La légendaire équipe des Barbarians français devient bordelaise : à quand un duel avec l'UBB ?
Si les Barbarians sont désormais bordelais, à quand un duel face à l'UBB ? L'idée fait sourire. Elle fait aussi rêver. Sur le papier, l'affiche est inédite. Dans les faits, elle est presque évidente.
Au 9 rue André Darbon, à deux pas du Grand Théâtre, une équipe d'entrepreneurs prépare depuis plusieurs mois ce qui ressemble à un événement. Source Private Assets, maison de gestion bordelaise indépendante, vient de signer la reprise de la marque la plus mythique du rugby français : les Barbarians. Le club fondé en 1979 par Jean-Pierre Rives et ses partenaires du Grand Chelem 1977 entre dans une nouvelle ère. Et cette ère sera bordelaise.
La relance d'une légende
Le deal n'a pas encore fait la une des journaux mais il en a tous les ingrédients. D'un côté, une légende vivante : depuis quarante-six ans, le maillot cerclé bleu ciel, bleu marine et bleu de France n'a cessé d'incarner ce que le rugby a de plus pur, l'esprit d'invitation, le panache, le refus du résultat à tout prix. De l'autre, la verticale Sport6, premier programme d'investissement français entièrement dédié au sport et classé Article 9 SFDR, qui place la marque Barbarians au cœur de sa stratégie.
L'opération est portée par une holding d'investissement réunissant plusieurs Family Offices, dans une logique fortement majoritaire et structurante. L'objectif n'est pas de vendre la légende au plus offrant, mais de lui donner les moyens de continuer à exister, de se développer, de rayonner. L'association historique conserve l'entière responsabilité de la gouvernance sportive et la garde des valeurs. Sport6 apporte le capital, l'expertise, le réseau. Le partage des rôles, contractualisé, est sans ambiguïté : on ne refait pas les Barbarians, on les outille.
L'anti chambre de l'équipe de France
Bordeaux a toujours su accueillir les Baa-Baas. C'est à Chaban-Delmas qu'en novembre 2016, un certain Antoine Dupont, alors invisible des projecteurs nationaux, prit sa première grande relance internationale face aux Wallabies XV. Quatre mois plus tard, il portait pour la première fois le maillot du XV de France. Un an après, en novembre 2017, c'est au même endroit que Romain Ntamack faisait ses premiers pas d'envergure face aux Māori All Blacks. La capitale girondine est le théâtre naturel des révélations Barbarians. Que la marque y trouve désormais ses racines économiques n'a rien d'un hasard.
Ce sont plus de 350 joueurs de légende qui ont porté ce maillot bleu clair, il s'agit désormais de les fédérer dans un nouveau projet
De la vision à l'exécution
Sur le papier, le programme est ambitieux. Le partenariat doit relancer l'équipe à XV en coopération avec la Fédération française de rugby, dont le siège accueille déjà le Barbarian Rugby Club à Marcoussis depuis 2019. Il consolide le rôle de référence des Barbarians français en rugby à sept, eux qui ont gagné trois fois l'étape finale du Supersevens depuis 2021. Il structure le développement des Barbarianes, l'équipe féminine née en 2021, à un moment où le rugby au féminin connaît une dynamique sans précédent. Il déploie surtout une véritable plateforme événementielle : matchs d'exhibition annuels, conférences sur le leadership et la transmission, tournoi de golf caritatif, expériences immersives premium pour les amoureux du jeu.
L'évidence d'un derby local ?
Mais c'est une autre question qui agite déjà les amateurs de la ville. Si les Barbarians sont désormais bordelais, à quand un duel face à l'Union Bordeaux Bègles ? L'idée fait sourire. Elle fait aussi rêver. D'un côté, le club du moment, finaliste du Top 14 et habitué à recevoir les meilleures équipes européennes. De l'autre, une sélection sur invitation qui peut, le temps d'un match, aligner ce que le rugby français a de plus talentueux à tous les postes. Sur le papier, l'affiche est inédite. Dans les faits, elle est presque évidente.
Personne, à ce stade, n'a confirmé qu'un tel rendez-vous se prépare. L'idée, pourtant, flotte dans l'air. Bordeaux est devenue une ville rugbystique qui compte. Sa direction sportive, son public, sa capacité à remplir Chaban-Delmas comme à mobiliser le Matmut Atlantique pour les grandes occasions en font une scène taillée pour ce genre d'événement. Du côté du Barbarian Rugby Club, l'idée de jouer à domicile, dans la ville qui héberge sa nouvelle maison économique, face à l'un des clubs les plus en forme du moment, aurait un parfum d'évidence narrative. À l'UBB de répondre.
Un partenariat naturel
Au-delà du clin d'œil, ce que cette acquisition raconte est plus profond. Le rugby français change. Il professionnalise ses circuits financiers, organise ses canaux d'investissement, ouvre ses structures à des modèles qui appartenaient jusque-là à l'écosystème de la tech ou de la santé. Source Private Assets, créé en 2022 par Guillaume-Olivier Doré et ses associés, gère deux cents millions d'euros d'actifs et a fait du sport sa troisième verticale, après la santé et la tech. Sport6 ambitionne de lever cent millions d'euros et s'appuie sur six Operating Partners aguerris au sport, à l'événementiel et à l'industrie. Le fonds est en cours de lancement. Le deal Barbarians en est l'investissement fondateur.
Ce qui rend l'opération particulièrement réussie tient à un alignement culturel rare. L'esprit Barbarians, c'est l'invitation, l'ouverture, la mixité, le refus de la performance comme finalité. L'ADN Sport6, c'est l'impact, l'inclusion, la transmission, mesurés par le Centre de Droit et d'Économie du Sport, tiers indépendant qui pilote l'évaluation d'impact des participations du fonds. Les deux univers parlent la même langue. Jean-François Puech, ancien Directeur général d'Ovale Citoyen et de la Fondation pour le sport inclusif, fondateur de la verticale Sport6, incarne ce pont naturel entre les deux mondes.
À Bordeaux, on aime le rugby qui se joue beau. On aime aussi les marques qui durent. Les Barbarians français viennent de poser leurs valises sur les bords de Garonne. La ville accueille, depuis longtemps, ce qu'il y a de meilleur dans ce sport. Elle accueille désormais aussi sa légende vivante.
Reste à organiser le match.
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Par Jacques FROISSANT
Directeur de la publication
Bordelais, œnologue, tout allait bien… jusqu’à ce que je dérape dans l’entrepreneuriat RH pour les startups. 😉 Auteur et chroniqueur (L’Express, FrenchWeb, France 3 NOA...), je suis aujourd’hui cofondateur et rédacteur en chef d’AQUI.Media
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