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Économie

Défaillances record, retards de paiement, facture électronique : les alertes d’Altares

À Bordeaux, une étude Altares met en lumière une triple alerte : défaillances à un niveau inédit (71 100 sur 12 mois), retards de paiement en hausse et entreprises très mal préparées à la facturation électronique prévue en 2026.

Par La Rédaction
Publié il y a 24 avr.
5 min de lecture
Défaillances record, retards de paiement, facture électronique : les alertes d’Altares
71 100 défaillances sur 12 mois et seulement 7% d’entreprises prêtes à la facturation électronique : les chiffres d'Altares

Le 21 avril à la Cité du Vin de Bordeaux, le décor est posé rapidement.
Dans une économie sous tension, quels sont les signaux faibles à surveiller ?

Face à un parterre de dirigeants et d’acteurs économiques, Altares déroule ses chiffres. Gilles Lambert, expert data, ne cherche pas à rassurer. Il aligne des indicateurs qui, mis bout à bout, dessinent un paysage plus fragile qu’il n’y paraît.

71 100 défaillances : un record historique… mais une lecture à nuancer

Pour ouvrir la conférence, Gilles Lambert a déroulé un graphique qui parle de lui-même : l'évolution des défaillances d'entreprises en France depuis 1976. Sur 12 mois glissants, le compteur atteint désormais 71 100 défaillances, un niveau inédit. En 2025, on avait déjà frôlé les 69 000. Le début 2026 confirme que la tendance n'est pas près de s'inverser : 18 986 procédures collectives ont été ouvertes au premier trimestre, soit une hausse de 6,4% sur un an. Derrière les chiffres, il y a des salariés : 75 350 emplois sont menacés sur ce seul premier trimestre, dépassant le précédent record établi en 2009, en pleine crise des subprimes.

“Quelques éléments de contexte, néanmoins. 80% des fermetures restent des cessations volontaires. Et parmi les entreprises en cessation de paiement il y a dix ans,  8% sont encore debout”, précise t'il. 

La taille de la structure est déterminante : les microentreprises concentrent 75% des procédures, et plus de sept sur dix vont directement en liquidation sans possibilité de redressement, leur trésorerie étant structurellement trop faible pour affronter un environnement dégradé.

Nouvelle-Aquitaine : troisième année consécutive de dégradation

Sur ce point, Lambert a été direct , c'est la troisième année consécutive de dégradation pour la région : +10% en 2024, +15% en 2025, +18% en 2026. En chiffres bruts, près de 2 000 défaillances ont été enregistrées sur les trois premiers mois de l'année, plaçant la Nouvelle-Aquitaine parmi les trois régions les plus touchées de France.

À l'intérieur de la région, les disparités sont fortes. Les Pyrénées-Atlantiques bondissent de +20,1%, la Gironde progresse de +4,3% avec 2 212 procédures. Seules la Corrèze et la Charente résistent. Pour la viticulture, la situation s'inscrit dans un temps long particulièrement douloureux : après +24% au T1 2024 et +75% début 2025, la hausse atteint encore +32% début 2026, avec 83 domaines tombés en défaillance dont la moitié girondins.

Retards de paiement : l'indicateur qui précède les faillites de plusieurs mois

Les retards de paiement sont un signal prédictif des défaillances, particulièrement pour les PME. La moyenne française sur 10 ans est de 12,2 jours de retard, mais en juin 2025, on atteignait 14,1 jours, tout près du pic Covid. Chez les grandes entreprises, 10,2% des fournisseurs sont payés à plus de 90 jours , un niveau structurellement élevé qui fait reposer la trésorerie sur les structures les plus fragiles.

Les entreprises néo-aquitaines affichent un taux à plus de 30 jours de 10,8% contre 12,4% au niveau national. Mais les données les plus récentes montrent une aggravation rapide. Selon les propres termes des données Altares présentées : « Pas encore un retour à la normale, au contraire, une brusque inquiétude. »

Réforme de la facturation électronique : un Big Bang largement sous-estimé

À partir de septembre 2026, toutes les entreprises assujetties à la TVA devront recevoir des factures électroniques via des plateformes agréées. Les ETI et grandes entreprises devront également émettre dès cette date. Les TPE/PME suivront en septembre 2027. À l'horizon 2030-2032, c'est l'harmonisation européenne avec la directive ViDA.

L'objectif est clair : récupérer les 12,1 milliards d'euros de TVA non collectée chaque année en France. Gilles Lambert a d'emblée cité l'exemple de nos voisins : « Nos amis italiens avaient déjà mis en place un système de facturation électronique avant le Covid et sont parvenus à récupérer 1 milliard d'euros. » Les chiffres lui donnent raison : dès la première année, malgré la pandémie, l'Italie a récupéré 3,5 milliards d'euros de TVA supplémentaires. Deux ans plus tard, son déficit de TVA avait chuté de 10,7%.

Mais le niveau de préparation des entreprises françaises reste très insuffisant. « Les entreprises ne sont pas prêtes pour le Big Bang que va être la facturation électronique », a prévenu Lambert. Et les chiffres confirment ce constat : 86% se disent confiantes, mais seulement 27% ont contractualisé avec une plateforme agréée et 7% seulement ont finalisé tous les prérequis. Fin 2025, sur 11 millions d'entités légales, 375 000 seulement disposaient d'une adresse de réception active, soit 3,4% du tissu économique.

Facturation électronique : seulement 7% des entreprises françaises vraiment prêtes

Le chiffre qui a marqué les esprits : 30% des factures qui transitent lors des tests actuels sont non conformes. Et une facture non conforme est à refaire intégralement. Autre changement de taille dans les pratiques quotidiennes, souligné par Lambert : « Dès la réception de la facture, il faudra indiquer la conformité ou non. Donc fini les litiges 2-3 jours avant échéance. » Un levier de trésorerie très utilisé aujourd'hui, qui disparaît purement et simplement.

Données incomplètes : des risques qui vont bien au-delà de la conformité

Durant toute la présentation, un message revenait en boucle : la qualité des données est le prérequis silencieux de tout le reste. Un SIREN erroné, une adresse obsolète, une TVA incorrecte  et c'est la facture rejetée, le processus bloqué, la pénalité qui tombe. 15€ par facture non conforme, 250€ par transmission manquante. Et au bout de la chaîne, ce sont les relations commerciales qui trinquent : perte de confiance des clients et fournisseurs, litiges prolongés, contrats perdus.

Pour les entreprises qui n'ont pas encore entamé ce chantier, le message de cette conférence était univoque : le compte à rebours est lancé et il faudra être prêt.

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Par La Rédaction

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La rédaction d’AQUI.Media prolonge l’esprit libre et régional d’Aqui.fr, média fondé en 2006. Indépendante et ancrée en Nouvelle-Aquitaine, elle explore l’économie, la société et l’innovation, avec un ton engagé, impertinent et sans filtre.

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