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Aéronautique

Loïc Pochet, le «marin volant» : de la Route du Rhum à l'hydravion

Skipper de haut niveau, pilote instructeur et concepteur d'hydravion, Loïc Pochet se définit comme un «marin volant». De la Route du Rhum au drone Sea Meerkat qui intéresse les Marines américains, portrait d'un entrepreneur hors norme qui lorgne sur Biscarosse.

Par César Rosenzweig
Publié il y a 8 juin
5 min de lecture
Loïc Pochet, le «marin volant» : de la Route du Rhum à l'hydravion
Le Morgann : une révolution de l’hydraviation civile

Il y a des parcours qui ne ressemblent à aucun autre. Loïc Pochet en fait partie. Né en 1963 dans une famille bretonne, « élevé par le monde des livres et de la mer », il se définit lui-même comme un « marin volant ». Skipper de haut niveau, pilote instructeur, autodidacte, concepteur d'hydravion, entrepreneur : c'est en Nouvelle-Aquitaine, du côté de Biscarosse, qu'il envisage éventuellement de poser ses valises avec son projet de drone hydravion amphibie.

De la Route du Rhum à l'aviation : le déclic d'un cargo dans l'Atlantique

Tout commence en 2002. Loïc Pochet est bien placé sur la Route du Rhum quand il est percuté par un cargo et contraint à l'abandon. L'année suivante, il devait participer au Vendée Globe mais la propriétaire de son bateau le vend à des Américains. « Je me suis retrouvé au sec, à terre. Je me suis dit qu'est-ce que je fais, je ne vais pas regarder partir les autres. » C'est en retombant sur le livre de Kessel consacré à Mermoz qu'il trouve sa réponse : partir sur les traces de l'aéropostale. « C’est comme ça que d'un marin, je suis devenu un marin volant. »

Il passe ses brevets de pilote instructeur aéronautique spécialisé dans l'hydravion et fait évoluer un hydravion ULM de série associé avec son concepteur Miguel Rosario conçoit le Calamalo, un hydravion ULM avec lequel il traverse la Méditerranée puis l'Atlantique nord. Lors d'une seconde tentative, l'appareil s'écrase au Groenland. Il repart de zéro, fort de près de 3 000 heures de vol accumulées. « Ça m'a permis de voyager dans toutes les contrées quasiment inexploitables avec un voilier. Et surtout ça m'a permis de rencontrer des gens. Mon carnet de voyage s'est transformé en carnet de doléances, puis en cahier des charges...» Le constat est simple : tous les hydravions qui existent sont en aluminium, datant des années 40 ou 50, et posent des problèmes d'électrolyse et d'entretien dès qu'on les expose à l'univers salin. Plusieurs trophées viennent récompenser sa ténacité : Aviva La Fabrique, BFM Business et RMC lui remettent leurs prix « Jeunes pousse », Finaliste des trophées innovations 56 du Morbihan, Trophée Septuors de l’Hérault ou à l’international le bluesky.

Le Morgann : "permet de sortir de l'eau en 45 mètres au lieu de 700"

En 2016, Loïc POCHET crée Calamalo Aviation, devenue depuis POCHET Aerospace, et imagine le Morgann, du breton « enfant né de la mer ». Un hydravion amphibie de quatre places équipées de foils et d'ailes rétractables, unique au monde. « Notre hydravion, au lieu de décoller en 700 à 800 mètres pour une tonne huit cents en masse max, il va sortir de l'eau en 45 mètres. On aura moins de traînée, une vitesse de rotation divisée par deux et un confort de décollage bien supérieur. Notre rotation se fera en 450 mètre » La comparaison avec le monde de la voile est naturelle pour lui. « Vous avez vu le bateau d'Armel Le Cléac'h avec ses foils. Notre prototype, c'est pareil. Dans le monde de la mer, les foils, c'est quelque chose qui existe depuis très longtemps. »

L'hydravion fonctionne comme un catamaran au sol : « Lorsqu’on s'apprête à décoller, les ailes sont repliées. On a la stabilité d'un catamaran. Dès qu'on sort, on déplie les ailes, on met la puissance, les foils sont sortis et on décolle. On replie les foils dès qu'on a décollé pour limiter la traînée. » Trois années de développement en CFD, une équipe d'ingénieurs spécialisés et deux partenariats structurants : Vision Technologies à Pau avec l’équipe de Florian Gravouil pour la motorisation thermique à injection hydrogène, et R&Océan Développement à Mérignac avec Franck Tison pour la fabrication du prototype en fibre de carbone recyclée. « Ce sont des briques technologiques qui ont toujours existé, mais qui n'ont jamais été assemblées ensemble.»

Sea Meerkat : un drone qui a suscité l'intérêt des Marines américains

C'est une opportunité non prévue qui a fait pivoter une partie du projet. Des sociétés étrangères et des États se sont manifestés pour des applications de surveillance. « Ce sont eux qui sont venus nous chercher, pas nous qui sommes allés les voir. On ne s'attendait pas, avec une structure aussi petite que la nôtre, à être sous le regard de ces gens-là. Et non seulement ils nous regardent de loin, mais ils sont venus nous voir de près. » Coast-guards et corps des Marines américains ont manifesté leur intérêt pour le drone Sea Meerkat, capable de décoller et d'amerrir sans infrastructure, avec des applications de surveillance côtière, de défense et de surveillance forestière.

Biscarosse et la Nouvelle-Aquitaine : un projet qui cherche ses ancres

« Biscarrosse, c'est une des entités phares de l'historique des hydravions », explique Loïc POCHET. La base de Latécoère au Ourtiquets, l'histoire de l'hydraviation française, le plan d'eau exceptionnel et la proximité avec les forêts landaises en font un site idéal. Mais il reste prudent : « Rien n'est validé. Je ne sais pas si M. Rousset est intéressé par un projet comme le mien. Je n'ai pas eu pour l'instant le privilège d'échanger avec lui sur le sujet. »

Sa vision à dix ans est claire. « On aura continué de réimplanter le monde de l'hydravion par le biais de la France. Un hydravion, contrairement à un avion, n'a pas besoin d'infrastructures importantes. Et il y a de plus en plus de personnes qui habitent à moins de deux cents kilomètres d'une côte. Les surfaces d'aéroport, on ne pourra plus les faire éternellement. Le monde de l'hydravion qui est en train de renaître va progresser. »

Par César Rosenzweig

Auteur

Journaliste stagiaire chez AQUI.Media, je couvre les actualités économiques et les entreprises de Nouvelle-Aquitaine. Diplômé en commerce de l'ESG, je me forme au journalisme à l'EFJ Bordeaux. Mon ambition : devenir journaliste sportif.

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