Quel avenir pour la forêt des Landes ? Un grand dossier Aqui
Depuis les feux de Saumos et Biscarrosse, le débat sur la monoculture de pin ressurgit. AQUI lance un dossier en six volets pour démêler les cinq vraies questions que ces incendies posent: science, économie, propriété, financiarisation, prévention.

Depuis le 22 juillet, plus de 42 000 hectares sont partis en fumée dans le massif des Landes. Parti de Saumos le gigantesque incendie n'est pas un accident isolé. Celui de Biscarosse, démarré le même jour, a heureusement été plus vite maitrisé mais laisse nombre de maisons et d'entreprises incendiées. C'est la troisième alerte majeure en quatre ans pour la forêt des Landes de Gascogne, après les incendies de 2022 qui avaient déjà ravagé des dizaines de milliers d'hectares en Gironde (La Teste de Buch, Landiras 1, Landiras 2).
À chaque fois, le même débat resurgit: la monoculture de pin maritime est-elle responsable, faut-il diversifier, peut-on encore rentabiliser autre chose sur ce sol sableux. Comme d'habitude, on a vu multitude "d'experts en forêts" sortir sur les réseaux, parfois repris dans la presse, avec des solutions aussi radicales qu'irréalistes : planter de la vigne (alors qu'on l'arrache à l'autre bout du département), planter des arbres fruitiers (dans le sable ??), remettre les marécages (et mettre au chômage des milliers de sylviculteurs ?)... La liste est longue, tout cela en occultant que le changement climatique, en asséchant les sols et en allongeant la saison à risque, transforme des feux autrefois maîtrisables en catastrophes hors de contrôle.
Chez AQUI, nous avons cherché les études les plus récentes, et avons interrogé des spécialistes, des propriétaires, des intervenants divers et variés pour essayer de vous donner une vue exhaustive et non partisane du sujet.
Avenir de la forêt des Landes : les grandes questions à se poser
Le problème, c'est que ce débat tourne en rond depuis 2022 parce qu'il mélange plusieurs questions différentes qui n'ont pas la même réponse :
- l'aspect scientifique : que disent réellement les chercheurs de l'Inrae et du CNPF sur la diversification des essences, au-delà des postures militantes ou défensives.
- l'économie de la forêt : cette forêt fait vivre une filière de plusieurs dizaines de milliers d'emplois en Nouvelle-Aquitaine, du sciage à la papeterie, et aucune alternative crédible au pin maritime n'existe aujourd'hui à cette échelle industrielle.
- la question de propriété, souvent ignorée : la forêt est privée à 90%, morcelée entre des milliers de propriétaires, ce qui rend toute réorientation rapide de la sylviculture beaucoup plus compliquée qu'un arrêté ministériel.
- la financiarisation : les groupements forestiers d'investissement et leurs avantages fiscaux changent la nature de certains propriétaires, qui gèrent leur parcelle comme un placement plutôt que comme un écosystème. Encore marginal, ce mouvement pourrait s'accélérer dans les années qui viennent.
- la prévention et la lutte contre les incendies, trop souvent réduite à un débat budgétaire sur les Canadair alors qu'elle recouvre aussi le financement des pistes DFCI, l'entretien et l'agrandissement des pare-feux et la question, moins commode, de qui paie réellement la facture quand le feu passe.
Notre grand dossier AQUI
Ce dossier ne tranchera pas ces cinq questions en un seul article, et se méfiera de quiconque prétend le faire. On a choisi de les traiter une par une, avec des sources vérifiées plutôt que des postures.
Le massif dont il est question ici s'étend sur près d'un million d'hectares, à cheval sur la Gironde, les Landes et une frange du Lot-et-Garonne. C'est un point de précision important. On parle souvent des "Landes" comme si le sujet ne concernait que le département du même nom, alors que la Gironde en porte une part tout aussi importante, comme l'ont rappelé les incendies de 2022 et de cet été.
Six articles composent ce dossier sur la forêt :
- Article 1 : Comment Napoléon III a fabriqué une forêt industrielle ? : Cet article revient sur la genèse du massif, la loi de 1857 et le projet personnel de Napoléon III à Solférino, pour comprendre que cette forêt n'a jamais été un accident écologique mais un choix industriel assumé dès l'origine.
- Article 2 : Qui possède vraiment la forêt des Landes ? : Cet article détaille la concentration de la propriété forestière, la financiarisation via les groupements forestiers d'investissement, et pourquoi La Teste-de-Buch et Landiras n'ont pas été reconstruites de la même façon après 2022.
- Article 3 : Incendies dans les Landes : la sécheresse, pas le pin maritime : Cet article confronte le procès fait à la monoculture de pin aux données scientifiques disponibles, entre nématode confirmé, âge des peuplements et contrainte de sol.
- Article 4 : 60 000 emplois vivent du pin maritime dans les Landes de Gascogne : Cet article mesure le poids économique réel de la filière bois-papier, entre capital devenu mondial à Biganos et ancrage local à Mimizan, et explique pourquoi aucune alternative crédible n'existe à cette échelle.
- Article 5 : Prévention incendie dans les Landes : DFCI, Canadair, ce qui marche et ce qui manque : Cet article fait le point sur le financement et les angles morts de la prévention incendie, avec le témoignage de Bruno Lafon, président de la DFCI Nouvelle-Aquitaine.
- Le dernier article abordera le rapport que les nouveaux habitants du territoire entretiennent avec une forêt qu'ils perçoivent de moins en moins comme une usine.
Mots-clés :
Par Jacques FROISSANT
Directeur de la publication
Bordelais, œnologue, tout allait bien… jusqu’à ce que je dérape dans l’entrepreneuriat RH pour les startups. 😉 Auteur et chroniqueur (L’Express, FrenchWeb, France 3 NOA...), je suis aujourd’hui cofondateur et rédacteur en chef d’AQUI.Media
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