- UAV Show 2026 : 85 % des exposants positionnés sur la défense ou les technologies duales, selon les chiffres annoncés avant le salon.
- Thales, Safran et les startups régionales illustrent le virage militaire de la filière.
Né à Bordeaux autour des applications civiles, l'UAV Show a changé de visage. Pour sa neuvième édition, du 7 au 9 octobre 2026, le salon professionnel du drone a largement fait place aux technologies militaires. Avec 85 % des exposants positionnés sur la défense ou les technologies duales, la filière régionale prend un nouveau virage. Entre opportunités industrielles et dépendance aux commandes militaires, le changement est profond.
Il fut un temps où les drones promettaient surtout de révolutionner l'agriculture, l'inspection des infrastructures, la cartographie ou la surveillance des incendies. Quinze ans après sa création, l'UAV Show raconte une autre histoire. Celle d'une industrie dont les perspectives de croissance sont désormais largement portées par les besoins des armées.
Selon les chiffres communiqués par François Baffou, directeur général de Bordeaux Technowest, 60 % des exposants de l'édition 2026 sont positionnés sur la défense, 25 % sur les technologies duales et seulement 15 % exclusivement sur le civil. Un basculement spectaculaire pour un salon historiquement consacré aux usages professionnels civils.
La guerre en Ukraine accélère la transformation du marché
Le conflit ukrainien a profondément changé la donne. Les drones sont devenus des équipements militaires incontournables, capables d'assurer reconnaissance, surveillance et frappes à des coûts parfois très inférieurs à ceux des systèmes traditionnels. Les besoins évoluent rapidement : production en série, résistance au brouillage, autonomie, intelligence artificielle embarquée et lutte anti-drone.
Le programme de l'UAV Show reflétait cette mutation. Guerre électronique, armée dronisée, protection des infrastructures sensibles et réglementation des technologies duales figuraient parmi les grands sujets des conférences.
Le retour de groupes comme Thales et Safran confirme l'intérêt des industriels de la défense pour cet écosystème. Le salon lui-même change de dimension, avec plus de 7 000 m² d'exposition et une périodicité désormais annuelle.
À Bordeaux, les startups prennent le virage militaire
La Nouvelle-Aquitaine dispose d'un écosystème particulièrement actif, structuré notamment autour de Bordeaux Technowest et de son Cockpit de Mérignac.
Parmi les entreprises présentes, Reflet du Monde illustre cette diversification. La société bordelaise développe un drone de reconnaissance destiné aux troupes aéroportées de Pau, tout en poursuivant ses travaux sur les applications civiles, notamment la lutte contre les incendies.
D'autres startups régionales se positionnent sur les technologies indispensables aux opérations militaires. SkyKraken travaille sur la détection passive des drones, INDROX sur des hélices à faible signature acoustique et ETIK Innovation sur les communications sécurisées.
Cette évolution dépasse donc la fabrication des appareils. Elle concerne les capteurs, les logiciels, les communications et les systèmes de protection.
La défense, nouvel eldorado ou nouvelle dépendance ?
Ce repositionnement intervient alors que certains pionniers du drone civil ont connu de sérieuses difficultés.
À Mérignac, Azur Drones, spécialiste reconnu des drones autonomes, avait séduit de grands industriels et levé des dizaines de millions d'euros. Cela n'a pas empêché son redressement judiciaire (lire notre article Aqui sur les causes du crash), puis la reprise de ses actifs par Drone Volt pour 160 000 euros cet été.
L'exemple rappelle qu'une technologie performante ne garantit pas un modèle économique viable. La défense offre aujourd'hui des perspectives commerciales considérables. Mais ses marchés imposent aussi leurs contraintes : procédures d'achat, exigences de sécurité, certification et dépendance aux budgets publics.
Reste une question essentielle pour les entreprises régionales : sauront-elles transformer cette nouvelle demande en production industrielle durable, sans abandonner les marchés civils qui ont fait naître la filière ?
À Bordeaux, le drone civil n'est pas mort. Mais son avenir pourrait bien se jouer, pour une large part, sur les marchés militaires.



