Municipales à Mont-de-Marsan : la ville qui regarde Bordeaux… tout en jurant qu’elle n’en veut pas
Mont-de-Marsan jure qu’elle ne veut pas devenir Bordeaux, mais raisonne en permanence en attractivité et rayonnement. En 2026, Dayot, Darrieussecq, Dutin et le RN se disputent une ville transformée… et politiquement fissurée.

Municipales 2026 à Mont-de-Marsan : la ville qui regarde Bordeaux… tout en jurant qu’elle n’en veut pas
La ville de Mont-de-Marsan, préfecture des Landes, se prépare à un scrutin municipal crucial en 2026. Entre la poursuite d'une métamorphose urbaine ambitieuse portée par Charles Dayot et les fissures de plus en plus apparentes au sein du bloc central, l'élection s'annonce comme un tournant pour l'avenir de Lou Moun.
Mont-de-Marsan : une cité landaise en quête de second souffle politique
À Mont-de-Marsan, la campagne municipale commence toujours par un déni. Non, la ville ne veut pas devenir une métropole. Non, elle ne veut pas copier Bordeaux, Bayonne ou Pau. Et pourtant, à écouter les candidats, tout le monde promet plus d’attractivité, plus de rayonnement, plus de dynamisme, comme si la capitale des Landes devait sans cesse se justifier de ne pas être autre chose qu’elle-même. Ici, la politique locale se joue sur une ligne de crête : rester une ville de campagne… sans avoir l’air d’une ville qui décroche.
Le cadre socio-économique : une ville concentrée, socialement fragile
Avec 31 455 habitants (56 042 pour l'agglomération), Mont-de-Marsan reste le cœur économique du département. Si le tissu entrepreneurial local montre une certaine résilience avec une croissance de 6,87 % du nombre d'établissements fin 2024, la fragilité sociale demeure une réalité : le revenu fiscal moyen par foyer (24 466 €) se situe nettement sous la moyenne nationale des villes moyennes.
La structure économique reste dominée par le secteur tertiaire (88 % des emplois) et par la présence structurante de la Base aérienne 118, pilier de l’emploi public local mais aussi facteur de faible diversification industrielle.
Finances locales : désendettement réel et marges étroites
Côté finances, la municipalité a mené une politique de désendettement rigoureuse, ramenant la dette à 42,6 millions d'euros fin 2024, soit une baisse de 11 millions depuis 2015. Toutefois, l'inflation énergétique (+500 000 €/an) et la hausse des charges de personnel liées aux cotisations sociales (URSSAF, CNRACL) pèsent sur le budget 2025, limitant les capacités d'investissement direct pour la fin de mandat.
La ville a déjà réduit ses effectifs, passés de 282 à 257 agents en six ans. Or la faible progression des bases fiscales (+1,7 % prévus en 2025) limite toute capacité de respiration budgétaire. Les marges de manœuvre pour le prochain mandat seront étroites, quel que soit le vainqueur.
Bilan urbain : Action Cœur de Ville et nouvelles mobilités
Le bilan de la majorité repose sur le programme national Action Cœur de Ville (ACV). La phase 1 (2018-2023) a permis l'ouverture de 99 commerces et la rénovation de 147 logements. La phase 2 (2023-2026) se concentre sur des projets structurants dont les livraisons coïncideront avec l'échéance électorale :
- Le Musée National de la Sculpture Figurative : Un projet de 17 millions d'euros vivement critiqué par l'opposition pour son coût.
- La Résidence Universitaire : Livraison prévue en 2026 pour accueillir les 2 500 étudiants du territoire.
- La Coulée Verte : Un maillage paysager reliant la gare aux berges, visant à planter 2 000 arbres pour lutter contre les îlots de chaleur.
Parallèlement, janvier 2026 marquera le lancement de Movima, le nouveau réseau de transports géré par Transdev. Ce réseau "Zéro Diesel" prévoit une ligne express reliant la gare aux pôles d'activités (Hôpital, Mamoura) dès septembre 2026, un argument clé pour l'attractivité résidentielle.
Pour les soutiens de Charles Dayot, ces projets ancrent Mont-de-Marsan dans une trajectoire de long terme. Pour ses détracteurs, ils incarnent une politique de vitrine, déconnectée des quartiers périphériques.

De la continuité à la rupture : la fin de l’ère Darrieussecq-Dayot
La vie politique montoise reste marquée par l’empreinte de Geneviève Darrieussecq, maire de 2008 à 2017, puis figure nationale du MoDem. La transmission du pouvoir à Charles Dayot s’était faite sous le signe de la continuité. Elle s’est transformée, au fil du mandat, en fracture ouverte.
Les tensions ne sont plus feutrées. La députée évoque désormais publiquement la nécessité d’« apaisement », laissant entendre que la méthode Dayot aurait rigidifié le dialogue local. En face, le maire assume un style plus vertical, revendiquant la cohérence de son action. Cette opposition se cristallise au conseil municipal à travers Mathieu Ara, relais politique de Geneviève Darrieussecq. La question de savoir si l’ancienne maire conduira une liste concurrente ne se pose plus : elle est candidate déclarée depuis le 14 novembre.
Un paysage politique éclaté face aux enjeux de 2026
À Mont-de-Marsan, les thèmes de campagne sont identifiés de longue date : centre-ville fragilisé, commerces sous tension, jeunesse qui s’éloigne, mobilités limitées. Ici, le débat porte moins sur l’insécurité que sur l’effacement progressif et la capacité de la ville à rester visible dans une région dominée par ses métropoles.
Geneviève Darrieussecq : la reconquête par l'apaisement
La ministre et députée MoDem a franchi le Rubicon le 14 novembre dernier en officialisant sa candidature. Invoquant ses « tripes » et son attachement viscéral à la ville qu'elle a dirigée pendant neuf ans, elle prône aujourd'hui un « calme » et un « apaisement » qui marquent une rupture nette avec l'actuelle majorité. Sa présence transforme l'élection en un duel fratricide au sein du bloc central, menaçant de fragmenter un électorat jadis uni.
Charles Dayot : la gestion comme ligne politique
Le maire sortant revendique une droite locale de gestion, prudente dans le discours, volontaire dans l’action. Son mandat est marqué par une logique de stabilisation, appuyée sur des investissements visibles. Ses adversaires décrivent au contraire une municipalité qui administre plus qu’elle ne se projette, avec une ambition jugée trop mesurée pour enrayer le décrochage démographique.
Frédéric Dutin : la gauche unie mais ...
À gauche, l'union semble scellée autour de Frédéric Dutin (PS). Soutenu par une coalition incluant le PCF et EELV, il prône un retour à la proximité. Le point de friction reste La France Insoumise (LFI), avec laquelle des divergences majeures subsistent, notamment sur le dossier de la LGV.
Nicolas Leregle : le Rassemblement National en embuscade
À droite du maire sortant, l’espace politique apparaît verrouillé. Le Rassemblement national, avec Nicolas Leregle, avocat, ex RPR, encarté depuis un an au RN, fait figure d'opportuniste. Sa seule stratégie repose sur la critique du bloc central et l'espoir d'une triangulaire décisive.
Une élection plus ouverte qu’il n’y paraît
La campagne municipale s’ouvre sur une contradiction persistante. La ville revendique son identité de cité moyenne tout en se comparant sans cesse aux métropoles voisines. Rien n’annonce un séisme électoral, mais l’usure du pouvoir et l’absence de récit dominant rendent le scrutin plus ouvert qu’il n’y paraît.
Au fond, l’élection municipale à Mont-de-Marsan pose une question centrale : une ville moyenne peut-elle continuer à se définir uniquement par ce qu’elle n’est pas? Charles Dayot propose une réponse rassurante : une ville stable, sans excès. Ses opposants tentent d’y injecter plus de mouvement. Le scrutin dira si les habitants acceptent encore longtemps cette position intermédiaire entre fierté rurale et complexe métropolitain.
Municipales 2026 : Les candidats déclarés à Mont-de-Marsan
Bien que les listes officielles soient encore ouvertes, les forces en présence pour le scrutin des 15 et 22 mars 2026 sont bien identifiées :
- Charles Dayot (Divers Droite) : Maire sortant, il défend son bilan urbain (ACV) et sa gestion financière assainie.
- Geneviève Darrieussecq (MoDem) : Ancienne maire et députée, elle est candidate déclarée. Sa candidature pourrait fragmenter durablement l'électorat du centre.
- Frédéric Dutin (Parti Socialiste) : Tête de liste de l'union de la gauche (PS, PCF, EELV, Place Publique), il mise sur la proximité et le mécontentement social.
- Nicolas Leregle (RN) : Avocat investi pour mener la liste de la droite nationale, il ambitionne de porter le RN dans une triangulaire inédite.
AQUI.Media analyse les municipales 2026 dans les grandes villes de Nouvelle-Aquitaine : enjeux, forces en présence et dynamiques politiques.
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Par Jacques FROISSANT
Directeur de la publication
Bordelais, œnologue, tout allait bien… jusqu’à ce que je dérape dans l’entrepreneuriat RH pour les startups. 😉 Auteur et chroniqueur (L’Express, FrenchWeb, France 3 NOA...), je suis aujourd’hui cofondateur et rédacteur en chef d’AQUI.Media
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