Le RN peut-il percer au Sénat en Nouvelle-Aquitaine ?
Le RN vise un groupe au Sénat pour la première fois de son histoire. En Nouvelle-Aquitaine, les cas Diaz (Gironde) et Freychet (Haute-Vienne) montrent une progression réelle mais très inégale entre conseillers élus et mairies conquises.

- Le RN vise un groupe au Sénat (10 élus), une première, il n'en compte que 3 aujourd'hui.
- En Nouvelle-Aquitaine, un seul maire porte officiellement l'étiquette RN, à Saint-Savin (Gironde).
- Diaz (Gironde) et Freychet (Haute-Vienne) tentent de transformer l'essai le 27 septembre.
On vous spoile tout de suite, ou on vous explique d'abord ? Le Rassemblement National ne compte aujourd'hui que trois sénateurs, Christopher Szczurek, Joshua Hochart et Aymeric Durox. Son directeur de campagne Ludovic Pajot vise le doublement, voire le triplement de ce contingent, ce qui frôlerait le seuil de dix élus nécessaire pour constituer un groupe au Sénat, une première pour le parti sous la Cinquième République. Nous avions détaillé ce scrutin indirect dans nos deux premiers articles. Reste à savoir si cette ambition trouve un terrain crédible en Nouvelle-Aquitaine, où deux cas concentrent l'attention, Edwige Diaz en Gironde et Albin Freychet en Haute-Vienne.
Rassemblement National en Gironde de 79 voix à un socle municipal à peine élargi
En 2020, la candidate RN en Gironde plafonnait à 79 voix, 2,34 % des suffrages exprimés. Six ans plus tard, Edwige Diaz, députée de la 11e circonscription, reconduit sa tête de liste avec un argument différent, un maillage municipal renforcé après les élections de mars. Le nombre de listes RN dans les communes de plus de 1 000 habitants est passé de 13 en 2020 à 30 cette année, et le parti a remporté dès le premier tour la mairie de Saint-Savin, portée par Frédérique Joint. Une seconde commune, Laruscade, a basculé vers une liste soutenue sur le terrain par Diaz elle-même, sans que la préfecture ne lui attribue pour autant l'étiquette officielle RN. Deux communes RN seulement sur toute la région : on ne peut pas parler de poussée, mais avec le jeu des maintiens de listes, le nombre d'élus municipaux a augmenté.
Sa liste, présentée le 9 septembre, mise sur des visages locaux peu encartés, sous l'étiquette de « candidate de la ruralité », pour convaincre les quelque 3 700 grands électeurs girondins, surtout des conseillers de petites communes. Elle cible le siège que laisse vacant l'écologiste Monique de Marco, dans un scrutin proportionnel à six sièges où PS, Parti radical et Écologistes se disputent aussi chaque fraction de point. Aucun siège RN n'a jamais été attribué en Gironde au Sénat.
Les chiffres officiels nuancent le récit d'une vague. Selon le ministère de l'Intérieur, le RN compte 157 conseillers municipaux élus en Nouvelle-Aquitaine, contre 22 en 2020, et 182 en intégrant ses alliés UDR. En Gironde, les conseillers RN dans les communes de plus de 3 500 habitants sont passés de 12 à 96, selon la préfecture. Mais à l'échelle de toute la région, Frédérique Joint reste la seule maire officiellement étiquetée RN. Le politologue Jean Petaux, cité par ICI, parle d'une progression réelle mais très disparate selon les départements, loin d'un raz-de-marée uniforme.
Albin Freychet, du second tour municipal à la candidature solitaire
En Haute-Vienne, le scénario est différent mais tout aussi révélateur. Albin Freychet, délégué départemental du RN, n'avait recueilli qu'une dizaine de voix aux sénatoriales de 2020. Aux municipales de mars, sa liste « Limoges en Grand » s'est qualifiée pour le second tour face à l'alliance de gauche menée par l'insoumis Damien Maudet, une performance rare dans une préfecture acquise à la gauche depuis un siècle. Mais au second tour, dans une triangulaire remportée par le candidat de droite Guillaume Guérin, Freychet n'a recueilli que 7,92 % des voix. La qualification a marqué les esprits, le score final rappelle que la dynamique RN reste, à Limoges, minoritaire.
Investi le 11 juillet, Freychet reste l'unique candidat RN pour les deux sièges à pourvoir, ce qui plafonne le gain possible à un siège. Face à lui, la droite se présente pour la première fois unie, avec Pascal Theillet et Jean-Marie Bost, après trois listes séparées en 2020. Les deux sénateurs socialistes sortants, Isabelle Briquet et Christian Redon-Sarrazy, briguent un nouveau mandat dans un département resté fidèle au PS depuis quatre-vingts ans, à une exception près. Le scrutin uninominal à deux tours, départagé par 986 grands électeurs, laisse peu de place à l'incertitude sur l'identité du favori et ne laisse une marge infime au RN avec si peu de grands électeurs acquis à sa cause.
Sénat : un corps électoral qui ne se convertit pas comme un électorat classique
Les deux cas sont caractéristiques. Le RN a changé d'échelle en nombre de listes et de conseillers élus, mais à peine en mairies conquises. Au niveau national, le parti dirige désormais 57 communes de plus de 3 500 habitants, contre 9 en 2020. La Nouvelle-Aquitaine ne pèse dans ce total que pour une seule.
Le corps électoral sénatorial, composé à 95 % de délégués des conseils municipaux, reste structurellement différent de l'électorat direct, plus rural, plus institutionnel, et jusqu'ici peu perméable au RN dans les exécutifs locaux. C'est précisément ce que Diaz et Freychet ont l'espoir de démentir le 27 septembre, chacun avec ses propres règles du jeu. Au national, le groupe LR anticipe déjà une perte de trois à cinq sièges sous la pression du RN, mais anticiper une érosion des positions LR n'équivaut pas à garantir un gain RN, encore moins un siège en Nouvelle-Aquitaine, où le parti part de zéro. Les deux cas se ressemblent sur un point : jusqu'ici, aucun n'a jamais permis au RN de décrocher un siège dans la région.
FAQ le RN au Sénat ?
Le RN a-t-il déjà eu un sénateur en Nouvelle-Aquitaine ?
Non. Ni en Gironde ni en Haute-Vienne le parti n'a jamais obtenu de siège au Sénat.
Combien de maires RN compte la Nouvelle-Aquitaine après les municipales 2026 ?
Un seul officiellement étiqueté RN, Frédérique Joint à Saint-Savin (Gironde), selon les chiffres de la préfecture cités par ICI.
Pourquoi Albin Freychet ne peut gagner qu'un siège au maximum en Haute-Vienne ?
Parce que le RN n'a présenté qu'un seul candidat pour les deux sièges à pourvoir, ce qui plafonne mécaniquement son gain possible.
Quand ont lieu les élections sénatoriales 2026 ?
Le dimanche 27 septembre 2026, au suffrage indirect des grands électeurs.
Par Jacques FROISSANT
Directeur de la publication
Bordelais, œnologue, tout allait bien… jusqu’à ce que je dérape dans l’entrepreneuriat RH pour les startups. 😉 Auteur et chroniqueur (L’Express, FrenchWeb, France 3 NOA...), je suis aujourd’hui cofondateur et rédacteur en chef d’AQUI.Media
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