Affaire Foulon / Baude : les révélations de l'auteur de la vidéo choc (Partie 2)
Communiqués mensongers, silence des maires du Bassin, lien supposé au MIL, affaires immobilières du clan Foulon : dans cette seconde partie, Stéphane Scotto pousse l'analyse plus loin et parle des conséquences qu'il subit depuis qu'il a tout filmé.

Après nous avoir révélé en détails le déroulement de la journée du dimanche 15 mars de l'affaire Foulon / Baude, le photographe et réalisateur Stéphane Scotto nous décrit la suite des évènements et nous livre son analyse personnelle de ce qui se trame en arrière-plan de cette affaire. Une plongée au cœur d'un microcosme qu'il observe depuis plus de vingt ans.
Aqui.media : Comment avez-vous réagi à la publication du premier communiqué de presse du maire d'Arcachon ?
Stéphane Scotto : Tout d'abord, ce qui m'a choqué c'est qu'il ne fasse aucune excuse à Vital Baude. Il s'est seulement excusé auprès de « tous ceux qu'il a pu heurter ou blesser », autrement dit il s'est excusé auprès de ses électeurs. Mais surtout, je n'en revenais pas qu'il puisse mentir à ce point ! Intituler son communiqué « un coup monté », puis affirmer avoir été pris à partie par Vital Baude « dans un échange tendu qui ne figure pas sur la vidéo », il fallait oser ! Franchement je ne m'y attendais pas. Plus c'est gros, plus ça passe.
La directrice de campagne de Vital, elle, n'était pas du tout surprise. Dans les heures qui ont suivi la diffusion de la vidéo, elle avait constaté que parmi les commentaires sur les réseaux sociaux, un certain nombre de personnes criaient déjà au complot. Il suffisait donc à Yves Foulon de leur servir une version qui leur correspondait pour cimenter son socle de soutiens. Sa stratégie de défense est claire : il se positionne en victime et utilise avec aplomb l'inversion de la charge. Cela suffit pour créer le doute chez pas mal de gens. Je m'en rends compte chaque jour au travers des commentaires sur les réseaux sociaux et des gens que je croise.
En renforcement de cette stratégie manipulatoire, Yves Foulon bénéficie d'un atout majeur : la détestation des « écolos » de la part de beaucoup d'habitants du Bassin. D'ailleurs, pendant la campagne électorale, tous les membres de la liste d'Yves Foulon avaient publié sur leurs réseaux sociaux un texte décrivant Vital Baude comme « le représentant de la gauche, du PS à LFI », alors que sa liste citoyenne était composée de personnes venant de différents horizons politiques, et que je peux affirmer que Vital n'a rien d'un militant LFI. Quant à moi, je ne suis même pas de gauche !
Aqui.media : C'est comme ça que vous expliquez l'absence de condamnations de la part des autres maires du Bassin après la diffusion de la vidéo ?
Stéphane Scotto : Effectivement, seule la maire du Teich, Karine Desmoulin, et la députée Sophie Panonacle, ont publié un communiqué pour condamner l'agression et apporter leur soutien à Vital. Tous les autres sans exception ont brillé par leur silence, y compris la maire socialiste d'Audenge. Du côté des candidats, les seuls à avoir communiqué publiquement pour dénoncer cette agression ont été Jean-Yves Carof, candidat à La Teste, et deux des candidats à Gujan : Cédric François et Jacques Chauvet. Pour moi qui observe la vie politique sur le Bassin depuis vingt ans, cette absence de réaction des maires est caractéristique de ce qui se passe ici.
Aqui.media : C'est-à-dire ?
Stéphane Scotto : Je veux parler de l'entre-soi. Je l'ai toujours pensé : le Bassin est « Chabrolien » ! Nous avons des élus qui pour la plupart font partie des notables du coin. Ils ont beau parfois se détester, ils se soutiennent mutuellement quand leurs intérêts communs sont mis en jeu. On l'a vu lors de la crise du SIBA après la contamination des huîtres. Ils étaient tous en soutien à leur président Yves Foulon alors mis en cause. D'ailleurs, trois semaines après la vidéo de l'agression, ils ont été très peu nombreux à ne pas voter pour son élection en tant que vice-président, et idem à la COBAS. Qu'est-ce qui les empêchait de le faire, sachant que c'est à bulletin secret ?
Donc dans cette affaire en particulier, je pense que certains ont adopté une stratégie de prudence pour ne pas heurter le maire d'Arcachon. D'autres ont peut-être sacrifié leurs valeurs au profit d'un calcul politique en considérant que leurs électeurs étaient profondément ancrés à droite et qu'ils n'apprécieraient pas que l'on soutienne un élu « écolo ». C'est moche.
Aqui.media : Dans son communiqué de presse, le maire d'Arcachon fait part de ses suspicions dues au fait que Vital Baude portait un micro « dissimulé » et une « caméra cachée ». Qu'avez-vous à répondre là-dessus ?
Stéphane Scotto : Je vous ai déjà répondu en vous donnant tous les détails du tournage. Il n'y avait rien d'anormal à ce que Vital porte un micro puisque c'est comme ça qu'on tourne la plupart des documentaires. Et encore une fois, ma caméra n'était pas « cachée », c'est n'importe quoi ! Il y a même une dame qui passe devant le maire et qui me regarde longuement au tout début. Si elle me voit, alors le maire pouvait me voir aussi. Dès lors que le maire insulte et menace Vital Baude, il est normal que je ne m'expose plus, c'est un réflexe journalistique. Il faut vraiment que les gens comprennent que nous n'avons jamais croisé Yves Foulon pendant la campagne et que nous étions loin de penser un instant qu'on le croiserait ce jour-là.
Et puis, comment peut-il prétendre avoir été « pris à partie dans un échange tendu qui ne figure pas sur la vidéo » alors que dès les premières secondes de la rencontre, Yves Foulon dit à Vital : « Tiens, ça ça m'amuse justement » tout en se frottant les mains. En fait il a l'air très content de le croiser, certainement pour pouvoir lui « mettre une branlée derrière les poubelles »... On voit bien que ses arguments ne résistent pas aux preuves. L'analyse de la vidéo, seconde par seconde, raconte beaucoup plus de choses qu'un simple pétage de plombs.
Aqui.media : Justement, qu'avez-vous fait des rushes ?
Stéphane Scotto : Dès la publication du communiqué de presse du maire, je suis allé spontanément remettre la carte mémoire contenant tous les rushes de la journée à la justice et ils ont été mis sous scellés devant moi. C'est une carte mémoire professionnelle qui vaut assez cher et je ne sais même pas si je pourrai la récupérer un jour. J'en ai fait une copie intégrale, mais elle n'a pas été modifiée. Rien n'a été retiré ou rajouté. N'importe quel expert dans ce domaine pourra confirmer que ce sont des preuves techniquement irréfutables. Par ce communiqué de presse, Yves Foulon a sans doute fait perdre du temps aux enquêteurs qui ont certainement d'autres affaires prioritaires à gérer. Maintenant que l'enquête judiciaire est bouclée, et que la date d'audience est fixée, j'espère que le jugement permettra de lever officiellement le doute sur ses accusations mensongères.
Mais ce que je trouve vraiment grave, c'est que dans l'opinion publique, la question du soidisant coup monté a pris le dessus sur l'agression elle-même. Les gens ne sont plus à commenter les actes, mais à se demander si c'était un piège tendu. Je dois reconnaître que cette stratégie de défense a bien fonctionné pour maintenir son socle de soutiens et galvaniser ses troupes.
Aqui.media : Que pensez-vous de la réaction de Bruno Retailleau, président des LR, qui a évoqué la divulgation de la Villa Salesse comme un « contexte » pouvant expliquer la réaction d'Yves Foulon ?
Stéphane Scotto : Alors là, c'était le pompon ! Dans sa première déclaration, il a condamné les propos d'Yves Foulon et a exigé qu'il fasse des excuses. Comme si c'était un vilain petit canard qui s'était fait prendre les mains dans le pot de confiture et qui devait s'excuser auprès de sa mamie. Et effectivement, Yves Foulon n'a jamais fait la moindre excuse à Vital Baude, ni en privé, ni en public, mais par contre il s'est excusé auprès de ses administrés.
Puis, au cours d'une émission sur France Inter, Retailleau en a remis une couche en contextualisant l'agression au motif que « son opposant avait dévoilé sa villa personnelle »... Or, c'est factuel, à aucun moment pendant la campagne, Vital Baude ou des membres de son équipe, n'ont mentionné Yves Foulon comme étant le propriétaire de la Villa Salesse. Ce qui a été critiqué, c'est l'autorisation de destruction autorisée par la mairie d'une villa patrimoniale. Le fait qu'Yves Foulon et son demi-frère en soient devenus les propriétaires n'était un secret pour personne. Leurs noms sont indiqués sur les permis de construire affichés sur le trottoir, depuis 2021, et les différents recours de l'ASSA ont été médiatisés.
En réalité, le président des LR, qui est déjà en campagne pour les présidentielles, officialise publiquement que dans son parti, il est donc toléré d'agresser et de menacer un autre élu et sa famille. Pourtant, j'ai le souvenir d'une exclusion à vie de ce même parti de l'Arcachonaise Anny Bey, au motif qu'elle avait refusé de soutenir Yves Foulon aux élections législatives de 2012. À l'époque elle luttait contre un cancer et elle était en pleine chimio, mais cela n'avait pas empêché tous les cadres régionaux de l'UMP de se réunir à Bordeaux pour décider de la sentence, pour le moins radicale. Je note que les sanctions sont à géométrie variable dans le parti du maire d'Arcachon.
Mais tout cela est cohérent finalement. N'oublions pas que sur les 27 élus de sa liste, aucun ne l'a désavoué. Ils partagent tous sur leurs réseaux sociaux les communiqués de presse mensongers du maire sur ce sujet. Pourtant il y en a parmi eux que je connais depuis longtemps et j'ai le souvenir de tout le mal qu'ils me disaient d'Yves Foulon il y a quelques années... mais ça c'était avant de rejoindre sa liste. En Arcachonie, il n'y a pas que les mouettes qui planent au-dessus des belles plages de sable fin, l'hypocrisie aussi.
Aqui.media : La particularité de cette affaire, c'est que vous êtes l'auteur de la vidéo mais que vous êtes aussi très ancré sur le Sud Bassin. Vous êtes photographe, vous avez une galerie, et vous êtes également le président d'une association de défense de l'environnement. Comment vivez-vous au quotidien depuis cette affaire ?
Stéphane Scotto : Oui c'est vrai. Si c'était un documentaire tourné par un réalisateur parisien ou bordelais, il serait reparti, serait passé à autre chose, et observerait ça de loin. Mais du fait de mes différentes activités, je suis très au courant de tout ce qui se passe sur le Bassin. De ce fait, je suis également très exposé, y compris dans ma vie sociale. J'ai immédiatement ressenti des comportements très décevants de la part de personnes avec qui je m'entendais bien mais qui m'ont tourné le dos. J'ai découvert jour après jour le soutien que certains exprimaient au maire sur les réseaux sociaux. Et il y en a auxquels je ne m'attendais vraiment pas. Des personnes qui comptaient beaucoup pour moi, depuis très longtemps. C'est quelque chose qui m'affecte, je ne m'en cache pas. Heureusement, Vital et moi recevons de nombreuses marques de soutien, parfois même vraiment inattendues. Cela compte beaucoup.
Sur le plan professionnel, cela me met dans une situation compliquée. Par exemple, quelques semaines après le scandale, comme chaque année, je suis allé faire un tour au Salon Nautique d'Arcachon. J'ai bien vu que certains exposants ne voulaient même plus me dire bonjour. On dirait qu'ils ont peur. Mais peur de quoi ? Peut-être de perdre leurs avantages sur le Port ? Certains ont des entreprises importantes, avec des salariés. Ils ne peuvent pas prendre de risque. Quelque part je les comprends. Mais ce n'est pas facile à encaisser.
D'ailleurs, à titre d'exemple, deux semaines après l'incident, au moment de prendre rendezvous pour installer quelques-unes de mes œuvres dans un lieu connu du Bassin, le responsable de cet établissement m'a fait part de son embarras. J'ai fait jouer qu'on avait signé un accord depuis un mois et que j'avais commandé des tirages spécifiquement pour cette exposition. Nous verrons s'il subit des représailles, mais je trouve dingue que les gens se mettent directement cette pression et anticipent à ce point. Cela en dit long sur le climat qui règne sur ce territoire. Une forme d'asservissement semble s'être normalisée. C'est très inquiétant.
Il y a aussi des regards assez sombres que je croise dans mon quotidien. Le jour du second tour, à Gujan-Mestras, j'ai été violemment insulté par un inconnu très menaçant en pleine rue et devant des témoins. Il m'a traité de « petite pute et d'ordure » parce que j'avais selon lui « filmé Foulon en cachette » et que... j'aurais pu « faire ça à ses gosses ». Ma plainte a été instruite mais classée sans suite.
Sur les réseaux sociaux, il y a aussi des réactions similaires. Il y a quelques jours, quelqu'un a mis un commentaire sur ma page pro : « tu mérites un coup de poing dans la gueule ! ». Un autre m'a traité de nazi en faisant allusion à mes initiales dans les commentaires d'un article de Sud Ouest. La semaine dernière, un individu s'est introduit dans mon jardin à 8h00 du matin et est venu toquer à ma porte. Il voulait me parler et a prétendu avoir été envoyé par « le Saint-Esprit ». Il a pris la fuite mais je l'ai identifié, il vit à La Teste. Nous verrons si la gendarmerie fera un minimum de vérifications concernant ses antécédents. Il y a même un adjoint de la mairie de Gujan, membre des LR et fidèle d'Yves Foulon, qui se permet de me faire des reproches par messages envoyés à 23h00. Je m'attends donc à des représailles sur ma propre commune.
Et puis il y a tout ce que je ne sais pas. Des évènements auxquels je ne serais plus invité par exemple, ou des personnes qui avaient peut-être l'intention d'acquérir une de mes photos dans ma galerie mais qui ont renoncé parce que mon nom est désormais associé à cette sombre histoire. Je m'y étais préparé dès le premier jour car je l'avais déjà vécu en 2011, après avoir subi un acharnement de la mairie d'Arcachon pendant quasiment deux ans et qui avait conduit à la fermeture de ma première galerie. C'était devenu invivable et j'avais donc fait le choix de m'éloigner du Bassin pendant plusieurs années.
Aqui.media : Vous voulez dire que vous aviez déjà eu affaire au maire d'Arcachon dans le passé ?
Stéphane Scotto : Oui, et malheureusement, pour certains qui connaissent cette histoire cela alimente cette idée de « piège » ou de « coup monté ». À l'époque ma galerie était située en plein centre-ville d'Arcachon et tout se passait à merveille.
En 2006, j'ai réalisé la « photographie aérienne la plus longue du Monde ». C'était une prise de vue panoramique prise en ULM qui représentait les 12 km de littoral d'Arcachon. C'était un projet personnel pour lequel je n'avais reçu aucun soutien de la ville. Au moment d'exposer le tirage qui faisait 50 m de long, la responsable de l'époque du service communication m'a demandé si je pouvais céder mes droits de reproduction pour la carte de vœux du maire pour les 150 ans d'Arcachon. J'ai accepté volontiers, sauf que quelques jours avant mon expo, elle m'a appelé pour me dire que « Monsieur le Maire » ne souhaitait pas que je dévoile ma photo avant sa carte de vœux. J'ai refusé de céder car, d'une part je n'avais pas réalisé cette photo pour lui, mais surtout parce que tout était déjà organisé pour l'expo sur la plage. Du coup, un proche collaborateur du maire m'a appelé et je n'oublierai jamais ses paroles : « Stéphane, vous venez de faire un affront au maire et vous en paierez les conséquences dans l'avenir ».
Pendant les quatre années qui ont suivi, je n'ai reçu aucune forme de représailles. J'avais oublié cette histoire. Et puis un jour, ma voisine commerçante m'a annoncé la vente de son magasin de vêtements à un couple qui faisait les marchés et qui avait donc pour habitude de déballer dans la rue. Effectivement, c'est exactement ce qu'ils ont fait. Quatre grands portants de vêtements d'une longueur de 1m80, qui du coup nuisaient considérablement à la visibilité de ma galerie, et même à son accès. J'ai découvert qu'ils avaient une autorisation de la mairie sous la forme d'un arrêté municipal nominatif.
Aucun autre commerçant de la ville ne bénéficiait d'une telle jouissance sur le domaine public. Cet arrêté était contraire aux règles générales. J'ai d'abord cru à une erreur et j'ai donc tenté la diplomatie mais sans succès, ni avec mes voisins, ni avec la première adjointe de l'époque. J'ai écrit au maire pour lui demander d'intervenir. Aucune réponse. Au bout d'un an, constatant l'impact réel sur la fréquentation de ma galerie, j'ai décidé de monter le ton. Le sous-préfet de l'époque a tenté de m'aider, il est allé voir le maire pour lui parler, mais sans succès. Il m'a dit : « en France, les maires ont trop de pouvoir, tentez votre chance au Tribunal Administratif ». Cette histoire était devenue polémique, avec une pétition et des articles dans la presse locale. La première adjointe a essayé de me faire passer pour un « affabulateur », mais j'ai tout un dossier rempli d'éléments factuels. Bien entendu, à part deux ou trois courageux, aucun commerçant ne m'a soutenu. Épuisé moralement, et comprenant que je ne m'en sortirais pas, j'ai fermé ma galerie, revendu mon bail commercial, et je suis parti à l'étranger pendant cinq ans.
Je ne suis pas un cas isolé. Mais je suis le seul à oser en parler publiquement. Certains m'ont contacté pour me raconter des expériences similaires, mais ils ont peur de rendre publique leur histoire. La peur... ce mot qui revient tout le temps. On peut néanmoins citer deux entreprises qui ont récemment subi le même genre d'acharnement via des arrêtés municipaux abusifs : la Source des Abatilles et la société GSP33.
Pour autant, depuis 15 ans je n'ai jamais cherché à « me venger ». Si certains considèrent que c'est une vengeance de ma part, alors Yves Foulon me l'a apportée sur un plateau. Moi je pense que c'est surtout une question de karma.
Aqui.media : Au-delà des pressions et des conséquences sur vos vies sociales et professionnelles, pensez-vous que vous et Vital Baude êtes exposés à d'autres types de représailles ?
Stéphane Scotto : En ce qui concerne Vital, on peut dire qu'Yves Foulon a été assez clair : « je vais trouver dans votre vie personnelle, vous et votre famille », « vous allez en prendre pour six ans ! ». Il avait l'air très déterminé. Comme je pense qu'il ne trouvera rien dans la vie personnelle de Vital, ni dans la mienne d'ailleurs, je me demande de quelle manière il mettra sa menace à exécution.
Très récemment, nous avons été informés par un ancien fonctionnaire de police, qu'Yves Foulon est lié au M.I.L. (Mouvement Initiative et Liberté). Ce mouvement politique, qui cultive des valeurs réactionnaires, et qui nourrit au travers de ses publications une détestation absolue de la gauche et des écologistes, a été créé juste avant la dissolution du S.A.C., suite à la sombre histoire des barbouzes de la tuerie d'Auriol en 1981. Au M.I.L., on retrouve effectivement Yves Foulon parmi les membres du Comité d'Honneur. On y trouve aussi des sénateurs, des députés, des anciens ministres, un ancien chef d'ÉtatMajor, d'anciens fonctionnaires de police... bref, tout ce qu'il faut pour constituer un réseau, comme à la bonne vieille époque du S.A.C. Donc clairement, je ne vais pas m'exprimer pour Vital, mais en ce qui me concerne je ne serai jamais serein et toujours sur mes gardes pendant plusieurs années.
Aqui.media : Dernièrement, Yves Foulon a publié un deuxième communiqué dans lequel il se dit victime d'un « acharnement » depuis cinq ans en lien avec la Villa Salesse. Qu'en pensez-vous ?
Stéphane Scotto : Yves Foulon joue à fond la carte de la victimisation. Le dossier de la Villa Salesse n'a pas l'air de sentir bon. Il y a peut-être des questions à se poser sur les conditions dans lesquelles la transaction a eu lieu. Un bruit court depuis le début qu'il y aurait eu une transaction en plusieurs temps, avec une clause de substitution. Difficile d'avoir des certitudes car dans ce genre d'affaire, il y a beaucoup de rumeurs qui circulent mais pas d'infos concrètement vérifiables. Il y a deux nouvelles plaintes déposées au pénal, une par l'ASSA et une par l'association anti-corruption AC. C'est à la justice de vérifier tout ça.
Mais au-delà du droit, il y a l'aspect moral qui selon moi justifie d'en débattre.
Le maire et son demi-frère ont rasé une villa historique et emblématique d'Arcachon. Yves Foulon évoque en permanence sa « villa personnelle » mais je me pose des questions concernant la proximité des deux immeubles de quatre étages de part et d'autre, dont les balcons offrent une vue plongeante sur le terrain du maire. Ce vis-à-vis ne lui garantit pas vraiment le respect de son intimité. Pour quelqu'un qui se plaint en permanence d'une « atteinte à sa vie privée », ce choix de sa part est assez étonnant. Nous verrons bien quand les travaux seront terminés si c'était effectivement pour y habiter ou juste pour faire un coup spéculatif.
Aqui.media : Justement, que pensez-vous des affaires immobilières du maire d'Arcachon et de son demi-frère Roger Padois ?
Stéphane Scotto : Je trouve cela très choquant. Nous sommes devant un maire qui a eu une formation d'avocat. Il a peu exercé car il s'est lancé très jeune dans la politique. Et puis, une fois bien installé dans son rôle de maire, le voilà qui devient marchand de biens, notamment sur la commune qu'il administre. Il est notamment associé avec son demi-frère dans une SCI rattachée à une autre société immobilière domiciliée dans les îles Canaries. L'immobilier a l'air d'avoir pris une part importante dans ses activités. Qu'un maire s'achète ou se construise sa maison, il n'y a rien de plus normal, mais qu'il multiplie les affaires immobilières pour son enrichissement personnel, dans sa propre commune, forcément cela ne peut que nourrir des interrogations. Mais ce qui peut sembler immoral n'est pas forcément illégal. C'est là toute la question.
Il faut bien comprendre que derrière le maire d'Arcachon, il y a aussi des gens très riches et très puissants qui portent des projets immobiliers importants. On le voit par exemple pour le projet d'hôtel cinq étoiles Place Peyneau, où l'investisseur ne veut pas lâcher l'affaire malgré les nombreux recours portés par les défenseurs du Musée Aquarium depuis plus de dix ans. Je viens d'apprendre qu'il y a aussi un permis de construire qui a été déposé par un milliardaire français pour un hôtel de luxe en première ligne aux Arbousiers sur le terrain d'une autre villa emblématique. On parle de dizaines de millions d'euros d'investissements, avec des plans de défiscalisation, et dont la faisabilité dépend en grande partie des décisions du service de l'urbanisme, voire du Conseil Municipal.
Aqui.media : Notre confrère Sud Ouest a révélé que les avocats d'Yves Foulon avaient déposé plainte pour « violation de la vie privée » en précisant : « car cette affaire est née de la commission d'une infraction qui est une provocation à l'infraction. Ce système d'enregistrement pose question ». Qu'en pensez-vous ?
Stéphane Scotto : Pffff... c'est absolument ahurissant de voir à quel point il s'obstine dans sa mauvaise foi ! Il n'assume rien. Non seulement il n'a exprimé aucune excuse ou regret pour Vital, mais en plus il tente de se faire passer lui-même pour la victime en insinuant un complot. Il ne lui manque plus que le soutien de Francis Lalanne et on aura été au bout du délire ! Franchement, c'est avec ça que ses avocats vont le défendre devant les juges le 1er juillet ?
En tout cas pour le moment, ni moi, ni Vital, ni Vakita, n'avons été informés de cette fameuse plainte. Si elle existe, j'ose espérer que la justice a mieux à faire en ce moment que de perdre du temps et de l'argent à l'instruire. Car je le répète à nouveau : dès le 18 mars, j'ai fourni aux enquêteurs les éléments techniques irréfutables qui démontrent que la rencontre était totalement fortuite. En plus, je ne vois pas en quoi le fait que Vital Baude portait un micro cravate serait susceptible de provoquer insultes et menaces. Personne n'a provoqué Yves Foulon, personne ne l'a obligé à se comporter ainsi. Qu'il assume ses actes en homme, lui qui se vante d'être « un garçon normal ». Alors, peut-être, il retrouvera un karma plus favorable.
Aqui.media : Serez-vous au Tribunal le 1er juillet ? Et pensez-vous qu'il sera condamné ?
Stéphane Scotto : Oui j'y serai, pour soutenir Vital bien sûr, mais aussi pour mon documentaire qui est toujours en cours. Donc j'y serai avec ma caméra comme de nombreux journalistes je pense. Je n'ai aucune idée de ce que les juges concluront de cette histoire. Je préfère ne pas faire de pronostic. Depuis le début, Yves Foulon semble avoir élaboré sa stratégie de défense autour du soi-disant « coup monté », donc à mon avis il ne cherche pas à convaincre la justice mais plutôt ses administrés, afin de lui permettre d'aller tranquillement au bout de son mandat. Car il faut le reconnaître : ce scandale n'a pas changé grand-chose pour lui. Il poursuit tranquillement son rôle de maire, décoré de la Légion d'honneur par le Premier ministre l'année dernière. Il enchaîne évènements et inaugurations et tout le monde se comporte avec lui comme si rien ne s'était passé. La phrase qu'on entend le plus dans la bouche des Arcachonnais : « oui, il a mal parlé, mais c'est un très bon maire, il a fait beaucoup pour Arcachon ». On entendait le même style de refrain chez les habitants de Levallois-Perret pour les affaires Balkany.
Ce que je me dis, c'est qu'il y a un risque pour que, quel que soit le délibéré, Yves Foulon en sorte renforcé. Les gens oublieront vite la fameuse séquence vidéo, et la petite station balnéaire restera le paradis de la spéculation immobilière, des retraités, et de leurs petits enfants. Sur Instagram on continuera à s'extasier devant la queue de baleine en epoxy, et à se goberger d'huîtres en se trémoussant à la soirée blanche, les valeurs morales bien diluées dans le rosé. On ne va quand même pas ternir la belle image de carte postale pour une banale histoire de coup de boule derrière les poubelles !
Mots-clés :
Par Jacques FROISSANT
Directeur de la publication
Bordelais, œnologue, tout allait bien… jusqu’à ce que je dérape dans l’entrepreneuriat RH pour les startups. 😉 Auteur et chroniqueur (L’Express, FrenchWeb, France 3 NOA...), je suis aujourd’hui cofondateur et rédacteur en chef d’AQUI.Media
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