Tessalia au Barp : comment la Gironde est devenue un enjeu de souveraineté électronique européenne
Thales, Radiall et Foxconn ont posé la première pierre de Tessalia au Barp, en Gironde, le 1er juin 2026. Une usine de semi-conducteurs stratégiques, 800 emplois, 250 millions d'euros d'investissement : la Nouvelle-Aquitaine entre dans la course à la souveraineté électronique européenne.
Le 1er juin 2026, au Barp, à une vingtaine de kilomètres au sud de Bordeaux, trois dirigeants ont posé une première pierre. Un geste symbolique, mais le projet derrière est tout sauf anecdotique. Tessalia Technology SAS réunit Thales, Radiall et le géant taïwanais Foxconn autour d'une ambition claire : produire en Europe des composants semi-conducteurs stratégiques, et ne plus dépendre d'une chaîne d'approvisionnement mondiale aussi fragile que concentrée.
Le Barp, nouveau maillon de la souveraineté électronique européenne
Le site choisi n'est pas neutre. Le Barp accueille déjà le Laser MégaJoule, le CEA et la future implantation de GenF sur la fusion nucléaire. C'est sur ce même terrain, baptisé Laseris et propriété de la SEML Route des Lasers, que Tessalia posera ses machines. La région Nouvelle-Aquitaine revendique 20 000 emplois dans l'électronique. "En 2025, la Nouvelle-Aquitaine a été la première région française à créer des usines", a rappelé Alain Rousset, président du Conseil régional, lors de la cérémonie.
L'usine sera dédiée à l'assemblage et aux tests de Systems in Package, ou SiP : des composants qui regroupent plusieurs puces dans un seul boîtier, qu'on retrouve notamment dans les smartphones, les équipements de défense, le médical et le spatial. À pleine capacité, d'ici 2033, le site devrait produire plus de 50 millions de composants par an et employer 800 personnes. L'investissement initial est fixé à 250 millions d'euros, mais pourrait dépasser 450 millions selon les informations de Sud Ouest.
Foxconn transfère sa technologie, la France garde la main
Ce qui rend Tessalia singulier, c'est le modèle choisi. Foxconn, premier sous-traitant électronique mondial avec plus de 200 milliards d'euros de chiffre d'affaires et 900 000 salariés, ne vient pas simplement investir. Il transfère sa technologie sous licence et formera les équipes françaises pendant deux à trois ans avant de se retirer des opérations, tout en restant au capital. "Nous serons totalement autonomes pour des raisons de souveraineté", insiste Damien Jugie, directeur de la stratégie chez Thales et responsable du projet.
Pour Foxconn, l'intérêt est stratégique aussi. Dans un contexte de tensions entre la Chine et Taïwan, diversifier géographiquement sa production est une nécessité. L'Europe devient un filet de sécurité. Pour la France, c'est une opportunité de combler un angle mort industriel : le packaging avancé de semi-conducteurs, maillon critique de la chaîne, était jusqu'ici quasi absent du continent.
Un projet qui s'inscrit dans une dynamique régionale
L'annonce avait été faite par Emmanuel Macron lors du sommet Choose France 2025. En un an, la coentreprise a été constituée, le site retenu, et la première pierre posée lors du Choose France 2026. La production est attendue fin 2029.
Pour décrocher l'implantation, un collectif d'acteurs a travaillé en coulisses : Invest in Nouvelle-Aquitaine, Invest in Bordeaux, Business France. Le projet s'inscrit dans le cadre de l'EU Chips Act, le règlement européen adopté pour reconstruire une filière semi-conducteurs sur le continent. "La souveraineté, ce n'est pas tout avoir, ce n'est pas tout faire", résume Damien Jugie.
800 emplois, 250 millions d'euros minimum, un transfert de technologie depuis Taïwan. Au Barp, la Gironde devient, malgré elle, un terrain d'enjeux qui la dépassent largement.
Mots-clés :
Par César Rosenzweig
Auteur
Journaliste stagiaire chez AQUI.Media, je couvre les actualités économiques et les entreprises de Nouvelle-Aquitaine. Diplômé en commerce de l'ESG, je me forme au journalisme à l'EFJ Bordeaux. Mon ambition : devenir journaliste sportif.
Articles similaires
Tessalia au Barp : comment la Gironde est devenue un enjeu de souveraineté électronique européenne
Thales, Radiall et Foxconn ont posé la première pierre de Tessalia au Barp, en Gironde, le 1er juin ...

Une précurseure de l’influence food: le parcours d’Anne Lataillade
En 2005, Anne Lataillade crée Papilles et Pupilles pour ranger ses recettes et nourrir ses enfants a...
Inclusion LGBTQIA+ en entreprise : L'Autre Cercle mobilise les décideurs de Nouvelle-Aquitaine et de France
Le Baromètre LGBTQIA+ 2026 alerte : 1 salarié·e sur 3 victime de discrimination. L'Autre Cercle Nouv...
Monsieur Tshirt vise 26 millions d'euros en 2027 et mise sur l'international pour doubler de taille
Monsieur Tshirt précise sa trajectoire après le rachat de Cadeaux.com : l'international passera de 1...
Le groupe CF dépasse les 100 millions d'euros et mise sur l'IA et le conseil pour viser 150 millions en 2030
Le groupe bordelais CF franchit les 100 millions d'euros de chiffre d'affaires en 2025 et vise 150 m...
Loïc Pochet, le «marin volant» : de la Route du Rhum à l'hydravion
Skipper de haut niveau, pilote instructeur et concepteur d'hydravion, Loïc Pochet se définit comme u...