Crise viticole bordelaise : tonneliers, verriers et logisticiens dans la tourmente
erriers, tonneliers, transporteurs : la crise viticole bordelaise frappe bien au-delà des vignes. Fours à l'arrêt, chiffres d'affaires en chute, faillite H&A : l'onde de choc systémique en Gironde n'a pas fini de se propager.
Depuis trois ans, la crise viticole bordelaise est racontée à travers les vignerons : trésoreries à sec, arrachages subventionnés, dépôts de bilan. Entre 2019 et 2023, le nombre de salariés viticoles en Gironde a chuté de 15 %, passant de plus de 50 000 à 42 639. Mais derrière ces chiffres, il y a une autre réalité, moins visible et tout aussi dure : celle des artisans, industriels et prestataires qui ont bâti leur activité sur la santé du vignoble. Eux n'ont ni prime à l'arrachage ni plan de soutien. Le vignoble bordelais enregistre déjà +350 % de procédures collectives en trois ans : la crise a largement débordé des seules exploitations viticoles.
Verriers, tonneliers, transporteurs : personne n'est épargné
Verriers, bouchonniers, imprimeurs, tonneliers, transporteurs : ils ne font pas de vin, mais ils en vivent. À Vayres, en Gironde, O-I Glass a suspendu son deuxième four entre mars et septembre 2026, après l'arrêt du premier fin 2025. L'usine, seule verrerie de Gironde, produit normalement plus de 400 millions de bouteilles par an. Le groupe américain avait pourtant investi 50 millions d'euros sur ce site en 2023. À Cognac, Verallia a elle aussi stoppé l'un de ses fours et supprimé 66 postes.
Du côté des tonneliers, les chiffres de la Fédération des Tonneliers de France sont sans appel : sur la saison 2024-2025, les ventes de fûts ont baissé de 20 % en France et le chiffre d'affaires du secteur a reculé de 9,5 %. "Sur les deux ou trois dernières années, on enregistre une baisse des commandes de barriques de l'ordre de 35 à 40 % dans le Bordelais", témoigne François Witasse, président du Syndicat des maîtres tonneliers du Sud-Ouest et PDG de Demptos à Saint-Caprais-de-Bordeaux. Sa tonnellerie, forte de 200 ans d'existence, a vu son chiffre d'affaires passer de 24,9 millions d'euros en 2024 à 20,5 millions en 2025. "On a passé des crises, quelques guerres mondiales", dit-il.
H&A Location : la chute qui fait tout basculer
Dans ce contexte, la liquidation judiciaire de H&A Location a agi comme un révélateur. Le premier loueur mondial de barriques de vin, un million de fûts en gestion et 2 000 clients, a été placé en liquidation le 1er avril 2026 par le tribunal de commerce de Bordeaux. Les impayés chez les tonneliers seuls atteignent environ 10 millions d'euros : 43,4 millions de dettes, 2,7 millions d'actif, aucun repreneur. Les créanciers ont jusqu'au 10 juin 2026 pour déclarer leurs créances. Passé cette date, elles sont perdues.
Une reconversion qui ne se fait pas en une saison
Le problème de fond est simple. On ne change pas de métier aussi vite qu'on arrache des vignes. Nicolas Tiquet-Lavandier, vice-président de la Fédération des tonneliers de France, le dit clairement : "Les plus anciens disent que tous les dix ans il y a une crise. Là, peut-être qu'elles tendent à se rapprocher." Un tonnelier, un imprimeur d'étiquettes, un transporteur spécialisé ne pivote pas en quelques mois. La Gironde s'est construite autour de la vigne quand le vin se vendait bien. C'est cette même dépendance qui fragilise aujourd'hui tout le monde autour d'elle.
Par César Rosenzweig
Auteur
Journaliste stagiaire chez AQUI.Media, je couvre les actualités économiques et les entreprises de Nouvelle-Aquitaine. Diplômé en commerce de l'ESG, je me forme au journalisme à l'EFJ Bordeaux. Mon ambition : devenir journaliste sportif.
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