veut désormais changer d’échelle. L’entreprise de Châtellerault inaugure ce 30 septembre EcoTex LOOP, une ligne de tri optique capable à terme de préparer 10 000 à 12 000 tonnes de textiles par an. La PME, connue pendant le Covid pour avoir recyclé des millions de masques chirurgicaux, doit maintenant trouver les tonnes et les acheteurs.
Coton mêlé de polyester, élasthanne, boutons, apprêts : un vêtement usagé n'a rien d'une matière première homogène. Fondée en 2020 à Châtellerault par les ingénieurs Arts et Métiers Jean-Marc Neveu et Olivier Civil, Plaxtil incorpore des fibres de textiles non recyclables dans des polymères injectables. Avec EcoTex LOOP, elle devient aussi préparatrice de matière pour d'autres recycleurs.
EcoTex LOOP veut traiter jusqu’à 12 000 tonnes par an
EcoTex LOOP, la nouvelle ligne de sur-tri, opérée par Essaimons, la filiale d'insertion de Plaxtil, identifie la composition des textiles par reconnaissance spectrale. Elle constitue ensuite des lots homogènes (100 % coton, coton-polyester) destinés aux recycleurs. Refashion l'a retenue en 2024 dans son Challenge Industriel et soutient Essaimons à hauteur de 820 000 euros sur trente-six mois. La Région Nouvelle-Aquitaine a ajouté une subvention FEDER pour 2026 et 2027, dont le montant n'a pas été rendu public. En 2025, Plaxtil annonçait plus de 10 000 tonnes traitées dès septembre de cette année-là ; l'entreprise présente aujourd'hui ce volume comme un objectif « à terme ».
Pour mesurer l'échelle : en 2024, la France a collecté 289 393 tonnes de textiles usagés et en a trié 206 136, selon Refashion. À plein régime, Châtellerault pèserait environ 6 % du tri national. Plaxtil vise 100 000 tonnes d'ici 2032, ce qui suppose d'autres lignes.
Kiabi et Cultura ont déjà testé la boucle
Plaxtil s'appuie sur plusieurs expériences grandeur nature. Avec Kiabi, l'entreprise a développé dès 2020 un cintre intégrant 30 % de déchets textiles. Depuis 2023, Cultura collecte les anciens cartables de ses clients : ceux qui sont encore utilisables partent au réemploi, les autres sont démantelés et leur textile devient de la matière injectable chez Plaxtil. L'enseigne en a collecté 25 000 en 2023 et 35 000 en 2024. La marque récupère ainsi des objets fabriqués à partir de son propre gisement. Ces opérations restent toutefois à l'échelle de quelques dizaines de tonnes : elles valident le procédé, et la ligne de Châtellerault doit maintenant prouver le volume.
Recyclage chimique : Plaxtil se positionne en amont d'une industrie qui se construit
Trier ne vaut que s'il existe des recycleurs pour transformer ces lots en nouvelles fibres, et cette industrie se construit encore en Europe. Le finlandais Infinited Fiber Company, que citait Olivier Civil en 2025 parmi les recycleurs chimiques en quête de gisements qualifiés, illustre ce rythme. Son usine de Kemi, un projet de 400 millions d'euros pour 30 000 tonnes de fibres par an annoncé en 2022, n'a toujours pas de décision d'investissement. Son nouveau dirigeant a choisi en mars 2026 une montée en puissance par étapes, qui commence par une unité plus petite. Ces projets butent sur des montants et des délais industriels lourds. Leur besoin, en revanche, est précisément ce que propose Châtellerault : une matière triée, homogène et traçable. En se plaçant en amont avant que l'aval n'atteigne sa pleine capacité, Plaxtil prend de l'avance sur un marché qui s'ouvre lentement mais sûrement.
Avec Essaimons, une usine qui mise aussi sur l’insertion
Tri, démantèlement, délissage (retrait des boutons et fermetures) et désormais sur-tri optique sont réalisés par Essaimons, entreprise d'insertion créée en 2021. Elle forme des personnes éloignées de l'emploi à des métiers industriels du recyclage. Selon INAE Nouvelle-Aquitaine, elle compte quatre salariés permanents et dix salariés en parcours d'insertion. Plaxtil assemble ainsi dans un même groupe la préparation industrielle, la régénération de la matière et l'insertion.
Plaxtil assemble ainsi dans un même groupe la préparation industrielle, la régénération de la matière et l'insertion. Cela n'est pas sans rappeler le rochelais Carton Vert, qui associe lui aussi économie circulaire et emploi solidaire, sur le réemploi de cartons, en s'appuyant sur les travailleurs de l'ESAT de Marlonges.
La REP 2027 mise sur le recyclage en France, Plaxtil est déjà en place
Le nouveau cahier des charges de la REP textile, en vigueur au 1er janvier 2027, fait du développement des capacités de recyclage en France sa priorité et prévoit de mobiliser 250 millions d'euros d'ici 2031. Les obligations de collecte de Refashion y seront indexées sur les capacités locales de recyclage : plus il existe d'outils comme EcoTex LOOP, plus la filière peut collecter. Cette refonte répond à deux ans de crise. En juillet 2025, Le Relais suspendait la collecte dans ses bornes pour dénoncer l'écart entre le coût du tri et les soutiens de Refashion, portés depuis de 223 euros la tonne en 2025 à 268 euros en 2026, quand des députés estiment ce coût réel à 304 euros la tonne.
Chaque année, la France met sur le marché trois fois plus de textiles qu'elle n'en collecte : 891 310 tonnes contre 289 393 en 2024. L'outil industriel de Châtellerault est prêt, le cadre réglementaire devient favorable au 1er janvier. Pour Plaxtil, reste l'épreuve la plus difficile : remplir la machine, et trouver qui achètera ce qui en sort.
Plaxtil sera présent aux Rencontres de la Matière Responsable à Bordeaux dont le thème est justement le défi du passage à l’échelle.
FAQ Recyclage textile
Qu'est-ce qu'EcoTex LOOP ?
Une ligne de sur-tri optique installée à Châtellerault (Vienne) par Plaxtil et sa filiale d'insertion Essaimons. Elle identifie la composition des textiles usagés par reconnaissance spectrale et constitue des lots homogènes (100 % coton, coton-polyester) destinés aux recycleurs.
Quelle capacité pour la ligne de Châtellerault ?
10 000 à 12 000 tonnes par an à terme, soit environ 6 % des 206 136 tonnes de textiles triées en France en 2024. Plaxtil vise 100 000 tonnes d'ici 2032, ce qui suppose d'autres lignes.
Qui finance EcoTex LOOP ?
L'éco-organisme Refashion, à hauteur de 820 000 euros sur 36 mois, dans le cadre de son Challenge Industriel 2024. La Région Nouvelle-Aquitaine a ajouté une subvention européenne FEDER pour 2026 et 2027.
Que change la REP textile en 2027 ?
Le nouveau cahier des charges, en vigueur au 1er janvier 2027, fait du développement des capacités de recyclage en France sa priorité et indexe les obligations de collecte de Refashion sur ces capacités locales.




