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Vins

H&A en liquidation judiciaire : la chute du premier loueur de barriques au monde secoue la filière viticole bordelaise

H&A, premier loueur de barriques au monde fondé à Bordeaux en 2004, placé en liquidation judiciaire le 1er avril 2026. 43,4 millions d'euros de passif, 1 million de fûts en gestion, 1 400 clients dans le monde. Une onde de choc pour toute la filière viticole.

Par César Rosenzweig
Publié il y a 22 mai
3 min de lecture
H&A en liquidation judiciaire : la chute du premier loueur de barriques au monde secoue la filière viticole bordelaise
La chute du premier loueur de barriques au monde Photo by Jim Harris / Unsplash

Le 1er avril 2026, la chambre du conseil du tribunal de commerce de Bordeaux a validé la liquidation judiciaire de H&A, le leader mondial de la location et de la revente de barriques de vin, qui gérait un million de fûts pour près de 2 000 clients. Pour comprendre l'ampleur du choc, il faut comprendre ce qu'était H&A.

De Lormont au monde entier : 20 ans d'un modèle qui a révolutionné l'élevage sous bois

Fondé en 2004 à Bordeaux par Richard Hardillier et Florent Arrouy, le loueur de fûts de chêne a permis à ses clients une gestion clé en main de leurs parcs à barriques, avec une promesse : la reprise et la revente des contenants dès la fin de leur usage, au bout d'un an, de deux millésimes, de trois cycles d'élevage. H&A avait inventé l'externalisation de la gestion des barriques de vin et finançait de 20 à 30 % des achats de fûts neufs. Pour nombre de producteurs, cela permettait de limiter les dépenses initiales à un moment où une barrique peut coûter entre 950 et 1 500 euros. H&A affichait un chiffre d'affaires de 181 millions d'euros en 2024-2025 et employait 79 salariés.

Mais le modèle portait en lui une faille structurelle. Les loyers mensuels étaient calculés à l'année sur la base théorique du parc à barriques sans dévalorisation des fûts, décorrélés de la révision à la reprise des tonneaux usagés. Un internaute du secteur sur Vitisphere résume : «La réalité c'est qu'après 3 ou 4 ans la barrique ne vaut plus rien. La dépréciation n'est pas linéaire, et comme la valeur résiduelle est encore très importante, ça crée un trou. C'est des choses que nous savions tous.» Depuis janvier 2026, le modèle s'est totalement grippé.

43,4 millions d'euros de passif : les conséquences pour vignerons, tonneliers et négociants

Au jour de la liquidation, H&A affichait 43,4 millions d'euros de passif pour seulement 2,7 millions d'euros d'actif. Un directeur de coopérative témoigne : «H&A ne reprend plus les barriques depuis le début 2026, contrairement à son engagement. Je me retrouve avec des dizaines de barriques vides.» La présidente de la Fédération des Tonneliers de France, Magdeleine Allaume, est directe : «À court terme, les tonneliers vont devoir prendre toutes mesures en leur pouvoir afin de procéder au recouvrement de leurs créances.»

Les conséquences s'étendent bien au-delà de Bordeaux. H&A comptait 1 400 clients utilisant 1 million de fûts dans tout le vignoble mondial, avec une forte présence en Bourgogne, dans le Rhône et le Languedoc, ainsi qu'en Espagne, Italie et Californie. Si aucun repreneur ne se manifeste, ce sont des centaines de domaines qui devront refinancer leur parc à barriques dans un contexte de crise viticole déjà sévère. Le tribunal a accordé un nouveau délai aux offres de reprise pour permettre leurs révisions à la hausse.

La CAVB invite ses adhérents à consulter un avocat. La Fédération des Grands Vins de Bordeaux indique que «la très grande diversité des situations particulières nécessite l'accompagnement des vignerons par des spécialistes du droit et des experts-comptables». Pour la filière bordelaise, qui enregistre déjà +350 % de procédures collectives en trois ans, l'affaire H&A est une onde de choc supplémentaire dont les effets financiers et juridiques ne seront pas fixés avant plusieurs années.

Par César Rosenzweig

Auteur

Journaliste stagiaire chez AQUI.Media, je couvre les actualités économiques et les entreprises de Nouvelle-Aquitaine. Diplômé en commerce de l'ESG, je me forme au journalisme à l'EFJ Bordeaux. Mon ambition : devenir journaliste sportif.

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