Œnotourisme en Graves et Sauternes : quand le vignoble bordelais réinvente l'expérience du vin
En Graves et Sauternes, à 20 minutes de Bordeaux, 100 professionnels réinventent l'œnotourisme bordelais. Ruche géante, pique-nique sous les magnolias, parcours bas carbone — un territoire confidentiel qui innove sans complexe.

Déguster dans une ruche géante, dîner dans des écuries centenaires ou pédaler entre les vignes, loin des voitures et de la ville, bienvenue dans le vignoble de Graves et Sauternes, où l’oenotourisme a définitivement troqué le chai poussiéreux contre l’expérience insolite. 100 professionnels, 22 châteaux Crus Classés, 3 restaurants étoilés au Guide Michelin, et pourtant, ce territoire est des plus confidentiels du Bordelais. C’est peut-être ce qui lui a permis d’innover sans complexe, en réinventant discrètement une façon de vivre le vin à une vingtaine de minutes de Bordeaux.
Dans le Médoc ou à Saint-Emilion, chaque château semble jouer sa propre partition. En Graves et Sauternes, les vignerons ont fait le choix inverse : celui du collectif. C’est ce qui frappe d’emblée quand on parle à Laureen Horvath, qui coordonne la Route des Vins de Bordeaux en Graves et Sauternes. Ici, les domaines se nourrissent mutuellement de leurs expériences, partagent leurs bonnes pratiques et construisent une offre commune plutôt que de se faire concurrence.
Le territoire s’étend sur 50 kilomètres, de Bordeaux à Bazas, à travers quatre appellations : Pessac-Léognan, Graves, Sauternes et Barsac et propose trois couleurs de vins : des rouges charnus, des blancs secs et les célèbres liquoreux de Sauternes, parmi lesquels trône le mythique Château d’Yquem. Une diversité rare dans le vignoble bordelais qui ouvre naturellement la porte à des expériences très différentes selon les domaines.
Accessible en train depuis la gare Saint-Jean de Bordeaux, 12 gares jalonnent la route des vins avec 30 trains par jour. Le territoire a aussi fait le pari d’un oenotourisme durable, avec les Bulles Vertes, premier parcours bas carbone du vignoble bordelais. Un positionnement qui lui ressemble à vrai dire, c’est ambitieux, collectif et résolument tourné vers l’avenir.
L’exemple du Château de Cérons
Niché au cœur du village de Cérons, à une vingtaine de minutes de Bordeaux en train, le Château de Cérons est une chartreuse du XVIIème siècle classée monument historique. “ Dès 2012, nous avons rouvert les portes du Château de Cérons. Et aujourd’hui, nous avons une offre qui fait partie de notre activité, qui s’est développée en même temps que Bordeaux s’est développé dans l’oenotourisme”, explique Caroline Perromat.
Le domaine a cette particularité rare de porter le nom de sa propre appellation, comme le Château Margaux par exemple, et de produire des vins en quatre couleurs : des Graves rouges, des Graves blancs secs, un Cérons liquoreux et un vin orange. Une palette qui reflète l’état d’esprit des lieux : curieux, ouvert, décomplexé. “Il n’y a pas besoin d’être une élite pour passer le pas d’une propriété viticole” affirme la propriétaire du domaine. Depuis leur arrivée, les propriétaires ont développé une offre oenotouristique complète qui accueille aujourd’hui près de 3 000 visiteurs par an, des familles bordelais aux touristes islandais, en passant par des groupes d’Australiens ou d’Américains.
L’offre oenotouristique du château de Cérons s’est construite progressivement et couvre aujourd’hui l’ensemble du spectre. La visite commence par la découverte de la chartreuse et de ses intérieurs mêlant le mobilier du XVIIIe et touches contemporaines : “une visite vraiment décorative” aime préciser la propriétaire. S’en suit de la visite du vieux chai de 300 ans où est projeté un film primé Best of d’or international 2025. Une œuvre poétique qui raconte l’histoire d’une petit garçon et d’une goutte d’eau, depuis les Pyrénées jusqu’à un verre de Cérons. La visite se termine par une dégustation des quatre vins du domaine.
Une expérience travaillée
Pour prolonger l’expérience, le château propose quatre formules de pique-nique thématiques (rouge, blanc, or et orange ) concoctées par un chef avec des produits locaux, à 59 euros par personnes tout inclus, à l’ombre des magnolias du parc. “C’est toute une expérience que nous proposons à Cérons. Les visiteurs peuvent s’installer et rester autant de temps qu’ils le souhaitent dans le parc. Ce sont des moments magiques”, confie Caroline.
Les familles ne sont pas oubliées : l'activité “Petit gardien de Cérons” propose une visite entièrement adaptée aux enfants, du tout-petit qui récolte des graves dans les rangs de vigne au préadolescent qui répond à un questionnaire pendant la visite. “Nous nous adaptons à chaque groupe. On peut accueillir un bébé en poussette. C’est une maison de famille ici” souligne-t-elle. Les groupes professionnels peuvent quant à eux privatiser le domaine pour des séminaires ou des événements. Et pour les amateurs de slow tourisme, le château est accessible via les Bulles Vertes, le parcours bas carbone de la Route des Vins, au départ de la gare de Cérons.
Dans un vignoble bordelais qui traverse une période de profondes mutations, certains ont trouvé une ressource inattendue dans l'accueil des visiteurs. Caroline Perromat en témoigne: "En ce moment où tout est un peu difficile, accueillir des visiteurs ça nous donne le moral. Ils nous renvoient une image d'un travail bien fait, de plaisir, de joie." C'est peut-être là que réside la vraie force de l'œnotourisme, pas dans les chiffres, mais dans cette énergie que les visiteurs redonnent aux vignerons.
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Par Justine Chanteau
Auteur
Passée par le Dauphiné Libéré à Grenoble et JunkPage à Bordeaux, je suis journaliste stagiaire chez AQUI.Media pour couvrir les actualités culturelles et politiques.
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