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EXCLU AQUI Girondins de Bordeaux : « l'argent d'abord », la FFF fixe le prix de l'union sacrée

La FFF fixe sa condition au maire de Bordeaux : l'argent doit être sécurisé devant le tribunal de commerce, pas juste annoncé. Ce critère fait tomber le Plan B (Sparta Capital) et met à l'épreuve les trois « chevaliers blancs » du Plan C : Fievet, Pichet et Béraud.

Par La Rédaction
Publié il y a 16 août
8 min de lecture
EXCLU AQUI Girondins de Bordeaux : « l'argent d'abord », la FFF fixe le prix de l'union sacrée
Girondins de Bordeaux logo

La FFF a pris acte samedi de l'avis du CNOSF et renvoie la balle au club, qui saisira le tribunal administratif dès lundi. Mais selon nos informations, la Fédération a fixé au maire de Bordeaux sa condition pour rouvrir le dossier : que le plan de continuation soit sécurisé devant le tribunal de commerce. Autrement dit, que l'argent soit là. Un critère qui rebat les cartes des trois plans en présence — et met les « chevaliers blancs » bordelais devant leurs responsabilités.

Bordeaux, 16/8/26 : Complément de notre exclusivité du 14 août sur les trois scénarios de sortie de crise.

Quarante-huit heures qui ferment une porte et en dessinent une autre

Depuis notre article de vendredi, la mécanique a poursuivi sa course. Samedi, la Fédération française de football a pris acte de l'avis du conciliateur du CNOSF et annoncé qu'elle ne s'y opposerait pas : les Girondins restent exclus des championnats nationaux. Dans la foulée, Dominique Delport, appelé à devenir président du club sous pavillon Sparta Capital, a annoncé la saisine du tribunal administratif dès ce lundi 17 août, assortie d'un référé-suspension. Le même samedi, à Chauray, l'équipe bouclait sa préparation par une défaite, sans savoir dans quel championnat elle jouera dans treize jours. Rio Mavuba, lui, a déjà tranché : l'entraîneur a mis fin à son contrat, laissant l'intérim à son adjoint Arnaud Cormier.

Le référé est la dernière carte judiciaire, et elle est mince. Le précédent existe et il est défavorable : en 2017, Bastia, rétrogradé dans des conditions comparables, s'était vu refuser la suspension par le juge des référés. Un référé suspend, il ne tranche pas le fond ; et le fond, désormais, tient en une phrase.

L'argent d'abord, répond la FFF à Thomas Cazenave, maire de Bordeaux

Thomas Cazenave, maire de Bordeaux et président de la Métropole, est sorti de sa réserve ce week-end en interpellant directement le président de la FFF. Selon nos informations, la réponse fédérale est sans ambiguïté : pas de réexamen du dossier bordelais tant que le plan de continuation homologué en juin 2025 n'est pas sécurisé par le commissaire à l'exécution du plan avalisé par le tribunal de commerce de Bordeaux. En clair : tant que l'argent n'est pas versé, séquestré, opposable, intégralement et pas seulement annoncé.

Cette position mérite qu'on s'y arrête, parce qu'elle change la nature du débat. Depuis le 30 juin, la question posée publiquement était sportive : National 1 ou Régional 1 ? La FFF vient de la reformuler en question comptable : fonds sécurisés ou lettres d'intention ? Et cette question-là s'applique indifféremment aux trois plans que nous décrivions vendredi. Elle a le mérite de la clarté, et le défaut de la circularité : les investisseurs conditionnent leur versement au statut sportif, la Fédération conditionne le statut sportif au versement. Chacun exige de l'autre le fait générateur qu'il bloque lui-même. En restructuration d'entreprise, ce nœud se dénoue par un séquestre libérant les fonds sous condition suspensive. Que ce montage n'ait pas été mis sur la table,ou qu'il ait été refusé, est l'une des vraies questions de cet été.

Le plan Sparta relu à cette aune

C'est précisément sur ce critère que le Plan B s'est brisé. Le 31 juillet, Sparta Capital annonçait avoir "réuni" 10,6 millions d'euros. Devant le conciliateur, la réalité vérifiable était autre : un tour de table décrit comme "ni stabilisé ni finalisé", au mieux 6 millions effectivement sécurisés, comme nous le révélions vendredi. L'écart entre la communication financière et ce qu'un conciliateur peut constater pièces en main explique, mieux que toute théorie du complot fédéral, la recommandation du CNOSF. La vente du club au fonds de Franck Tuil a beau être actée, elle porte sur un actif dont le sort sportif — et donc la valeur — se joue ailleurs.

La leçon vaut pour la suite : dans ce dossier, un engagement qui n'est pas dans un compte séquestre n'existe pas.

Les « chevaliers blancs » passés au même test

Reste le Plan C, la relance en régional autour de Jean-Louis Triaud, Alain Giresse et Christophe Dugarry, que nous décrivions vendredi [NDLR : scénario défendu par Sport6, affiliée aux actionnaires de la société éditrice d'Aqui.Media]. Trois noms d'entrepreneurs bordelais circulent en soutien de ce schéma. Passons-les au test que la FFF vient de fixer.

Bruno Fievet, d'abord. Le financier genevois, fondateur de The Key SA, est le candidat le plus ancien et le plus constant : offre de 70 millions d'euros refusée par King Street en 2020, candidature déclarée en 2021, projet conditionné en 2024 — il refusait alors de porter le plan social et la dette —, puis offre déplacée sur le stade à l'automne, seul actif valorisable à ses yeux. Cet été, il figure dans le pool de 5 millions d'euros d'engagements fermes révélé par L'Équipe le jour de l'audience du CNOSF, réunissant entrepreneurs locaux et anciens joueurs, et destiné notamment à couvrir les dettes de transferts si l'association reprend l'équipe première. Fievet appelle publiquement tous les projets à s'unir derrière Triaud. Cinq millions d'engagements fermes : c'est, à ce jour, la seule enveloppe du Plan C dont la fermeté est revendiquée — il reste à la rendre opposable.

Patrice Pichet, ensuite. Le fondateur du groupe Pichet Immobilier de Pessac a un lien ancien mais léger avec le club : sponsor lors de la saison 2011-2012, présent aux réunions de la mairie en juillet 2024 au moment du redressement judiciaire. Son rôle actuel, tel que documenté, est celui d'un financeur mobilisé par Triaud dès sa prise de fonction à la tête de l'association, aux côtés de Marc Vanhove (Bistro Régent), sur la base de partenariats publicitaires susceptibles de sécuriser la saison 2026-2027. Du sponsoring, donc, pas du capital. Utile, mais insuffisant seul face au critère fédéral.

Nicolas Béraud, enfin. Le fondateur de Betclic, dont le siège est quai de Bacalan, est le plus sollicité et le moins engagé des trois. Partenaire majeur du club en 2019, sponsor de l'UBB et des Boxers, il a été approché à la mi-juillet par le club lui-même pour combler le trou de 4 à 5 millions du budget, puis le 12 août par Arnaud De Carli, l'ancien vice-président qui monte sa propre solution de reprise. À ce jour, aucune réponse publique, aucun engagement. Le qualifier de chevalier blanc relève du souhait, pas du constat. Pourtant le groupe Banijay, propriété de Stéphane Courbit, qui contrôle aussi Betclic depuis leur rapprochement au sein de Banijay Group, est celui qui a la plus grosse surface financière (7,4 Milliards de CA dans le Jeux Divertissement).

Des projets pour les Girondins , de l'argent dispersé, mais pas de synergie

Le tableau est donc celui-ci : une enveloppe ferme de 5 millions, des promesses de sponsoring, un silence. Et au moins deux véhicules parallèles — le pool autour de Triaud et la démarche De Carli — qui sollicitent en partie les mêmes personnes sans se coordonner. Nous écrivions vendredi que Bordeaux souffre moins d'un manque d'options que d'un excès de plans qui ne se parlent pas. La réponse de la FFF au maire transforme ce constat en ultimatum : l'union sacrée n'est plus un appel moral, c'est une exigence comptable.

Le passif ne négocie pas avec les plans

Rappelons ce que la liquidation de la SASP ne fera pas disparaître : plus de 4 millions d'euros de dettes de transferts et de droits de formation, et 500 000 euros d'indemnités de formation, qui migreront vers l'association — avec un risque réel de réclamations de la FIFA sur les indemnités internationales impayées.

Les 5 millions du pool Fievet-Triaud, s'ils sont bien versés, seraient donc largement absorbés par le seul apurement du passif sportif, avant même de financer une saison. Le budget de fonctionnement de l'association, environ un million d'euros, ne couvre pas l'équipe première. L'addition réelle d'un redémarrage propre en Régional 1 se situe donc sensiblement au-dessus des montants aujourd'hui réunis. C'est cette arithmétique, et non la nostalgie, qui déterminera si le scapulaire rejoue le 29 août.

Trois échéances, une seule question

Le calendrier n'a pas changé : le référé dès lundi, la décision de la Ligue de Nouvelle-Aquitaine sur la division d'accueil, et la probable saisine du tribunal de commerce par le commissaire à l'exécution du plan si rien n'aboutit avant la fin du mois. Mais la question, elle, a été reformulée par la Fédération elle-même.

Ce n'est plus « qui veut sauver les Girondins ? » Ils sont nombreux, et c'est le problème. C'est : « qui met l'argent sous séquestre en premier ?» À cette question-là, pour l'instant, personne n'a répondu.

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