L'essentiel

  • Edonia lève 15 M€ auprès de SWEN Blue Ocean 2, EIT Food et Asterion Ventures, avec Bpifrance et un financement bancaire.
  • 30 M€ de précommandes signées à travers une vingtaine de contrats, avant l'ouverture de l'usine.
  • Clients déjà actifs : Newrest en restauration collective, Dietbon (Aliive) en plats préparés.

Edonia, dont le siège est à Bordeaux, annonce une levée de 15 millions d’euros pour industrialiser Edo, un grain protéiné tiré de la spiruline. La start-up arrive avec 30 millions d’euros de précommandes, sur un marché des protéines alternatives que beaucoup donnaient pour enterré.

Pendant des années, Hugo Valentin s’est entendu dire que la spiruline ne deviendrait jamais un aliment courant : trop verte, trop forte en goût. Le cofondateur d’Edonia vient de lever 15 millions d’euros pour démontrer le contraire à l’échelle industrielle. Le tour de table, annoncé le 6 octobre, est mené par SWEN Blue Ocean 2, EIT Food et Asterion Ventures, actionnaire depuis 2024. Il est complété par un soutien non dilutif de Bpifrance et un financement bancaire, sans que la répartition entre capital et dette soit publiée.

Un grain de spiruline à 27 g de protéines, sans additif

Fondée en 2023 par Hugo Valentin, Pierre Mignon et Nicolas Irlinger, Edonia a mis au point avec AgroParisTech un procédé breveté, l’Edonisation : la spiruline est cuite dans l’huile à température contrôlée et devient un grain brun, tendre, au goût umami, sans arôme ni texturant ajouté. Edo affiche 27 g de protéines pour 100 g, plus que le bœuf haché, et une empreinte carbone jusqu’à 27 fois inférieure à celle de la viande selon l’entreprise.

Edonia a renoncé au mimétisme de la viande pour vendre un ingrédient prêt à l’emploi à l’agroalimentaire et à la restauration collective. Newrest l’utilise depuis 2025 pour des milliers de repas par mois en France. Chez Dietbon (groupe Aliive), 40 % des clients ont choisi la version Edo plutôt que la recette carnée, avec une satisfaction équivalente, selon l’entreprise. Bilan : 30 millions d’euros de précommandes, une vingtaine de contrats, et des revenus récurrents avant même la première usine.

Ce point a convaincu les investisseurs. « Trois ans plus tard, l’équipe a construit un pipeline commercial solide avant même la mise en route de l’usine », souligne Marine Reygrobellet, partner chez Asterion Ventures, premier investisseur d’Edonia, qui remet au pot.

Bordeaux pour l’équipe, Agen pour le pilote, la Bretagne pour l’usine

Après ses débuts au Food’InnLab d’AgroParisTech, l’équipe s’est installée à Bordeaux. Le pilote industriel tourne à Agen : 50 tonnes par an, dans la configuration exacte de la future usine, selon le CEO. L’usine ouvrira d’ici un an dans un site existant de Maison Chancerelle, conserveur de poisson en Bretagne.

Cette co-implantation chez un industriel déjà installé est un choix assumé. Hugo Valentin explique avoir adapté des machines standard, certaines conçues pour d’autres industries, quand les centres techniques lui prédisaient des équipements sur mesure. Il rappelle que les meilleures start-up de sa catégorie atteignent la série A sans chiffre d’affaires, après avoir levé 35 à 60 millions. Edonia y arrive avec 15 millions et des clients qui paient. Le choix de SWEN Blue Ocean 2, fonds dédié aux océans lancé avec l’Ifremer, et l’installation chez un conserveur breton rattachent par ailleurs la microalgue à l’économie maritime.

« Ce financement nous permet de changer d’échelle sur cette preuve et pas uniquement sur des promesses. », résume le cofondateur.

Rares sont les foodtechs du secteur qui abordent l’industrialisation avec un carnet de commandes deux fois supérieur à leur levée : Edonia en est là, et l’usine de Maison Chancerelle dira dès 2027 si la spiruline peut sortir des gélules pour entrer dans les assiettes.