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Environnement

Incendies en Gironde : le choc, et après ?

Depuis le 22 juillet, l'incendie de Gironde a détruit 42 000 hectares et provoqué l'évacuation de 220 000 personnes, dépassant déjà le bilan de 2022. Témoignages, premiers chiffres économiques et chantiers de fond à ouvrir pour l'après.

Par Jacques FROISSANT
Publié il y a 27 juil.
4 min de lecture
Incendies en Gironde : le choc, et après ?
Incendies de Saumos Lège Cap-Ferret vus d'Arcachon par @Stéphane Scotto

Nous avions cru, en 2022, connaître l'exceptionnel avec les incendies de La Teste-de-Buch et de Landiras. Plus de 30 000 hectares brûlés, un été qui avait marqué durablement le massif des Landes de Gascogne. La situation actuelle démontre que l'exceptionnel ne l'est plus. Depuis le 22 juillet, le feu parti de Saumos a détruit 42 000 hectares, dépassant déjà le bilan de toute la saison 2022. Il est désormais qualifié d'incendie le plus dévastateur en France depuis plus de cinquante ans, la seule référence historique restant restant le Grand Feu de 1949, parti de Saucats et qui avait fait 82 morts sur 52 000 hectares

Le feu n'est, à cette heure, pas encore fixé. Deux cent vingt mille personnes ont été évacuées entre le Médoc, le Bassin d'Arcachon et l'agglomération bordelaise. L'A63 est coupée sur près de 70 kilomètres. Les liaisons ferroviaires vers Arcachon, Hendaye ou Mont-de-Marsan sont interrompues. Le gouvernement, et Thomas Cazenave le Président de Bordeaux Métropole a exclu pour l'instant une évacuation de Bordeaux, tout en appelant les Français à ne pas se rendre dans le département.

Ceux qui restent

Derrière les chiffres, il y a des habitants qui refusent de partir ou qui reviennent aider. Au Porge, commune où le maire évoque déjà 20 % d'habitations détruites et « un paysage catastrophique », des agriculteurs et des riverains armés de leur propre matériel épaulent des pompiers qui, eux, ne connaissent pas toujours le terrain. Un bénévole anonyme le résume simplement : les secours ne peuvent pas être partout. La Chambre d'agriculture de Gironde a dû organiser cette mobilisation spontanée pour éviter qu'elle ne devienne elle-même un danger.

Ce réflexe de solidarité locale, déjà observé en 2022, pose une question qui dépasse le seul épisode de cet été : jusqu'où peut-on compter sur l'engagement citoyen quand les moyens professionnels, aussi nombreux soient-ils (près de 2 500 pompiers mobilisés, un Airbus A400M de l'armée déployé en renfort), sont mis en échec par l'ampleur du sinistre ? Quatre-vingt-quatre sapeurs-pompiers ont déjà été blessés depuis le début de l'épisode.

Une facture qui s'annonce extrêmement lourde

Le maire de Bordeaux, Thomas Cazenave, a obtenu du ministre de l'Économie Roland Lescure l'ouverture d'une cellule de crise économique. Selon la CCI de Gironde, plusieurs milliers d'entreprises sont directement affectées par les évacuations et l'arrêt d'activité, un chiffre qui a doublé en quelques jours à mesure que le périmètre évacué s'élargissait. Patrick Seguin, président de la CCI, parle d'une situation inédite depuis le Covid. Le secteur touristique, en pleine saison estivale sur le Bassin d'Arcachon, concentre une part importante de l'inquiétude exprimée par les élus.

À l'échelle nationale, la Sécurité civile comptabilisait déjà, avant même la fin de cet épisode, plus de 25 000 hectares brûlés depuis janvier 2026, soit plus de 80 % du total de toute l'année 2022. La Gironde n'est pas un cas isolé, elle est le point le plus visible d'une tendance qui touche aussi les Pyrénées-Orientales, la Drôme ou l'Indre, département jusqu'ici peu concerné par les grands feux.

Reste à savoir ce que représentera, une fois le feu fixé, la facture réelle : destruction d'actifs forestiers, coût de la mobilisation exceptionnelle des moyens aériens et humains, indemnisations assurantielles, pertes d'exploitation pour les 15 000 entreprises évacuées ou ralenties. Aucun chiffre consolidé n'existe à ce stade, et c'est un vrai sujet : la temporalité de l'évaluation économique ne colle jamais à celle de l'urgence médiatique.

La forêt : un chantier qui reste ouvert depuis 2022

Un précédent devrait nourrir la réflexion plutôt que d'être oublié une fois les images spectaculaires retombées. Après les méga-feux de 2022, plusieurs communes de Gironde se sont retrouvées sinistrées. Des maires s'étaient mobilisés pour reboiser, avec des moyens jugés insuffisants, et une aide de l'État qui n'avait pas été intégralement versée. Trois ans plus tard, une partie de ce même massif brûle à nouveau, à une échelle bien supérieure. des voix s'étaient bien élevées pour proposer une réflexion, une Mission Forêt a été lancée par le Conseil départemental, mais pas de révolution derrière. Le pin maritime reste majoritaire sur le massif des Landes de Gascogne, et la diversification des essences est encouragée.

Cela ouvre plusieurs chantiers que cet article ne prétend pas trancher, et qui feront l'objet d'articles à suivre sur AQUI.media : la gestion forestière d'un massif largement composé de monoculture de pins maritimes, particulièrement inflammable ; le niveau réel de préparation des collectivités néo-aquitaines face à un risque incendie qui change d'échelle avec le réchauffement climatique ; le financement, cette fois durable, du reboisement et de la prévention plutôt que la seule réaction d'urgence ; et l'articulation entre solidarité citoyenne spontanée et doctrine opérationnelle des services de secours.

Le feu n'est pas encore fixé. Les questions, elles, sont déjà posées.

JA

Par Jacques FROISSANT

Directeur de la publication

Bordelais, œnologue, tout allait bien… jusqu’à ce que je dérape dans l’entrepreneuriat RH pour les startups. 😉 Auteur et chroniqueur (L’Express, FrenchWeb, France 3 NOA...), je suis aujourd’hui cofondateur et rédacteur en chef d’AQUI.Media

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