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Économie

Grand Pavois 2026 : le nautisme français vend du rêve, mais qui achète encore un bateau ?

Le Grand Pavois ouvre à La Rochelle alors que le marché du bateau neuf a perdu 17 % de sa valeur en un an. Fountaine Pajot ne réalise plus que 12 % de ses ventes en France. Le salon crée un espace pour les acheteurs de moins de 40 ans.

Par Jacques FROISSANT
Publié il y a 23 sept.
7 min de lecture
Grand Pavois 2026 : le nautisme français vend du rêve, mais qui achète encore un bateau ?
Grand Pavois La Rochelle du 22 au 27 septembre 2026

L'essentiel

  • La production française de bateaux de plaisance recule de 17 % en valeur sur 2024-2025, mais les unités de plus de 9 mètres résistent presque sans perte.
  • Fountaine Pajot (Aigrefeuille-d'Aunis, La Rochelle) réalise 88 % de ses 323,2 millions d'euros de chiffre d'affaires à l'export, contre 12 % seulement en France.
  • Le Grand Pavois 2026 lance l'espace "Osez le bateau", dès 35 000 euros, pour reconquérir les moins de 40 ans.

Le Grand Pavois a ouvert ce mardi à La Rochelle dans un marché qui a perdu 17 % de sa valeur en un an. Les grandes unités et les catamarans destinés au charter résistent, l'entrée de gamme s'effondre. Fountaine Pajot, l'un des plus gros employeurs nautiques de Charente-Maritime, ne réalise plus que 12 % de ses ventes en France. Le salon lui-même vient de créer un espace pour convaincre les moins de 40 ans qu'un bateau reste accessible.

Le Grand Pavois La Rochelle du 22 au 27 septembre 2026, est placé cette année sous le signe de l'innovation et de la transition écologique, avec le Japon comme invité d'honneur. Derrière la vitrine, la Fédération des Industries Nautiques (FIN) a présenté fin mars des chiffres nettement moins réjouissants : sur la saison 2024-2025, la production française de bateaux de plaisance recule à 7 063 unités, soit 16 % de moins en volume et 17 % de moins en valeur, pour un chiffre d'affaires ramené à 1,49 milliard d'euros. Le marché efface une partie de la croissance enregistrée après 2020 et revient à des niveaux proches de 2021-2022.

Marché du bateau neuf en France : un recul qui cache un marché coupé en deux

Ce chiffre global masque une réalité plus tranchée. La voile plonge de 27 % en un an, son plus fort recul, quand les unités à moteur de plus de 9 mètres résistent presque sans perte de valeur. Les catamarans et trimarans, à eux seuls, pèsent 74 % de la valeur totale de la voile française pour moins de la moitié du volume produit. Sur la saison qui vient de s'achever, entre septembre 2025 et août 2026, le recul ralentit mais se poursuit : 7 230 bateaux neufs vendus contre 7 625 un an plus tôt, soit 5,2 % de baisse, pendant que l'occasion, l'entretien et le refit continuent de faire vivre les chantiers.

Le marché du catamaran illustre ce basculement mieux qu'aucun autre segment. Certaines marques, comme Bali, ont vu leurs ventes multipliées par cinq ces dernières années grâce au marché du charter, quand Catana, resté sur une clientèle de propriétaires individuels, recule. Une partie du parc catamaran n'est d'ailleurs plus achetée par un navigateur qui embarque dessus : elle l'est par un investisseur qui confie le bateau plusieurs saisons à une flotte de gestion-location avant de le revendre décoté.

Fountaine Pajot : 323 millions d'euros de chiffre d'affaires, 88 % à l'export

Fountaine Pajot, dont les deux sites de production sont implantés à Aigrefeuille-d'Aunis et La Rochelle, illustre cette bascule à l'échelle régionale. Le groupe a publié un chiffre d'affaires de 323,2 millions d'euros sur l'exercice 2024/25, clos le 31 août 2025, en repli de 8,2 % par rapport à l'exercice précédent (351,3 millions d'euros). Il relativise ce recul en rappelant une croissance cumulée de 47 % sur les trois derniers exercices. Au premier semestre 2025/26, la baisse s'accentue légèrement, à 12,8 %, pour 136,2 millions d'euros.

Un chiffre résume à lui seul le sujet de cet article : l'export pèse 88 % des ventes du groupe, contre 12 % seulement pour le marché français. L'Amérique du Nord (28 % des ventes) et les Caraïbes (16 %), deux zones où le catamaran de croisière se loue autant qu'il se possède, pèsent ensemble plus que la France dans le chiffre d'affaires d'un des plus gros employeurs nautiques de Charente-Maritime. Le groupe, qui a absorbé Dufour Yachts et vient de nouer une alliance baptisée E-Lektra Marine pour l'électrification de la plaisance à voile, vend aujourd'hui d'abord un catamaran à un client nord-américain, caribéen ou charteriste, plus rarement à un plaisancier français qui embarque à Aigrefeuille un week-end sur deux.

Grand Pavois 2026 : l'espace Osez le bateau pour reconquérir les moins de 40 ans

Face à ce recentrage, le Grand Pavois lance cette année un espace inédit, "Osez le bateau", avec des unités neuves affichées à moins de 35 000 euros TTC, présentées comme un premier achat aussi accessible qu'une voiture ou un camping-car. L'espace met en avant toutes les alternatives à la propriété classique : copropriété, location avec option d'achat, boat clubs, gestion-location. La cible affichée par l'organisation est explicite : les moins de 40 ans, les jeunes actifs, les familles. Qu'un salon consacre pour la première fois un espace entier à démontrer qu'on peut encore acheter un bateau sans être fortuné en dit long sur la perception qui s'est installée, y compris chez les organisateurs eux-mêmes.

Le nombre de permis plaisance délivrés chaque année reste pourtant stable, autour de 90 000, et la France compte toujours environ 4 millions de plaisanciers réguliers. L'envie de naviguer n'a donc pas disparu. C'est l'accès à la propriété qui se resserre, pas la pratique.

TAEMUP 2027 : la réforme fiscale qui inquiète la filière avant même son entrée en vigueur

Un dossier alimente les craintes de la filière sans en être, à ce stade, la cause : la réforme de la taxe annuelle sur les engins maritimes à usage personnel (TAEMUP), votée dans la loi de finances 2026 par amendement sénatorial, doit entrer en vigueur le 1er janvier 2027. Le barème actuel reste appliqué sans changement jusqu'à fin 2026. Mais la Confédération du Nautisme et de la Plaisance et la FIN dénoncent déjà un texte qui élargirait l'assiette à des petites unités jusqu'ici exonérées, tout en réservant un abattement de 50 % à des motorisations électriques ou hydrogène qui restent, dans les faits, très peu disponibles sur le marché. Une pétition lancée par la CNP a recueilli plus de 10 000 signatures. "On touche vraiment essentiellement un loisir populaire et familial", résume Guillaume Arnauld des Lions, directeur délégué de la FIN. Les deux organisations demandent une réécriture avant l'entrée en vigueur, pas son abandon. Rien n'est donc encore acté, mais le simple débat confirme où se situe, pour la filière elle-même, le point de fragilité : pas le catamaran de 15 mètres exporté aux Caraïbes, le bateau familial de moins de 7 mêtres.

Normalisation post-Covid ou fragilité durable ?

Certains analystes préfèrent parler de normalisation après les années post-Covid, dopées par un afflux de primo-acheteurs, plutôt que de crise structurelle. Une feuille de route État-filière 2025-2030 prévoit d'ailleurs le financement de la déconstruction des bateaux hors d'usage et la création d'un Institut national du nautisme. Reste que la question posée par ce Grand Pavois n'est pas de savoir si le nautisme fait encore rêver. Les pontons du Port des Minimes, la propulsion électrique du GR63, les quarante exposants de l'espace éco-navigation avec EDF s'en chargeront très bien jusqu'au 27 septembre.

Les salons nautiques sont aussi fait pour rèver, les queues pour visiter les grandes unités le démontre. Mais qui passera du rêve au projet d'achat raisonnable ?


Sources utilisées

Fédération des Industries Nautiques, assemblée générale du 31 mars 2026, données de production 2024-2025.
Fédération des Industries Nautiques, bilan de rentrée du 2 septembre 2026 (immatriculations septembre 2025-août 2026).
Grand-pavois.com, dossier de presse "Osez le bateau", 25 juin 2026.
Grand-pavois.com, dossier de presse "Éco-navigation et innovations durables", 16 septembre 2026.
Confédération du Nautisme et de la Plaisance et FIN, communiqué commun sur la réforme TAEMUP, 3 février 2026.
France 3 Provence-Alpes-Côte d'Azur, entretien avec Guillaume Arnauld des Lions (FIN), 1er juillet 2026.
Fountaine Pajot, communiqué de presse "Chiffre d'affaires 2024/25", Aigrefeuille, 27 octobre 2025 (dépôt AMF).
Fountaine Pajot, communiqué de presse "Résultats annuels 2024/25", 22 décembre 2025 (dépôt AMF).
Fountaine Pajot, communiqué de presse "Premier semestre 2025/26", Aigrefeuille, 22 avril 2026.

Ce qu'il reste à vérifier avant publication

Fountaine Pajot n'a pas été sollicité par nos soins pour cet article : à faire avant publication si tu veux une citation nominative plutôt qu'une lecture de ses seuls communiqués financiers, conformément au principe du contradictoire. Pour les liens internes, je n'ai pas d'accès à vos archives AQUI publiées : dis-moi si vous avez déjà traité le nautisme, le Bassin d'Arcachon économique ou la fiscalité régionale, j'intégrerai les liens.

JA

Par Jacques FROISSANT

Directeur de la publication

Bordelais, œnologue, tout allait bien… jusqu’à ce que je dérape dans l’entrepreneuriat RH pour les startups. 😉 Auteur et chroniqueur (L’Express, FrenchWeb, France 3 NOA...), je suis aujourd’hui cofondateur et rédacteur en chef d’AQUI.Media

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