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Municipales 2026

SNDGCT : le syndicat de ceux qui font tourner vos mairies (et redoutent le mercato de 2026)

DGS, directeurs généraux des services : ces fonctionnaires qui font tourner vos mairies peuvent être remplacés du jour au lendemain après les élections. Le SNDGCT les défend.

Par Jacques FROISSANT
Publié il y a 19 mars
6 min de lecture
SNDGCT : le syndicat de ceux qui font tourner vos mairies (et redoutent le mercato de 2026)
Les Directeurs Généraux des Services (DGS) ces chefs d'orchestre des mairies

À l'approche des municipales 2026, un syndicat méconnu se prépare à gérer un gigantesque mercato. Yvan Bregeon, Vice-Président national du SNDGCT, et Karine Longaive, Présidente de l'Union régionale Aquitaine, nous ouvrent les coulisses d'une profession exposée, indispensable, et pourtant invisible.


Ces "chefs d'orchestre de l'ombre" qui font tourner vos mairies (et que les élections rebattent comme un jeu de cartes)

Ils dirigent les services de votre mairie, pilotent les équipes, garantissent la légalité des décisions, arbitrent les budgets, managent des centaines d'agents. Et pourtant, la plupart des habitants ne connaissent même pas leur nom. Les Directeurs Généraux des Services (DGS) sont les grandes figures de l'ombre de la vie territoriale en Nouvelle-Aquitaine comme partout en France. Et quand les urnes parlent, leur avenir peut basculer du jour au lendemain.

C'est pour défendre ces professionnels que le Syndicat National des Directions Générales des Collectivités Territoriales (SNDGCT) existe. Nous avons rencontré deux de ses représentants aquitains : Yvan Bregeon, Directeur Général des Services de la ville de Pessac depuis 2015 et Vice-Président national du syndicat, et Karine Longaive, DGS d'Izon depuis 2020 et Présidente de l'Union régionale Aquitaine.

Qu'est-ce qu'un Directeur Général des Services de collectivité ?

Imaginez un Directeur Général d'entreprise (sauf que l'entreprise, c'est votre ville, et que l'actionnaire principal, c'est le suffrage universel). Le DGS coordonne l'ensemble des services municipaux, traduit la vision politique du maire en actes administratifs concrets, et assume une responsabilité juridique, financière et managériale de tous les instants. Une expertise transversale (technique, juridique, financière, administrative) que les élus, aussi compétents soient-ils, ne peuvent que difficilement acquérir au fil de leur seul mandat.

"Quand ça marche pas, c'est la faute au DGS. Et quand ça marche, c'est grâce au maire." confie avec un sourire Yvan Bregeon, Vice-Président national du SNDGCT

La formule fait rire, mais elle dit quelque chose de vrai sur une fonction qui n'est reconnue... nulle part. Aucun texte législatif ne définit précisément le périmètre du poste, ses droits, ses pouvoirs décisionnels ou sa place dans l'organigramme institutionnel. Pourtant, en cas de contentieux, le juge, lui, sait parfaitement reconnaître sa responsabilité.

Un fonctionnaire exposé : le statut précaire du DGS de collectivité territoriale

Le DGS est, pour l'essentiel, un fonctionnaire. Mais un fonctionnaire placé dans une situation juridique particulière : il est détaché sur son poste de direction générale. Ce détachement repose sur un seul fil : la confiance avec le maire. Et ce fil peut être rompu à tout moment, sans que l'élu ait à s'en justifier juridiquement.

"Un employeur peut juste déclarer qu'il n'y a plus la confiance, et c'est suffisant." Yvan Bregeon

Conséquence : si le maire décide de mettre fin à ce lien, le DGS dispose de six mois pour quitter la collectivité. Le fonctionnaire retrouve son statut initial et doit trouver un nouveau poste (dans la même collectivité ou ailleurs). Le contractuel, lui, n'a pas ce filet de sécurité. Une précarité paradoxale, pour une fonction que beaucoup perçoivent encore, de l'extérieur, comme un bastion de l'emploi à vie.

Élections municipales 2026 : le grand mercato des DGS

C'est là que les échéances électorales entrent en jeu. Et 2026 s'annonce comme un millésime chargé : municipales et régionales la même année, en Nouvelle-Aquitaine comme partout en France.

"On peut imaginer qu'il y aura un gros boulot de mercato à gérer." Yvan Bregeon

Le phénomène est bien documenté. Lors des élections municipales de 2014 et 2020, dans les communes de plus de 40 000 habitants où une alternance politique s'est produite, la quasi-totalité des DGS en poste ont été remplacés. Dans les villes de 15 000 à 40 000 habitants, le turn-over est également très significatif. Ce n'est qu'en dessous de 15 000 habitants que la mobilité est un peu moins systématique (encore que les dernières élections aient apporté leur lot de surprises, avec des élus issus du secteur privé arrivant avec une vision "entreprise" de la gestion communale).

Comment le SNDGCT accompagne ses membres en Aquitaine

Face à cette réalité, le SNDGCT a mis en place un dispositif d'accompagnement à plusieurs niveaux. Il intervient d'abord pour s'assurer que les règles de droit sont respectées lors des fins de détachement (non pas pour s'opposer aux décisions souveraines des élus, mais pour garantir que les droits du collègue concerné sont préservés). Concrètement : soutien juridique, accompagnement moral, présence à l'entretien de fin de détachement, couverture partielle des pertes de revenus via une assurance dédiée, et mise en relation avec des cabinets de recrutement.

Mais le syndicat ne se contente pas d'être réactif. Tout au long de l'année, il organise des webinaires, des ateliers, des formations (et chaque automne, le salon Territorialis, rendez-vous national dédié aux dirigeants territoriaux). L'objectif : préparer les membres au fait que leur poste peut s'arrêter à tout moment, psychologiquement et professionnellement, avant que ça n'arrive.

"Notre action n'est pas uniquement dans le réactif, au contraire c'est très proactif pour anticiper au maximùum." Karine Longaive, Présidente de l'Union régionale Aquitaine du SNDGCT

Elle évoque des collègues qui, à l'occasion d'une fin de détachement, ont saisi l'opportunité pour faire un bilan de compétences et se repositionner sur d'autres champs de l'action publique. D'autres, "piqués au virus", n'ont qu'une envie : retrouver un poste de direction générale au plus vite.

Un syndicat qui pèse, et qui veut peser davantage

Le SNDGCT compte près de 4 000 membres au niveau national, dont 90 % sont en poste actif. En Aquitaine, l'union régionale (qui fonctionne sur les cinq anciens départements : Gironde, Dordogne, Landes, Lot-et-Garonne, Pyrénées-Atlantiques) réunit environ 250 adhérents, avec une centaine pour la seule Gironde. Les mandats des bureaux locaux sont renouvelés tous les trois ans.

Au-delà de l'accompagnement individuel, le syndicat porte une ambition plus large : faire reconnaître enfin le rôle du DGS dans un texte de loi. Car si l'absence de statut formel ne les empêche pas de travailler, elle fragilise leur position et alimente le flou sur leur légitimité. Le SNDGCT est régulièrement consulté par les ministères et les parlementaires sur les grandes réformes territoriales (décentralisation, simplification des normes, responsabilité financière des gestionnaires publics, impact de l'IA sur les services publics).

"Les chefs d'orchestre de l'ombre." Karine Longaive

Reste à faire en sorte qu'on les écoute aussi quand les urnes se referment.


L'essentiel à retenir sur le SNDGCT

  • Le SNDGCT (Syndicat National des Directions Générales des Collectivités Territoriales) regroupe près de 4 000 membres en France, dont 90 % sont en poste actif.
  • En Aquitaine, l'union régionale compte environ 250 adhérents répartis sur cinq départements (Gironde, Dordogne, Landes, Lot-et-Garonne, Pyrénées-Atlantiques).
  • Un DGS est un fonctionnaire détaché sur son poste : si le maire rompt le lien de confiance, il dispose de six mois pour quitter la collectivité, sans que l'élu ait à se justifier juridiquement.
  • Lors des alternances politiques dans les communes de plus de 40 000 habitants (élections 2014 et 2020), la quasi-totalité des DGS en poste ont été remplacés.
  • Les élections municipales et régionales de 2026 devraient provoquer un turn-over massif parmi les directeurs généraux des collectivités de Nouvelle-Aquitaine.
  • Le SNDGCT propose à ses membres un accompagnement juridique, moral, financier et en recrutement en cas de fin de détachement.
  • Aucun texte législatif ne définit aujourd'hui le statut, le rôle ou les pouvoirs du DGS au sein de sa collectivité : c'est l'un des combats prioritaires du syndicat.

SNDGCT : sndgct.fr — Union régionale Aquitaine : 250 adhérents, cinq départements.

JA

Par Jacques FROISSANT

Directeur de la publication

Bordelais, œnologue, tout allait bien… jusqu’à ce que je dérape dans l’entrepreneuriat RH pour les startups. 😉 Auteur et chroniqueur (L’Express, FrenchWeb, France 3 NOA...), je suis aujourd’hui cofondateur et rédacteur en chef d’AQUI.Media

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