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Entreprises

Tehtris repris par Jolt Capital : le fonds qui a refusé de sauver la pépite girondine en devient le propriétaire

Tehtris, l'ex-pépite girondine de la cybersécurité en redressement judiciaire, a été reprise par Jolt Capital. Soit l'un de ses propres actionnaires, qui avait pourtant refusé de financer son sauvetage quelques mois plus tôt. Retour sur un dénouement qui interroge le rôle du capital-risque.

Par César Rosenzweig
Publié il y a 24 juin
3 min de lecture
Tehtris repris par Jolt Capital : le fonds qui a refusé de sauver la pépite girondine en devient le propriétaire
Reprise de Tehtris : quel avenir pour la cybersécurité souveraine française

L'histoire a quelque chose de troublant. Tehtris, l'ex-pépite girondine de la cybersécurité placée en redressement judiciaire au printemps, vient d'être reprise par le fonds Jolt Capital. Soit l'un de ses propres actionnaires, déjà présent à hauteur de 22 % au capital. Le même qui, quelques mois plus tôt, avait refusé de remettre la main au portefeuille pour éviter la procédure collective.

Tehtris, de la DGSE au redressement judiciaire à Bordeaux

Fondée en 2010 à Pessac par Elena Poincet et Laurent Oudot, deux anciens de la DGSE, Tehtris s'était imposée comme l'une des grandes réussites de la cybersécurité française. Sa plateforme XDR, conçue pour détecter et neutraliser automatiquement les cyberattaques, l'avait fait connaître bien au-delà de la Gironde. L'entreprise a levé 64 millions d'euros au total entre 2020 et 2022, et fut un temps présentée comme le bouclier souverain français face aux géants américains CrowdStrike et SentinelOne.

La chute a été rapide. Plombée par une dette importante, des ventes en deçà des attentes et une offre jugée peu lisible, l'entreprise a vu ses effectifs fondre. De 260 salariés, elle est descendue à environ 150 en 2025, après un plan de suppression de 43 postes. Le 29 avril 2026, elle a été placée en redressement judiciaire par le tribunal de commerce de Bordeaux.

Éviction d'Elena Poincet et sauvetage refusé : la chronologie qui dérange

Le déroulé des derniers mois mérite qu'on s'y arrête. Le 2 octobre 2025, sous la pression des actionnaires, la cofondatrice et PDG Elena Poincet est débarquée du jour au lendemain. Sa direction est confiée à un binôme mené par Richard Vacher Detournière, administrateur indépendant devenu président exécutif. Après cette éviction, Jolt Capital injecte encore 3 millions d'euros en compte courant pour éviter une rupture immédiate de trésorerie. Mais quand la Commission des chefs de services financiers de la Gironde refuse, en février 2026, d'accorder des délais sur les dettes fiscales et sociales, l'impasse est totale. Tikehau Ace Capital et Jolt Capital refusent alors de réinvestir. La procédure collective devient inévitable.

C'est là que le dossier devient inconfortable. Face au tribunal, deux candidats à la reprise : le groupe lyonnais Weesure, et Jolt Capital lui-même. Le fonds qui a participé à l'éviction de la fondatrice, accompagné la restructuration, puis refusé de financer le sauvetage, se positionne en repreneur. Dans une procédure collective, les actifs s'acquièrent à une fraction de leur valeur historique. C'est légal. C'est même rationnel pour un gestionnaire de fonds. Cela interroge néanmoins sur la conception que certains acteurs du capital-risque se font de leur rôle vis-à-vis des entreprises qu'ils financent.

Reprise de Tehtris : quel avenir pour la cybersécurité souveraine française

Jolt Capital connaît la maison : c'est lui qui avait piloté, en 2022, la levée de 44 millions d'euros censée propulser Tehtris à l'international. Le fonds met aujourd'hui en avant la continuité des activités, des produits et des engagements clients. Tehtris dit vouloir ouvrir une nouvelle phase, plus sereine, sur un marché où la cybersécurité devient un enjeu de souveraineté européenne. La feuille de route détaillée doit être précisée dans les prochaines semaines.

La reprise évite une rupture d'activité et préserve une partie des emplois. Mais le cas Tehtris laisse une question en suspens, qui dépasse largement la Gironde : l'Europe peut-elle vraiment bâtir des champions souverains de la cybersécurité avec des outils de financement qui, à la première difficulté, privilégient le repli plutôt que le soutien ?

Par César Rosenzweig

Auteur

Journaliste stagiaire chez AQUI.Media, je couvre les actualités économiques et les entreprises de Nouvelle-Aquitaine. Diplômé en commerce de l'ESG, je me forme au journalisme à l'EFJ Bordeaux. Mon ambition : devenir journaliste sportif.

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