Aerboard : François Jaubert veut remplacer le plastique par du carton
Et si le plastique devenait inutile ? À Bayonne, François Jaubert développe avec Aerboard un matériau en carton recyclé qui intrigue déjà l’industrie de pointe.

Parti d'une pile de cartons trouvés devant chez lui, François Jaubert a développé à Bayonne un matériau composite à base de carton recyclé. Ce que le monde connaissait sous le nom Trashboard est devenu Aerboard, une innovation 100% française qui travaille désormais pour des acteurs majeurs de l'industrie. Discrètement.
François Jaubert est architecte naval et ingénieur de formation, sorti major de promo de l'ENSTA Bretagne. Mais c'est sa conscience environnementale qui l'a poussé à tout quitter.
«Les chantiers navals évoluent mais les matériaux sont encore loin de zéro émission. J'avais envie de bouger les lignes»
Passionné de glisse et grand voyageur, il se retrouve un jour au Portugal avec une pile de cartons devant chez lui. Il en fait une planche de surf. Le premier essai est concluant. Il en fait une deuxième, une troisième. Il gagne un concours d'innovation en Californie. Puis un autre. Un prix décerné par la Communauté d'agglomération Pays basque lui ouvre les portes d'une pépinière à Bayonne. La machine est lancée.
Du skate en carton au matériau industriel : Trashboard tourne la page
Ce que peu de gens savent, c'est que François Jaubert ne fabrique plus de planches de skate ni de surf. La marque Trashboard, connue du grand public pour ses skateboards en carton recyclé, ne reflète plus la réalité du projet. La société s'appelle désormais Aerboard, et son activité est tout autre : concevoir et fournir un matériau composite haute performance à l'industrie. Quels clients ? Il ne peut pas le dire. «La plupart de ce qu'on fait est confidentiel. On travaille sur des pièces ultra-complexes.» Ce qui est certain, c'est que les grands acteurs industriels frappent à sa porte.
Le matériau, c'est du carton recyclé compressé, traité avec une résine époxy biosourcée. Il peut prendre l'apparence du bois, de l'aluminium, de l'inox, voire du plastique souple selon les besoins. «C'est l'idée d'avoir un matériau brut que celui qui le reçoit peut finir lui-même, et non pas juste un produit fini.» Fabriqué sans eau, avec une très faible consommation énergétique, toutes les matières premières proviennent du territoire français. Un positionnement de souveraineté industrielle assumé.
D'un garage au Pays basque à l'industrie spatiale
Le chemin parcouru depuis la première planche est vertigineux. «La première planche pesait 19 kg, c'était hyper lourd. Maintenant on est sur un matériau qui pèse moins d'1 kg au mètre carré.» Entre les deux, des années de prototypes, des machines conçues en interne, un process propriétaire développé seul.
La reconnaissance est venue de là où on ne l'attendait pas : le CNES a contacté Aerboard pour prototyper un aileron de fusée destiné à partir dans l'espace. « C'est eux qui m'ont contacté. Ils m'ont dit : votre truc est quand même assez incroyable, est-ce que vous pouvez faire ça ? Et la technologie s'y prête très facilement. » De la planche de carton à l'espace, en passant par une carrosserie d'automobile ou un boîtier de téléphone : le matériau s'adapte à tout.
La prochaine étape pour Aerboard : industrialiser et lever des fonds
Aerboard, c'est aujourd'hui quatre personnes, bientôt cinq. La prochaine étape est clairement identifiée. «Le processus est fiable, il est stable. Maintenant il faut passer à l'échelle supérieure. Il nous faut une vraie machine de guerre.» Les sollicitations arrivent tous les jours, les investisseurs se manifestent. Plusieurs deals ont déjà été refusés, faute de vouloir divulguer le process propriétaire. L'ambition est là : prototyper une usine pilote zéro déchet au Pays basque, puis exporter le modèle.
François Jaubert le dit lui-même : « Concevoir de la matière première grâce à ses propres déchets, nous savons faire et nous avons développé des machines en ce sens. »
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Par Jacques FROISSANT
Directeur de la publication
Bordelais, œnologue, tout allait bien… jusqu’à ce que je dérape dans l’entrepreneuriat RH pour les startups. 😉 Auteur et chroniqueur (L’Express, FrenchWeb, France 3 NOA...), je suis aujourd’hui cofondateur et rédacteur en chef d’AQUI.Media
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