Partager cet article

Industrie

Franck Tison conçoit les matériaux composites de demain depuis Mérignac

Franck Tison, trente ans dans les matériaux composites, et aujourd'hui un triptyque industriel installé à Mérignac : R&Ocean Développement, Composites School Academy et le Hub Composite Lab.

Par César Rosenzweig
Publié il y a 3 juin
3 min de lecture
Franck Tison conçoit les matériaux composites de demain depuis Mérignac
raquette de pickleball réalisée à partir de Nidalin

Il y a des gens qui changent de métier. Franck Tison, lui, a toujours fait le même : comprendre la matière, la transformer, la transmettre. Trente ans dans les matériaux composites, passés entre la recherche, le nautisme, l'aéronautique, l'industrie et la formation. Aujourd'hui, à 57 ans, il construit depuis Mérignac ce qu'il appelle son triptyque. Trois structures, une seule logique.

Un écosystème pensé comme un outil industriel

R&Ocean Développement, c'est le cœur. Installée au sein de l'Aéroparc de Mérignac, la structure conçoit, développe et prototypise des matériaux composites éco-conçus, du laboratoire à la mini-série. Elle travaille avec des résines biosourcées, des fibres de lin et de chanvre, et la résine thermoplastique recyclable Elium du groupe Arkema.

Composites School Academy, c'est la suite logique. "La réindustrialisation ne se fait qu'avec de la formation", dit Franck Tison. Son constat est simple : les écoles forment de bons ouvriers, les universités de bons ingénieurs, mais entre les deux, les techniciens et techniciens supérieurs, "il n'y a plus personne". L'académie comble ce vide, avec une approche terrain : on apprend en fabriquant.

Le Hub Composite Lab complète le dispositif. Un espace ouvert aux industriels, entrepreneurs et inventeurs qui veulent transformer une idée en prototype, sans monter une usine.

Nidalin et Carlium : deux matériaux, un pari industriel

table réalisée par Franck Tison à base de Nidalin
table réalisée par Franck Tison à base de Nidalin

C'est dans ce cadre que Franck Tison développe ses deux matériaux phares. Nidalin est une structure alvéolaire biosourcée à base de lin, pensée pour la mobilité légère et la dronautique. Une ACV simplifiée réalisée avec l'université de Dijon a livré ses résultats il y a quelques semaines : un impact environnemental cent fois plus faible qu'une structure Nomex équivalente, avec des résistances mécaniques comparables. "Le produit arrive à une très forte maturité technique", dit-il. Il ne manque plus que les moyens de préindustrialiser.

Schéma explicatif de la conception d'une raquette à base de Nidalin
Schéma explicatif de la conception d'une raquette à base de Nidalin

Carlium, lui, joue sur un paradoxe : du carbone rigide qui absorbe les vibrations. Résultat d'une association entre fibre de carbone recyclée, résine Elium et “poudre de perlimpinpin” , le matériau cible le sport, la mobilité et l'industrie. Son vrai nom sera dévoilé au salon R4 à Bordeaux en octobre 2026. Derrière ces deux produits, un troisième est en cours de développement : une fibre de renfort à base d'aiguilles de pin maritime. TRL 3 aujourd'hui, horizon dix ans. "Le pin maritime va du bas du Portugal jusqu'en Scandinavie. L'aiguille de pin n'est pas un déchet, c'est un rejet. Le but c'est d'offrir un nouveau marché aux sylviculteurs."

Pochet Aerospace : le partenariat qui valide le concept

Depuis un an, R&Ocean Développement travaille aux côtés de Pochet Aerospace, la PME fondée par l'ancien navigateur Loïc Pochet autour du Morgann, un hydravion amphibie à foils et ailes rétractables. Le projet est ambitieux : décoller jusqu'à 80 centimètres de creux de vague, sortir de l'eau en 40 mètres, et embarquer quatre passagers. Pour avancer, Pochet Aerospace travaille d'abord sur un drone à l'échelle 1/3, prototype qui permettra de valider les briques technologiques.

C'est là que Franck Tison entre en scène. Nidalin et Carlium seront intégrés à la structure du drone pour produire ce qu'il appelle une "preuve de concept" : des pièces plus légères, moins vibrantes, fabriquées dans des moules conçus pour être détruits et recyclés une fois leur utilité passée. "Tous les outillages de production sont faits pour être détruits et recyclés dès l'instant qu'on n'en aura plus besoin."

Pour Franck Tison, ce partenariat n'est pas un coup de chance. C'est exactement ce pour quoi il a construit son triptyque : innover, prouver, transmettre.

Par César Rosenzweig

Auteur

Journaliste stagiaire chez AQUI.Media, je couvre les actualités économiques et les entreprises de Nouvelle-Aquitaine. Diplômé en commerce de l'ESG, je me forme au journalisme à l'EFJ Bordeaux. Mon ambition : devenir journaliste sportif.

Bordeaux