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French Tech

La French Tech Bordeaux, cap au large pour 2026-2028

Troisième label consécutif, 700 adhérents, 53% de financement privé : Maxime Doreau, président de La French Tech Bordeaux, parle sans langue de bois de l'écosystème bordelais, de l'emploi junior menacé par l'IA et du chantier de l'interconnexion.

Par Jacques FROISSANT
Publié il y a 21 mai
4 min de lecture
La French Tech Bordeaux, cap au large pour 2026-2028
La French Tech Bordeaux, cap au large pour 2026-2028

Troisième label "Capitale French Tech" consécutif, un écosystème de 2 500 entreprises, un financement majoritairement privé : Maxime Doreau, président de La French Tech Bordeaux depuis avril 2026, dresse un état des lieux sans langue de bois. Entre fierté assumée et lucidité sur les angles morts, il fixe le cap et répond à nos questions.

Maxime Doreau, président de La French Tech Bordeaux
Maxime Doreau, président de La French Tech Bordeaux

La French Tech Bordeaux vient de décrocher son troisième label "Capitale French Tech" consécutif. C'est une confirmation ou une surprise ?

Une confirmation, clairement. Ce label, c'est la reconnaissance d'un travail collectif mené depuis plus de dix ans. Bordeaux est aujourd'hui la seule Capitale French Tech de Nouvelle-Aquitaine, aux côtés de dix-huit autres hubs nationaux et internationaux. On en est fiers, et il faut le dire haut et fort parce que l'équipe ne se vante pas assez. Fédérer 2 500 entreprises et acteurs de l'innovation sur un territoire, c'est un travail de fourmi considérable.

Ce label s'accompagne d'une exigence nouvelle de la Mission nationale : l'autonomie financière. Où en êtes-vous ?

On est déjà à plus de 53% de financement privé. La mue est engagée, pas annoncée. La Mission nationale a posé cette condition pour les associations qui veulent rester Capitale French Tech : être capables de survivre sans perfusion publique. Les collectivités locales, Bordeaux Métropole, la Région, la CCI, ont confirmé leur soutien. Le financement étatique reste important mais ce n'est plus le principal levier. On a aussi recruté Benjamin, qui travaille spécifiquement sur le développement des partenariats privés. C'est un chantier structurant pour les trois ans qui viennent.

L'écosystème bordelais n'a jamais produit de "très grosse boîte". C'est encore le reproche qu'on vous fait. Vous le contestez ?

Je ne le conteste pas, je le relativise. La période des grandes levées est derrière nous, et pas seulement à Bordeaux, à Paris aussi. Les licornes comme Mistral, ça sort une fois par décennie. Ce qui m'intéresse davantage aujourd'hui, c'est le renouvellement des adhésions et le nombre de boîtes qui atteignent l'équilibre. La mission nationale elle-même change de curseur : on regarde moins les tours de table, plus la rentabilité. Des entreprises bordelaises commencent à y arriver. C'est ça, la vraie santé d'un écosystème.

Vous avez exprimé une inquiétude sur l'emploi junior dans la tech. Qu'est-ce que vous observez ?

C'est mon angle mort à moi, personnel. L'IA est aujourd'hui capable de remplir une partie significative des missions qu'on confiait aux développeurs juniors. Les entrepreneurs le savent, et certains en tirent une conclusion rapide : pourquoi recruter un junior quand un outil fait le travail ?

Ce que personne ne calcule, c'est que dans dix ou quinze ans, on n'aura plus de seniors. Parce que les seniors d'aujourd'hui, ils ont été juniors hier. Si on coupe ce pipeline de formation, on se retrouve à se battre sur un marché tendu pour des profils expérimentés qui coûtent cher et se font rares. Moi j'ai construit ma boîte en embauchant des juniors, en les formant. Je vais porter ce message dans tous nos événements, parce que c'est une bombe à retardement.

La French Tech Bordeaux souffre d'un cloisonnement entre startups et tissu économique classique. Comment vous l'attaquez ?

C'est réel. Un entrepreneur lambda d'une PME de Gironde ne sait pas forcément ce que nous faisons ni ce que nos adhérents peuvent lui apporter. On a deux réponses concrètes.

La première, c'est FT Connect, une application qu'on lance maintenant : tu te connectes avec ton compte LinkedIn, tu exprimes tes besoins, et l'outil facilite les mises en relation ciblées entre adhérents, y compris pendant les événements, pour éviter que chacun reste dans son coin à retrouver ses habituels.

La deuxième, c'est le travail de ponts avec d'autres associations : l'UIMM, Alice Santé, le Club des ETI. Notre objectif n'est pas de recruter leurs membres comme adhérents. C'est de créer des connexions utiles, de faire en sorte que nos startups répondent aux besoins réels de ces acteurs. On a un modèle en tête : les écosystèmes allemands, où les entreprises d'un même territoire se font travailler entre elles par réflexe. On n'en est pas là, mais c'est la direction.

Dans un an, qu'est-ce qui vous permettrait de dire que ce mandat a servi à quelque chose ?

Deux choses. D'abord, que le financement soit stabilisé sur des bases solides et pérennes, quels que soient les résultats des élections de 2027. Ensuite, qu'on ait allumé au moins une étincelle sur l'interconnexion : que des boîtes de l'écosystème aient commencé à se faire travailler entre elles, que ce réflexe territorial soit en train de prendre. Si on a ça dans un an, on aura fait quelque chose d'utile.


La French Tech Bordeaux, 2 500 membres, seule Capitale French Tech de Nouvelle-Aquitaine. Prochain rendez-vous : la French Tech Night, le 25 juin au Stade Atlantique de Bordeaux Métropole.

JA

Par Jacques FROISSANT

Directeur de la publication

Bordelais, œnologue, tout allait bien… jusqu’à ce que je dérape dans l’entrepreneuriat RH pour les startups. 😉 Auteur et chroniqueur (L’Express, FrenchWeb, France 3 NOA...), je suis aujourd’hui cofondateur et rédacteur en chef d’AQUI.Media

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