Park Bench, repreneur annoncé des Girondins : un acheteur si fiable que cela ?
Présenté comme un fonds d'investissement, Park Bench est un collectif privé porté par l'ancien joueur de poker James Bord et le gérant Jeremy Green. Son parcours à Dunfermline, Córdoba et Sheffield montre un acheteur qui paie mais se retire aussi. L'origine des fonds reste inconnue.

L'essentiel
- Park Bench n'a publié aucun encours : ses participations passent par des sociétés américaines (LLC) portées par James Bord, Evan Sofer et, pour Bordeaux, Jeremy Green, fondateur de Redmile Group.
- À Dunfermline, seul club qu'il contrôle, Park Bench a couvert 1,74 million de livres de pertes en 2024-2025, principalement par des prêts d'actionnaire sans intérêt.
- À Sheffield Wednesday, le consortium de James Bord a versé plus de 4 millions de livres avant de retirer, en février 2026, son offre de 47,8 millions, avant la fin de l'examen de ses fonds par la Ligue anglaise.
Mercredi 23 septembre, au tribunal de commerce de Bordeaux, les représentants de Gérard Lopez et de Park Bench ont annoncé un accord de principe pour la cession des Girondins à un euro. Tant que les actes ne sont pas signés et le plan de continuation modifié homologué, Gérard Lopez reste propriétaire du club.
Présenté partout comme un fonds d'investissement anglais (ou américain), Park Bench est en réalité un collectif privé d'investisseurs porté par l'ancien joueur de poker James Bord et quelques associés, sans encours publié. Son parcours à Dunfermline, Córdoba et Sheffield montre un acheteur qui paie, mais qui se retire aussi. L'origine des fonds destinés aux Girondins reste inconnue à quelques jours de l'examen du dossier par le tribunal de commerce.
Park Bench n'est pas un fonds d'investissement à proprement parler. On y trouve Park Bench SFC LLC, propriétaire du club écossais de Dunfermline, et Park Bench CF LLC, actionnaire de Córdoba en Espagne. Ce sont des sociétés de droit américain qui portent les participations d'un petit groupe d'associés. Nous n'avons trouvé ni encours publié, ni souscripteurs, ni rapport annuel. Pour mesurer la fiabilité de l'acheteur, il reste à regarder ce que ces associés ont fait ailleurs de leur argent.
Park Bench : un ancien joueur de poker, son associé de Las Vegas et un gérant de San Francisco
James Bord, 45 ans, né à Londres et installé à Las Vegas, est le fondateur et le visage de Park Bench. Ancien banquier chez Citigroup, il a gagné plus de 4 millions de dollars en tournois de poker, dont le Main Event des World Series of Poker Europe en 2010. Selon la presse britannique, il a aussi travaillé pour Starlizard, la société de paris sportifs de Tony Bloom, propriétaire de Brighton, puis pour Smartodds, celle de Matthew Benham, propriétaire de Brentford. Il a fondé Short Circuit Science, une société d'analyse de données par intelligence artificielle qui vend ses outils à des clubs.
Son associé Evan Sofer, investisseur dans la technologie également basé à Las Vegas, codétient Park Bench SFC LLC.
Le troisième homme est d'un autre calibre. Jeremy Green a fondé en 2007 Redmile Group, une société de gestion de San Francisco spécialisée dans la santé et les biotechnologies. Elle déclarait environ 6,5 milliards de dollars d'actifs sous gestion discrétionnaire en mars 2024, selon son formulaire ADV déposé auprès du régulateur américain. Redmile n'est pas engagée dans les Girondins : Green investirait à titre personnel, via Park Bench. En août, Bord était annoncé comme futur actionnaire majoritaire des Girondins. Depuis septembre, c'est Jeremy Green et ses associés qui sont présentés comme les porteurs du projet. La répartition du capital de l'entité acquéreuse, et la part que Green y apporterait, ne sont pas publiques.
À Dunfermline, des pertes couvertes par des prêts de l'actionnaire
Dunfermline, en deuxième division écossaise, est le seul club que Park Bench contrôle, à 99,84 % depuis janvier 2025. Jeremy green n'y est pas impliqué. Le bilan sportif est bon : finale de la Coupe d'Écosse 2026, demi-finale des barrages de montée, et l'arrivée de Neil Lennon, ancien entraîneur du Celtic. Au rachat, Park Bench a remboursé un prêt convertible d'un million de livres et soldé des prêts d'administrateurs, selon The Courier.
Sur l'exercice clos fin mai 2025, le club a perdu 1,74 million de livres, contre 0,93 million l'année précédente. Le club assure qu'il n'a aucune dette externe et que ses pertes sont couvertes par les actionnaires, principalement par des prêts sans intérêt et non garantis. Un prêt d'actionnaire reste une dette du club envers son propriétaire.
À Bordeaux, le mécanisme mérite l'attention. Le tribunal est en train d'effacer la moitié du passif et de faire renoncer Gérard Lopez à ses créances comme à sa clause de retour à meilleure fortune. Si les déficits potentiels d'une saison de démarrage en R1 étaient financés de la même manière, le club reconstituerait une dette envers son nouveau propriétaire.
Sheffield Wednesday, 4 millions de livres puis un retrait
Le 24 décembre 2025, le consortium de James Bord est désigné repreneur privilégié de Sheffield Wednesday, alors en administration judiciaire. Son offre, valorisée à 47,8 millions de livres, était la meilleure reçue, selon les administrateurs du cabinet Begbies Traynor. Pendant l'exclusivité, il verse plus de 4 millions de livres pour faire tourner le club, dont un dépôt non remboursable de 2,5 millions. Le 25 février 2026, il se retire. Il explique que son offre dépassait nettement ce que justifiait l'audit et que les règles de la procédure lui interdisaient de renégocier.
Le 5 septembre dernier, Park Bench s'est retiré du rachat des Girondins, en rappelant que son offre était conditionnée à une participation aux championnats nationaux. Dès le lendemain, il reprenait les discussions avec Gérard Lopez. Les deux épisodes montrent un acheteur qui engage réellement de l'argent. Ils montrent aussi un acheteur qui se retire dès que les conditions ne lui conviennent plus. Pour un club dont le plan de continuation court désormais sur douze ans, la durée de l'engagement compte autant que le montant.
Le 5 septembre dernier, Park Bench s'est retiré du rachat des Girondins, en rappelant que son offre était conditionnée à une participation aux championnats nationaux. Dès le lendemain, il reprenait les discussions avec Gérard Lopez. Entre-temps, l'argent n'a pas quitté la table : 10,6 millions d'euros avaient été placés sous séquestre le 31 juillet par les investisseurs du montage initial, et Park Bench a prolongé ce séquestre mi-septembre. Un séquestre reste toutefois une garantie, pas un apport : sa répartition entre les investisseurs, les conditions de sa libération et sa transformation en capital ou en prêt n'ont pas été rendues publiques. Les deux épisodes montrent un acheteur qui engage réellement de l'argent. Ils montrent aussi un acheteur qui se retire dès que les conditions ne lui conviennent plus. Pour un club dont le plan de continuation court désormais sur douze ans, la durée de l'engagement compte autant que le montant.
À Córdoba et Sheffield United, une influence contestée
À Córdoba, en deuxième division espagnole, Park Bench détient 37 % du capital depuis 2024, face à l'actionnaire majoritaire bahreïni Infinity. Sa présence au conseil d'administration, d'abord à égalité, est devenue minoritaire en novembre 2025, avec quatre sièges pour Infinity contre trois.
À Sheffield United, Short Circuit Science conseillait le club sur son recrutement. Elle a recommandé à l'été 2025 l'arrivée de l'entraîneur Rubén Sellés, limogé quelques semaines plus tard après une série de défaites. Ses méthodes avaient contribué au départ de son prédécesseur Chris Wilder, réservé sur l'usage de l'IA dans les transferts. Le club a rompu avec la société quand Bord a visé son rival, Wednesday.
Une question posée à Sheffield, jamais à Bordeaux
Début 2026, lors d'une réunion dont le supporters' trust de Sheffield Wednesday a publié le compte rendu, la Ligue anglaise expliquait exiger du consortium de James Bord la preuve de « l'origine ultime et de la suffisance » de son financement. Le député Clive Betts lui demandait si elle avait les moyens de vérifier des fonds détenus dans des pays moins transparents ; elle assurait pouvoir recourir à des ressources externes. Le consortium s'est retiré trois semaines plus tard, avant la fin de l'examen. Aucune conclusion n'a jamais été rendue publique.
Outre-Manche, un acheteur doit passer le test des propriétaires de la Ligue et, en Écosse, les critères d'honorabilité de la fédération. En Régional 1, la commission régionale de contrôle des clubs examine seulement le budget de la saison.
À Bordeaux, ni la Ville, ni Bordeaux Métropole, qui négocie le loyer du Stade Atlantique, ni la Ligue de Nouvelle-Aquitaine n'ont posé publiquement cette question. Le dénouement est attendu « début ou mi-octobre », selon le directeur général Arnaud Saint-André. D'ici là, le tribunal de commerce devra homologuer un plan de douze ans sans que l'on sache publiquement qui, de James Bord, de Jeremy Green ou d'une société de Las Vegas, apportera l'argent.
Sparta Capital, puis Park Bench, puis Park Bench de nouveau : depuis juillet, les supporters des Girondins ont vu passer trois annonces de sauvetage. Leur équipe n'a joué aucun match de championnat. Les Ultramarines appellent à se rassembler ce dimanche sous le mot d'ordre « Le FCGB doit vivre ». L'espoir fait vivre dit-on...
Sources
- Communiqué de Dunfermline sur le rachat
- Comptes 2024-25 de Dunfermline (à recouper avec Companies House)
- Communiqué Sparta Capital et Park Bench
- Formulaire ADV de Redmile sur adviserinfo.sec.gov, à récupérer.
- The Courier, comptes de Dunfermline, remboursement du prêt convertible, Clive Betts
- Sky Sports, retrait de Sheffield Wednesday
- The Star, questions du supporters' trust
- City AM, Short Circuit et Sheffield United
- Football League World, parcours de Bord
- Cordópolis, entrée dans Córdoba
- ICI Gironde
- Foot Mercato, retrait du 5 septembre
Questions fréquentes
Qui est Park Bench ?
Park Bench désigne des sociétés de droit américain, dont Park Bench SFC LLC et Park Bench CF LLC, qui portent les participations d'un petit groupe d'investisseurs privés dans le football : Dunfermline en Écosse, Córdoba en Espagne et Septemvri Sofia en Bulgarie. Aucun encours ni souscripteur n'est publié.
Qui dirige Park Bench ?
Park Bench a été fondé par James Bord, ancien banquier et joueur de poker installé à Las Vegas, associé à Evan Sofer. Pour les Girondins, le projet est porté par Jeremy Green, fondateur de la société de gestion Redmile Group, qui investirait à titre personnel.
Le rachat des Girondins par Park Bench est-il définitif ?
Non. Un accord de principe pour une cession à un euro a été annoncé le 23 septembre 2026 au tribunal de commerce de Bordeaux. Les actes doivent être signés, le plan de continuation modifié homologué et le budget validé par la Ligue de Nouvelle-Aquitaine. Le dénouement est attendu début ou mi-octobre.
Pourquoi Park Bench s'est-il retiré de Sheffield Wednesday ?
Désigné repreneur privilégié en décembre 2025 avec une offre de 47,8 millions de livres, le consortium de James Bord s'est retiré le 25 février 2026, estimant que son offre dépassait ce que justifiait l'audit du club. Il avait versé plus de 4 millions de livres pour financer le club pendant l'exclusivité.
Par La Rédaction
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