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Bassin d'Arcachon

Affaire Foulon / Baude : les révélations de l'auteur de la vidéo choc

A Arcachon, Stéphane Scotto a tout filmé le 15 mars. Le photographe du Bassin raconte pour la première fois la captation de la séquence qui a choqué la France, et démonte les rumeurs de "coup monté".

Par Jacques FROISSANT
Publié il y a 15 juin
22 min de lecture
Affaire Foulon / Baude : les révélations de l'auteur de la vidéo choc
Affaire Foulon / Baude : les révélations de Stéphane Scotto Photo @Etienne Baranger

Ce dimanche 15 mars, Stéphane Scotto avait prévu de boucler son tournage. Le lendemain matin, il repartait dans les Hautes-Pyrénées. Tout son matériel de montagne était prêt. Il n'est jamais parti !

Trois mois après l'agression du Maire d'Arcachon Yves Foulon contre son opposant Vital Baude, l'auteur de la séquence vidéo qui a fait le tour des médias nationaux et choqué la France entière, nous a accordé une longue interview. Stéphane Scotto, photographe installé sur le Bassin d'Arcachon depuis 1999, tournait un documentaire sur les coulisses de la campagne électorale du candidat Vital Baude aux municipales quand la rencontre entre les deux candidats a eu lieu sous ses yeux.

Stéphane Scotto nous a accordé un long entretien. Il y démonte les rumeurs de "coup monté", reconstitue la chronologie minute par minute, et livre son analyse d'un Bassin d'Arcachon qu'il photographie, observe et documente depuis vingt-six ans. Nous publions cet entretien en intégralité, en deux parties, pour en préserver toute la richesse et l'émotion.

1ère partie : la séquence vidéo

Aqui.media : Pourquoi avoir accepté cette interview pour reparler de l'affaire Foulon / Baude ?

Stéphane Scotto : Parce que je ne supporte plus d'entendre autour de moi et de lire sur les réseaux sociaux que cette vidéo serait un « coup monté », ou que j'aurais filmé le maire d'Arcachon « en cachette ». De la même manière, il y a ceux qui affirment que Vital Baude aurait « provoqué » Yves
Foulon et aurait « dévoilé sa villa personnelle » pendant sa campagne. Tout cela est archi faux !
Toutes ces fausses informations commencent à avoir un impact très négatif sur ma vie sociale et professionnelle sur le Bassin. J'ai donc décidé de prendre la parole et de tout raconter dans les moindres détails.

Aqui.media : Racontez-nous comment vous en êtes arrivé à filmer la scène de l'agression ?

Stéphane Scotto : Cela faisait trois semaines que je suivais régulièrement Vital Baude et ses colistiers pendant la campagne des municipales. J'ai filmé des conférences de presse, des rencontres avec les habitants, des réunions, son meeting, les séances photos, bref, tout ce qui pouvait constituer un film sur les coulisses d'une campagne.
Vital Baude était toujours équipé d'un micro cravate sans fil, afin que je puisse m'éloigner de lui pour ne pas interférer dans la sincérité de ses réactions. L'idée, c'était de me faire oublier, de pouvoir m'éloigner du sujet tout en conservant un son de proximité. J'avais déjà expérimenté ce dispositif en réalisant le making-of d'un film avec Jean Dujardin en 2005. Sauf que cette fois-ci, je ne réalisais pas un film de commande, mais un documentaire en immersion. D'ailleurs cela a failli
ne pas se faire car j'ai eu un peu de mal à convaincre les autres membres de sa liste d'accepter la présence de ma caméra.

Aqui.media : Qui a eu l'idée de ce documentaire et quand sera-t-il visible ?

Stéphane Scotto : C'est moi, et vraiment au dernier moment. En fait, comme chaque hiver, j'étais parti faire des photos dans les Hautes Pyrénées, mais au bout de plusieurs jours de conditions météo me privant de visibilité, je suis finalement revenu sur le Bassin. J'avais un créneau de disponible pour un nouveau projet. Vital Baude, qui est un ami, m'a confié avoir du mal à boucler sa liste et c'est là que je me suis dit que sa campagne pourrait être un sujet intéressant. On voit souvent des documentaires sur les campagnes des grandes personnalités politiques, mais jamais sur les petits candidats.

Le contexte arcachonais est particulièrement singulier parce que Vital Baude et Yves Foulon, c'est vraiment deux salles, deux ambiances. Un jeune écologiste dans une ville hyper polarisée à droite, avec en face un maire LR indétrônable, adulé par ses administrés, et un candidat RN en embuscade, c'est presque caricatural. J'avais dans l'idée de tourner un peu à la façon de la célèbre émission belge Strip Tease. Pas de voix off, juste des scènes prises sur le vif et un montage simple, avec pas mal d'autodérision.

Mais avec ce qui s'est passé, mon film a rebondi vers une toute autre direction. D'un documentaire léger et presque humoristique, on est passé à un sujet bien plus sérieux. J'ai choisi de poursuivre le tournage au moins jusqu'au délibéré du procès, c'est-à-dire je pense début septembre.

Depuis trois mois, j'accompagne régulièrement Vital Baude dans sa vie publique et personnelle. Je suis notamment présent à chaque conseil municipal, et aux différents évènements. Ensuite il y aura la post-production qui s'annonce intense. Je ne vais pas tarder à chercher un peu de financement car je veux confier le montage à un spécialiste du genre. Je ne sais pas encore dans quels médias il sera diffusé. Il faut d'abord le terminer car je n'ai pas assez de légitimité dans cette discipline pour le proposer maintenant à des diffuseurs.

Aqui.media : On vous connaît sur le Bassin en tant que photographe de paysages, notamment de photographies aériennes, mais peu en tant que réalisateur. Comprenez-vous l'étonnement de certains à propos de votre présence ce jour-là ?

Stéphane Scotto : C'est vrai, personne ici ne m'attendait sur ce créneau. Cela fait plus de vingt ans que je me consacre à photographier le Bassin et ma réputation locale s'est construite autour de ça. La plupart des gens ne voient dans mes photos qu'une déco pour les murs de leurs villas, mais j'ai toujours eu la volonté de documenter l'évolution du territoire à travers mes prises de vues. Une grande partie des paysages que j'ai photographiés n'existent plus ou ont considérablement évolué. Pour compléter certains de mes livres, j'ai d'ailleurs réalisé différents petits documentaires vidéos afin de raconter un peu l'histoire de ce patrimoine.

Mais surtout, ce que peu de gens savent, c'est que j'ai été réalisateur avant d'être photographe. Adolescent, mon rêve était de devenir cinéaste. Je tournais déjà des courts métrages en super 8 quand j'avais 12 ans et que je vivais en banlieue parisienne. J'ai passé un bac Cinéma Audiovisuel et à l'issue de ce diplôme j'ai commencé à réaliser des tournages de concerts multicaméras et des clips. C'était au début des années 90 et je n'avais que 20 ans. J'ai filmé des artistes comme Véronique Sanson, Bernard Lavilliers, FFF, Raoul Petite, IAM... je réalisais aussi des films d'entreprise.
Évidemment derrière ces réalisations vidéos, ma véritable ambition était de faire du cinéma. C'est l'obligation du service militaire qui a mis un arrêt brutal à ce début de carrière. Plutôt que d'effectuer un service militaire classique, j'ai choisi de signer un contrat de deux ans pour un poste de photographe dans l'Armée de l'Air. J'ai été affecté au DA160, une base française à Dakar. Finalement je suis resté six ans là-bas, où j'ai passé les plus belles années de ma vie. C'est dans ce
contexte que je me suis forgé une expérience en prises de vues aériennes.

En 1999, installé à Arcachon, j'ai fait le choix de me consacrer exclusivement à la photographie. J'ai ouvert ma première galerie et commencé à publier des livres. Mais il y avait toujours en moi ce sentiment d'insatisfaction, de frustration, vis-à-vis de ma première passion. Un manque qui a augmenté avec le temps. J'ai fait plusieurs tentatives pour revenir à la réalisation, mais j'étais toujours rattrapé par mon activité de photographe et par la gestion de ma galerie.

Et puis, il y a deux ans j'ai décidé de me lancer dans le documentaire. Je l'ai d'ailleurs annoncé sur mes réseaux et sur mon blog afin de prévenir que je serais moins présent dans ma galerie à La Hume. Ce film sur les coulisses de la campagne de Vital Baude, c'était un peu un coup d'essai, un test pour vérifier si j'étais apte à cette discipline, et aussi pour apprivoiser ma nouvelle caméra. Je ne m'étais pas mis de pression, car ce n'était pas un travail de commande, et je l'ai autoproduit.

Aqui.media : Que s'est-il passé exactement ce dimanche 15 mars, jour de l'incident ?

Stéphane Scotto : Cela devait être mon dernier jour de tournage. Nous savions tous qu'il n'y aurait pas de second tour. Le seul objectif de Vital était d'obtenir le plus de sièges possibles au Conseil Municipal. De mon côté, c'était parfait puisque les conditions météo dans les Hautes Pyrénées devenaient idéales pour une dizaine de jours. Je devais donc repartir le lendemain matin. Tout mon matériel de montagne était prêt. J'avais hâte de quitter ces trois semaines d'univers politique pour retrouver les grands espaces naturels enneigés. Mais cela ne s'est pas passé comme prévu...

Aqui.media : La scène de l'agression était-elle votre première séquence de la journée ?

Stéphane Scotto : Non, pas du tout. Ce dimanche matin, nous avions rendez-vous au domicile de Vital Baude à 10h00 où j'ai tourné une scène de la vie quotidienne, puis je l'ai suivi avec son fils dans le bureau de vote où ils ont voté ensemble. J'avais pris soin de demander au président du bureau de vote l'autorisation de tourner. Tout s'est très bien passé. Je l'ai même filmé en train d'échanger de manière très courtoise et décontractée avec un des adjoints du maire. Puis son fils est parti de son côté, et j'ai accompagné Vital dans sa voiture pour démarrer sa tournée des bureaux de vote. En tant que délégué de liste, il avait pour mission de contrôler le bon déroulement des scrutins. Je ne l'ai appris que plus tard, mais il avait d'ailleurs déjà visité des bureaux de vote avant mon arrivée chez lui.
Nous sommes donc dans sa voiture et il conduit dans les rues d'Arcachon. Pendant le trajet, je le filme en le questionnant sur la série américaine Yellowstone et les similitudes avec le Bassin d'Arcachon, notamment sur les thématiques de la spéculation immobilière et du développement du tourisme. Il se gare juste devant les panneaux d'affichage de campagne.

Nous descendons de la voiture, la caméra tourne toujours, il commente les tags et caricatures parfois effectués sur les affiches des candidats. Puis, il se dirige vers l'entrée du bureau de vote. Moi je n'avais pas prévu de le suivre à l'intérieur de ce bureau. J'avais pour idée de rester devant les panneaux d'affichage et de le filmer en haut de l'allée, passant au-dessus des affiches des trois candidats et disparaissant dans l'entrée du bâtiment. Je le filme donc juste en train de s'éloigner de moi, mais je constate qu'il s'est arrêté net. Je m'approche de lui et je comprends alors qu'il est tombé nez à nez avec Yves Foulon. Le maire est en train de discuter avec des gens et Vital attend poliment à distance qu'il ait terminé sa
conversation pour aller à sa rencontre.
Le maire et son opposant qui se saluent devant un bureau de vote, voilà une séquence que je ne peux évidemment pas rater pour ce documentaire ! Donc je filme sans m'attendre à autre chose qu'un échange de banalités républicaines. Dans un premier temps, Yves Foulon semble plutôt souriant, mais avec le recul, on sent bien que c'est un sourire très crispé, il serre les dents, mais il ne serre pas la main tendue par Vital. Il lui dit qu'il voulait justement lui parler mais qu'il faut s'éloigner pour « ne pas se donner en spectacle »... et il enchaîne directement sur la phrase devenue culte : « si je pouvais vous coincer derrière les
poubelles, ça me ferait plaisir de vous mettre une branlée
». Il lui montre même du doigt le local des poubelles de la MJC. Il a l'air de bien le connaître. Peut-être un souvenir de jeunesse...

Aqui.media : On voit sur la vidéo qu'Yves Foulon engage tout de suite un déferlement d'insultes violentes. Comment réagissez-vous alors que vous entendez tout dans votre casque ?

Stéphane Scotto : Je me sentais comme un professionnel dans son rôle de documenter un événement inattendu, ce qui finalement est le propre même du reporter. Le fait est qu'Yves Foulon ne m'avait pas remarqué, mais je n'étais pas du tout « caché » au début de la rencontre, comme certains essayent de le faire croire. Je suis seulement à l'écart, à quelques mètres, un peu en contrebas, tenant ma caméra de reportage qui n'a vraiment rien de discrète. À ce stade, il n'y a rien
d'anormal à ce que je filme cette rencontre. Nous sommes dans un lieu public, devant deux personnages publics, lors d'un événement public. Chacun est dans son rôle. Le droit est clair là-dessus. Si Yves Foulon s'était comporté normalement, il n'y aurait aucun débat. Au lieu de ça, il engage immédiatement insultes et menaces. Je vois que Vital semble en état de sidération, mais il garde son sang-froid. De mon côté, je suis concentré sur mon cadre.

Aqui.media : Certains journalistes qui ont commenté cette séquence disent que puisque Vital baude était au courant qu'il portait un micro et qu'il était filmé, c'était facile pour lui de garder son calme. Qu'en pensez-vous ?

Stéphane Scotto : C'est quelque chose qui m'a beaucoup choqué car cela sous-entend que sans micro, Vital aurait dû se mettre au même niveau de violence et de vulgarité que le maire d'Arcachon, et qu'il y aurait eu ainsi une forme d'égalité entre eux. Tout d'abord, je connais bien Vital, et vu que je le filmais avec ce même dispositif depuis plusieurs semaines, je sais avec certitude qu'à ce moment-là, il m'avait déjà oublié et qu'il avait donc oublié le micro. D'ailleurs, au moment où il s'arrête et où il attend que Yves Foulon soit disponible pour le saluer, Vital ne me
calcule pas du tout. S'il avait eu la moindre intention de « piéger » le maire, j'imagine qu'il se serait retourné vers moi pour me faire un signe, ou qu'il m'aurait parlé au travers du micro.
La seule et unique raison pour laquelle Vital Baude n'a pas cédé à la provocation, c'est qu'il a l'expérience d'un professeur qui a enseigné dans des zones sensibles et qu'il a appris à gérer la violence chez des élèves difficiles. Quand j'entends des gens qui lui reprochent de ne pas avoir réagi physiquement, le faisant passer pour un faible, je me dis que c'est vraiment le monde à l'envers. Je sais bien que nous sommes dans le Sud-Ouest, mais il faut arrêter de voir du rugby partout !
Dans cette séquence, Vital Baude est égal à lui-même, il reste poli, digne, et il essaye d'exprimer ses arguments concernant les reproches du maire sur l'histoire de la Villa Salesse. Mais Yves Foulon veut apparemment en découdre. Il est de plus en plus agité et ses propos sont de plus en plus violents et vulgaires.

Aqui.media : Vous pensez que cela aurait pu dégénérer encore davantage ?

Stéphane Scotto : Oui, car après lui avoir dit qu'il aimerait lui mettre « un coup de boule », il le pousse violemment en lui disant « vous allez l'avoir la violence » et il le répète une deuxième fois, avec un regard qui en dit long. Il fait mine de partir, mais il revient à la charge. À ce moment précis, j'ai le sentiment qu'il veut déclencher une réponse physique de la part de Vital. Je me place derrière les panneaux d'affichage afin de chercher un moyen de poser ma caméra quelque part pour pouvoir intervenir si cela part en baston. Mais abandonner ma caméra, c'est aussi prendre le risque de ne plus pouvoir la récupérer. Or elle contient les seules preuves pouvant témoigner de ce qui se passe.

Et puis j'entends Vital lui dire « ne me frappez pas, ne me re-frappez pas ». Je me repositionne pour voir ce qui se passe et je comprends alors que Foulon lui a fait un geste agressif au menton. Je ne m'étais donc pas trompé. On est encore monté d'un cran, et d'ailleurs cette fois-ci, Vital commence à s'énerver et à monter le ton. On dirait que cela déstabilise le maire qui semble gêné par la présence
d'électeurs qui passent devant eux, si bien qu'il s'éloigne vers sa voiture en poursuivant insultes et menaces.
Juste avant de monter dans sa voiture, Yves Foulon me voit avec ma caméra. Mais cela n'a pas l'air de le gêner plus que ça, car il en remet une dernière couche avant de partir.

Aqui.media : Après avoir filmer la scène, que se passe-t-il ?

Stéphane Scotto : Une fois que le maire a quitté les lieux, Vital semble désorienté. Plutôt que de revenir vers moi, ou même de me parler au travers du micro, il se dirige mécaniquement vers l'entrée du bureau de vote. Une dame qui a apparemment assisté de loin à la scène lui tombe dessus et s'exclame : « vous agressez notre maire ! », puis elle sort des arguments à propos du musée-
aquarium et s'éloigne. Sidéré, Vital rentre dans le bureau où il discute avec un monsieur d'un certain âge. Il semble chercher du réconfort auprès de cette personne.

Moi je continue à enregistrer mais je n'ai qu'une idée en tête : quitter au plus vite les lieux pour mettre mes images en sécurité. Sans elles, plus aucune preuve. Quand Vital revient enfin, je lui annonce que j'ai tout enregistré et qu'il faut partir au plus vite. Je décide de ne pas aller chez lui, ni chez moi. Nous nous rendons donc chez un ami, sur une autre commune, et je fais des copies de la séquence que je lui confie. Ensuite, nous partons chez moi pour faire le point sur la situation. J'appelle un ami avocat pénaliste pour avoir des conseils, puis nous partons au commissariat d'Arcachon pour que Vital dépose sa plainte. Je montre la séquence au commandant dans son bureau et il me demande de lui transmettre par un lien sécurisé dès que possible, sur son adresse email. Puis je pars avec Vital manger quelque chose.

Il est déjà presque 18h00. Vital ne voulait pas perturber la fin du scrutin. Il souhaitait que la soirée électorale se déroule normalement. Nous n'avons montré cette vidéo à personne, pas même à ses colistiers. Je pense qu'il ne réalisait pas la gravité de ce qui s'était passé. Il était désorienté. Je ne sais pas si les gens se rendent compte de ce que l'on peut ressentir en se faisant agresser et menacer par un maire. Ce n'est pas n'importe qui. Son pouvoir de nuisance est immense, et en fonction de son réseau, cela peut dépasser le cadre local (NDLR : Yves Foulon outre ses fonctions de maire d'Arcachon, est Vice-Président du SIBA, et de la Communauté de communes COBAS).

Aqui.media : Comment s'est déroulée la soirée électorale à la Mairie ?

Stéphane Scotto : Quelques heures plus tard, j'étais donc présent avec Vital et son équipe dans la grande salle de la mairie pour filmer l'annonce des résultats. C'était perturbant de voir Yves Foulon, son entourage et son directeur de cabinet discuter ensemble comme si de rien n'était, et d'observer Jeanine, Odette, René et Yvette, bref ce panel assez représentatif d'Arcachon, qui étaient là pour le soutenir et lui faire obédiance, convaincus de sa bienfaisance. Je n'arrêtais pas de me demander comment réagiraient toutes ces personnes quand la vidéo serait diffusée. Il y avait beaucoup d'idées qui tournaient dans ma tête. Yves Foulon allait-il venir voir Vital pour lui faire des excuses ? Avait-il compris que j'avais tout enregistré ? Comment la justice allait-elle réagir ?
Quand Yves Foulon est monté sur une table pour annoncer sa réélection avec 67 % des suffrages, le public exultait de joie.

Vers 21h00, après avoir encaissé avec déception ses 20,5 % de suffrages, Vital Baude a invité son équipe pour un pot de fin de campagne. Je comptais filmer cette séquence importante pour mon documentaire, mais j'ai été appelé par le commissariat car le procureur voulait que je sois entendu immédiatement. J'y suis donc allé et mon audition a duré deux heures. J'ai finalement remis la vidéo à l'enquêteur, puis je suis rentré chez moi. Je n'ai quasiment pas dormi de la nuit. Je n'étais pas serein pour ma sécurité.
Le lendemain, dans l'après-midi, Vital Baude a compris par le biais d'un journaliste de la presse locale que l'info avait fuité du commissariat. J'ai alors considéré que dans ces conditions, la seule façon de garantir notre sécurité était de rendre publique la séquence. J'ai contacté les équipes d'Hugo Clément avec qui j'avais déjà collaboré deux fois pour l'émission « Sur le Front », et la suite
vous la connaissez.

Aqui.media : Justement, après la diffusion de la séquence par Vakita, il y a eu un
emballement médiatique hors du commun. Comment l'avez-vous vécu ?

Stéphane Scotto : J'ai renoncé à mon départ pour les Pyrénées car il fallait désormais gérer la suite des évènements, et aussi parce que j'ai pris la décision de poursuivre le tournage de mon documentaire sous un nouvel angle. La vidéo a été diffusée sur le compte Instagram de Vakita le mardi 17 mars vers 18h30. Dans les minutes qui ont suivi, le téléphone de Vital et le mien n'ont cessé de sonner jusque tard dans la nuit. Puis à nouveau dès 7h00 du matin.

Tous les médias sans exception voulaient traiter ce sujet. Certains se sont contentés de diffuser la séquence, d'autres d'en débattre en plateau. Je crois que cela a beaucoup choqué la France entière. Dans ce type de circonstances, il est très rare d'obtenir un enregistrement de cette qualité. On dirait presque un épisode de télé-réalité ! Il faut bien comprendre que je tournais mon documentaire avec une caméra pro et en 4K. On n'est pas sur une vidéo tremblotante tournée avec un téléphone portable par un passant, ou juste des propos rapportés par un témoin.

En tout cas, après trois jours de sollicitations médiatiques intenses qui nous ont mis sous pression, nous étions épuisés et vidés. Le professionnalisme de Victoria, la directrice de campagne de Vital, nous a été d'un grand secours. Je ne sais pas comment nous aurions fait sans elle. À 26 ans, elle s'est retrouvée au cœur de cette affaire et j'observais avec attention comment elle abordait et ressentait
cette crise dans un contexte de fossé générationnel très marqué. Les membres de la liste de Vital se sont aussi fortement mobilisés pour le soutenir. Il faut que vos lecteurs sachent que chaque message ou commentaire de soutien sur les réseaux sociaux nous a donné de la force.

Aqui.media : Comment analysez-vous cette scène ahurissante ?

Stéphane Scotto : Mon avis personnel est que Yves Foulon le maire d'Arcachon se sent intouchable. Quand on est adoré par ses administrés, réélu systématiquement au premier tour avec des scores écrasants, qu'on a cumulé des mandats de président d'intercommunalités, de député, de conseiller
départemental et régional, il peut y avoir ce sentiment d'hyper-puissance. Le journaliste Patrick Cohen en a très bien parlé dans l'émission C à Vous.
S'en prendre de cette façon à un autre élu, au beau milieu d'un lieu public un jour de scrutin, alors que des citoyens vont et viennent, il y a de quoi s'interroger sur la psychologie du personnage. Cela ne peut pas être un simple dérapage.

Cela pose aussi la question de la suite des évènements si je n'avais pas filmé cette scène. Qui aurait cru Vital Baude ? La justice aurait-elle pris au sérieux sa plainte ? Je ne pense pas. Soyons lucides : s'il y avait eu des échanges de coups, sans preuves vidéo, entre la parole du premier magistrat de la ville et celle du candidat « écolo », qui croire ? Je pense que Vital Baude serait parti en taule direct !

D'ailleurs, le public ne l'a pas encore vu, mais juste après l'agression, une dame qui a assisté à la scène se précipite sur Vital Baude en l'accusant d'avoir « agressé le maire » ! Il est très probable qu'en l'absence de preuves vidéo, cette Arcachonaise aurait sans doute apporté un témoignage favorable au maire, alors qu'elle n'avait rien compris de ce qui s'était réellement passé.

Aqui.media : Dans toute cette séquence, qu'est-ce qui vous a le plus choqué ?

Stéphane Scotto : Franchement, dans ce déferlement d'insultes et de menaces, tout est profondément choquant. Mais à titre personnel, ayant accès aux images sur grand écran, je retiens avant tout le regard d'Yves Foulon. Il semble envahi par la haine.
Il y a un passage qui m'a particulièrement intéressé : dès le début, quand Yves Foulon emmène Vital Baude à l'écart « pour ne pas se donner en spectacle », et qu'il lui dit : « si je pouvais vous coincer derrière les poubelles ça me ferait plaisir de vous mettre une branlée », Vital Baude répond : « ce
n'est pas du niveau d'un maire de dire ça
», et Foulon réagit avec cette phrase : « si, si, parce que moi je suis un garçon normal ». Là, je trouve qu'on touche vraiment à quelque chose qui est de l'ordre d'une identité culturellement forgée sur du virilisme à deux balles couplé à un langage et une
attitude que l'on constate habituellement chez les petits voyous : « je vais vous enculer, fils de pute, enfoiré, vous êtes une merde, j'ai envie de vous mettre un coup de boule ». Même Pascal Praud a déclaré en direct sur CNews : « des maires comme ça, ce sont des racailles ». Et pourtant on ne peut pas taxer cet animateur de « gauchiste ».

Un autre moment très intense a été le Conseil Municipal qui a suivi cinq jours après, et pendant lequel aucun des colistiers d'Yves Foulon ne l'ont désavoué. Il régnait une atmosphère très pesante dans la salle. J'ai capté des regards méprisants vis-à-vis de Vital de la part d'Arcachonais présents dans le public. Vital en est ressorti K.O. Ce sera un moment fort de ce documentaire je pense.

Mais à bien y réfléchir, le plus choquant pour moi c'est peut-être le communiqué de presse d'Yves Foulon intitulé « un coup monté ». Alors là, on a franchi un cap qui a eu des conséquences pour Vital, et encore plus pour moi.

Aqui.media publiera la suite jeudi matin.

JA

Par Jacques FROISSANT

Directeur de la publication

Bordelais, œnologue, tout allait bien… jusqu’à ce que je dérape dans l’entrepreneuriat RH pour les startups. 😉 Auteur et chroniqueur (L’Express, FrenchWeb, France 3 NOA...), je suis aujourd’hui cofondateur et rédacteur en chef d’AQUI.Media

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