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Bassin d'Arcachon

SIBA : Bruno Lafon élu président, et déjà dans les eaux troubles

Bruno Lafon, maire de Biganos, a été élu à l'unanimité à la présidence du SIBA le 21 avril 2026. Il hérite d'un syndicat sous pression judiciaire, d'un réseau d'assainissement à bout de souffle et d'une filière ostréicole en crise. Son premier discours laisse déjà des traces.

Par Jacques FROISSANT
Publié il y a 24 avr.
7 min de lecture
SIBA : Bruno Lafon élu président, et déjà dans les eaux troubles
SIBA : Bruno Lafon élu président

Arcachon - Mardi 21 avril 2026, le comité syndical du Syndicat Intercommunal du Bassin d'Arcachon (SIBA) s'est réuni à 17h au siège de la structure, pour élire son nouveau président. Bruno Lafon, maire de Biganos, seul candidat en lice, a été élu à l'unanimité des 38 membres. Un plébiscite sans suspense, dans une salle à l'ambiance de rentrée des classes : Thierry Gouaichault consultait des dossiers, Yves Foulon semblait ailleurs les mains vides.

Le contraste avec l'élection de son prédécesseur n'est pas anodin : en juillet 2020, Foulon n'avait obtenu que 32 voix sur 38. Lafon, lui, fait l'unanimité. Ce qui n'empêche pas une vingtaine de militants de l'ADEBA (Association de Défense des Eaux du Bassin d'Arcachon) d'être présents dans la salle, en T-shirt "Le Bassin, je l'aime et le protège". Trois jours plus tôt, leur président Thierry Lafon avait déjà fait passer le message lors du salon nautique, en écumant les chenaux à bord de sa plate surmontée d'un WC géant et d'une banderole "Ça déborde beaucoup trop souvent !" comme nous le relations dans notre reportage sur le salon nautique d'Arcachon. Ce mardi, même combat, autre décor.

Bruno Lafon : maire de Biganos, vice-président du SIBA, et maintenant président

Bruno Lafon, 70 ans, né à Arcachon, n'est pas un inconnu du SIBA : il en était vice-président, précisément en charge de la gestion des eaux, de l'assainissement et des risques littoraux. Maire de Biganos depuis 2008, et de 2008 à 2026 Président la COBAN (Communauté d'Agglomération du Bassin d'Arcachon Nord), huit communes, 73 000 habitants. Sylviculteur, très engagé dans la prévention des feux de forêt, il est à l'origine du système d'information géographique DFCI Aquitaine, outil de coopération pour la protection du massif des Landes de Gascogne.

Le doyen ouvre la séance sur une formule qui résume bien l'enjeu : "Le SIBA est le gardien d'un petit pays. Pas de frontière communale quand l'orage gronde sur la Leyre : tout le bassin est impacté." Joli discours d'ouverture. La réalité qui attend Lafon est nettement moins bucolique.

Crise sanitaire du Bassin d'Arcachon : Bruno Lafon minimise-t-il le bilan ?

À peine élu, le nouveau président lâche cette phrase dans son discours de remerciement : "Comme vous, j'ai été heurté que l'on félicite le SIBA pendant soixante-dix ans pour son action et que tout change en quelques semaines."

Traduction : la crise de l'hiver 2023-2024, les débordements d'eaux usées, l'épidémie de gastro-entérite, les huîtres contaminées au norovirus, les 7 millions d'euros de chiffre d'affaires perdus par les ostréiculteurs, les gardes à vue de la directrice générale du SIBA et de la directrice des opérations de Veolia Atlantique, la suspension par le Conseil d'État du fameux "permis de polluer" en novembre 2025, les nouvelles inondations à Lanton en janvier 2026... tout ça, c'est du bruit. Soixante-dix ans de bons et loyaux services, et voilà qu'on les juge sur "quelques semaines".

Il enchaîne : "En cas de crise, on cherche un bouc émissaire." Sauf qu'une enquête ouverte pour "pollution", "écocide" et "mise en danger de la vie d'autrui" n'est pas une question de bouc émissaire. C'est une question de responsabilités.

Thierry Lafon, président de l'ADEBA (Association de Défense des Eaux du Bassin d'Arcachon) et premier plaignant contre le SIBA, résume autrement : "Ce qui s'est passé est le fruit d'une politique d'aménagement du territoire déplorable. Le réseau pluvial n'étant pas dimensionné pour l'espace public, en cas de fortes pluies, forcément, ça déborde."
Thierry Lafon Président de l'ADEBA (à gauche en Tshirt)
Thierry Lafon Président de l'ADEBA (à gauche en Tshirt)

Assainissement du Bassin d'Arcachon : un réseau à bout de souffle

Le dossier que Lafon récupère est structurel, pas conjoncturel. Le SIBA gère un réseau conçu pour une population stable, sur un territoire qui absorbe 250 000 personnes l'été pour 150 000 résidents permanents sur le Bassin en hausse permanente avec une trajectoire qui améne vers 200 000 en 2030. La saturation lors des épisodes pluvieux intenses n'est pas un accident : c'est la conséquence d'une urbanisation du littoral jamais vraiment régulée, et d'un réseau pluvial sacrifié en chemin.

L'ADEBA le documente depuis des mois, sans réponse du SIBA : les 120 millions d'euros d'investissements annoncés sur cinq ans restent flous dans leur conception, notamment sur les travaux prévus en zone littorale, là où la pression est maximale.

"Les mêmes causes produisent les mêmes effets, résume Olivier Laban, président du Comité régional de la Conchyliculture Arcachon Aquitaine. Ce qui est arrivé en 2020 est arrivé en 2023 et ce qui est arrivé en 2023 arrive en 2026."

À cela s'ajoutent les défis chroniques : érosion du trait de côte (155 000 m³ de dragage tous les deux ans sur le seul secteur du Pyla), entretien des chenaux, colmatage progressif du réseau hydrographique. Le projet RéZHilience, programme pluriannuel de solutions fondées sur la nature, est annoncé comme une réponse. Ses résultats concrets restent à démontrer.

SIBA : peut-on gérer les eaux usées et promouvoir le tourisme sans conflit d'intérêts ?

La répartition des vice-présidences en dit long sur les équilibres politiques. L'assainissement des eaux usées, dossier le plus explosif, échoit à Loïc Ballongue, maire de Lanton, commune qui a subi des débordements dévastateurs en 2023 et 2025. Ce n'est pas un cadeau, mais au moins il va être défendu par le premier concerné par les manques du SIBA. La promotion du territoire (tourisme) revient à Thierry Gouaichault, nouveau maire de La Teste.

C'est précisément ce cumul qui pose question. Comme nous l'avions documenté, le SIBA cumule quatre rôles rarement conciliables : concepteur, exploitant, contrôleur et communicant du système d'assainissement, sans qu'aucune autorité technique indépendante ne vienne vérifier la fiabilité des installations. Il est à la fois gestionnaire des eaux usées et promoteur de l'image du Bassin. Autrement dit : juge et partie.

Le maire d'Andernos, Jean-Yves Rosazza, est à ce jour le seul élu à avoir clairement nommé le problème, en préconisant une séparation des pôles de compétence.

Thierry Laborde, résident permanent engagé sur ces questions, formule le diagnostic sans précautions oratoires : "Comment le garant de la salubrité du Bassin peut-il être l'élu d'une commune abritant l'usine Smurfit Westrock, dont l'impact environnemental est une préoccupation constante ? On demande aux permanents de payer pour des dragages qui appauvrissent nos fonds marins, alors que l'océan finit toujours par reprendre ce sable."

La question mérite d'être posée : le profil industriel de Biganos crée-t-il un angle mort dans la gouvernance du SIBA ? Aucun élu ne s'y est risqué publiquement.

Le consensus comme horizon, les débordements comme réalité

Bruno Lafon a promis d'être "le président de tous". Il dispose d'atouts réels : connaissance fine du territoire, expérience de gestion de crise (tempêtes successives, incendies de 2022 en Gironde), légitimité politique que son prédécesseur n'a plu. Mais le Bassin d'Arcachon n'est pas une forêt qu'on protège par des coupe-feux.

26 exploitations ostréicoles sont actuellement en vente sur le Bassin. Les mortalités atteignent jusqu'à 90 % des jeunes huîtres. La filière représente 260 entreprises, 5 000 emplois directs et indirects, 1,4 million de visiteurs par an. Elle réclame depuis deux ans un fonds de garantie pour pouvoir suspendre les ventes sans mettre les entreprises en faillite. Elle attend toujours.

Un syndicat dont les responsables opérationnels sont sous le coup d'une enquête judiciaire, dont le "permis de polluer" a été suspendu par le Conseil d'État, et dont le réseau a encore débordé cet hiver ne peut pas commencer un mandat en mode "soixante-dix ans de bons services". La prochaine grosse pluie dira ce que vaut le nouveau président.

JA

Par Jacques FROISSANT

Directeur de la publication

Bordelais, œnologue, tout allait bien… jusqu’à ce que je dérape dans l’entrepreneuriat RH pour les startups. 😉 Auteur et chroniqueur (L’Express, FrenchWeb, France 3 NOA...), je suis aujourd’hui cofondateur et rédacteur en chef d’AQUI.Media

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