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Forêt usagère de La Teste-de-Buch : la vigilance rouge incendies redonne des arguments aux propriétaires

La Gironde en vigilance rouge, un incendie à Saumos qui mobilise des renforts nationaux : l'ASL de la Forêt Usagère de La Teste-de-Buch en profite pour rappeler le rôle des propriétaires. Un discours qui sert aussi, depuis 2024, un dossier bloqué par l'État, la reconstruction des cabanes.

Par Jacques FROISSANT
Publié il y a 27 juil.
4 min de lecture
Forêt usagère de La Teste-de-Buch : la vigilance rouge incendies redonne des arguments aux propriétaires
Forêt usagère de La Teste-de-Buch 4 ans après les incendies @Aqui.media

Depuis mardi 21 juillet, la Gironde est en vigilance rouge feux de forêt, le niveau maximal du dispositif préfectoral. Depuis le 22 juillet, un incendie d'une ampleur considérable parti de Saumos mobilise des sapeurs-pompiers venus de toute la France et a déclenché l'évacuation de plusieurs communes. Le massif testerin regarde cette actualité avec une inquiétude particulière : l'incendie de juillet 2022 avait ravagé 5 800 hectares sur la commune de La Teste-de-Buch selon le bilan de l'ONF, dont environ 3 000 hectares au sein de la seule forêt usagère privée, soit les trois quarts de sa superficie.

C'est dans ce climat que l'Association Syndicale Libre (ASL) de la Forêt Usagère de La Teste-de-Buch, qui fédère les propriétaires de près de 1 750 hectares du massif, a publié un communiqué rappelant leur rôle dans la prévention des incendies : sensibilisation des promeneurs, remontée d'alertes vers la DFCI, désensablement de véhicules, orientation des personnes en cas de danger. Un texte qui, pris seul, pourrait ressembler à une opération de relations publiques bien huilée, sauf qu'il ne sort pas de nulle part.

Le rôle des propriétaires de forêts dans la préservation et la surveillance

Ce discours du propriétaire sentinelle n'est pas nouveau. On le trouve déjà dans une communication de l'ASL-FU adressée à ses adhérents en février 2024 ou dans cet article Aqui sur les enjeux de la Forêt Usagère : les cabanes y sont déjà présentées comme des « outils essentiels de gestion » qui « contribuent à un réseau efficace de surveillance du massif face au risque incendie ». Cette formule rappelait l'importance d'obtenir l'autorisation de reconstruire les cabanes détruites par l'incendie de 2022, un dossier bloqué depuis par l'État.

Le blocage est net. En septembre 2024, le préfet de la Gironde de l'époque, Étienne Guyot, écrivait au maire de La Teste-de-Buch, que la reconstruction des cabanes posait un problème de « sécurité publique » et devait être « proscrite », retoquant au passage plusieurs permis de construire déjà signés par la mairie. Sur la centaine de cabanes du massif, près de la moitié avait brûlé en 2022. Selon un compte-rendu d'assemblée générale de l'Association de Défense des Droits d'Usage et de la Forêt Usagère (ADDUFU, association distincte de l'ASL, qui représente les usagers), le préfet maintenait toujours sa position en 2025. Le communiqué de l'ASL sort donc dans un dossier ouvert depuis quatre ans et toujours perdu, pour l'instant, par les propriétaires.

Les incendies actuels changent le rapport de force

Sur le fond, l'argument des propriétaires tient. Une forêt de 1 750 hectares ne se surveille pas depuis un centre opérationnel. La DFCI le dit elle-même sur son propre site : neuf départs de feu sur dix sont d'origine humaine, ce qui signifie que la détection précoce dépend d'yeux sur le terrain, en continu, pas seulement de moyens aériens ou de caméras. Des propriétaires présents régulièrement, qui connaissent leur parcelle et ses accès, ajoutent mécaniquement de la capacité d'observation à un dispositif institutionnel qui ne peut pas être partout à la fois.

La logique de la préfecture de 2024, qui traitait les cabanes comme un risque de sécurité publique et rien d'autre, ignorait cette dimension. Les événements de ces derniers jours, un massif entier de Gironde évacué en urgence pendant qu'un dispositif de pompiers déjà considérable est mobilisé sur un seul front, donnent du poids à l'idée qu'aucune présence de terrain n'est superflue.

Cela ne veut pas dire que le dossier des cabanes se résume à une question de vigilance incendie. La forêt usagère de La Teste-de-Buch porte aussi des enjeux patrimoniaux, Natura 2000, un projet du Conservatoire du littoral, et des discussions anciennes entre propriétaires et usagers (aujourd'hui plus apaisées qu'à une époque récente) sur l'accès au massif, et une question sur qui décide de son avenir. Réduire ce dossier à l'argument sécuritaire, comme le préfet de 2024, revient à escamoter l'autre moitié du problème.

Le dossier de la reconstruction des cabanes est un sujet épineux. Le sujet de la surveillance du massif est essentiel. Un préfet qui devra un jour se prononcer à nouveau sur ces permis de construire retoqués aura plus de mal à balayer d'un revers de main l'argument de la présence humaine sur le terrain.


Sources primaires consultées : communiqué ASL Forêt Usagère de La Teste-de-Buch (juillet 2026) ; préfecture de la Gironde, communiqués de presse des 20, 21 et 25 juillet 2026 ; ville de La Teste-de-Buch, page vigilance feux de forêt ; ONF, bilan de l'incendie de La Teste-de-Buch (mars 2025) ; France Bleu/ici Gironde, 9 septembre 2024 ; ADDUFU, compte-rendu d'assemblée générale 2025 ; France 3 Nouvelle-Aquitaine, 13 mars 2026.

JA

Par Jacques FROISSANT

Directeur de la publication

Bordelais, œnologue, tout allait bien… jusqu’à ce que je dérape dans l’entrepreneuriat RH pour les startups. 😉 Auteur et chroniqueur (L’Express, FrenchWeb, France 3 NOA...), je suis aujourd’hui cofondateur et rédacteur en chef d’AQUI.Media

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