Municipales 2026 à Biarritz : le choc entre vitrine touristique et réalité sociale
À l’approche des municipales 2026, Biarritz affronte une crise sociale, urbaine et politique profonde. Aguilera, logement, écologie : une ville sous tension.

A l'approche des Municipales 2026 à Biarritz, le prestige des façades Belle Époque et l’éclat des palaces ne suffisent plus à masquer une réalité politique et sociale devenue explosive. La station balnéaire phare de la Nouvelle-Aquitaine s’apprête à vivre des élections municipales qui ressemblent davantage à un combat pour son âme qu’à une simple alternance, tant les fractures sociales, urbaines et environnementales se sont aggravées en cinq ans.
Sous la direction de Maider Arosteguy, première femme maire de la ville élue en 2020, Biarritz a engagé une transformation profonde. Mais le prix de cette métamorphose alimente désormais une contestation transversale, qui traverse toutes les couches de la population, des tribunes du stade Aguilera aux étals des Halles.
Le contexte local : cinq ans de pouvoir, beaucoup de doutes
L’analyse de la situation politique biarrote impose de revenir sur le séisme de 2020. Élue avec une avance confortable lors d’une « vague bleue » qui a balayé la cité impériale, Maider Arosteguy (LR) a hérité d’une ville marquée par des décennies de gestion « à la petite semaine » et de divisions internes.
Pourtant, après cinq ans de mandat, le diagnostic posé par les forces d’opposition et une partie croissante de la société civile est sévère. Certains parlent désormais d’un véritable « syndrome de glissement ».
La ville projette une image de dynamisme portée par une communication institutionnelle offensive, mais semble dans le même temps s’enliser dans une forme de stagnation structurelle. Les critiques portent sur l’absence de réalisations concrètes au-delà du simple « lifting » urbain.
Le budget 2025, dernier exercice plein avant l’échéance électorale, illustre ce fossé entre la narration municipale et la réalité économique. Tandis que la mairie investit massivement dans des projets de prestige, les services publics du quotidien et le tissu associatif local dénoncent des coupes franches, ainsi qu’une hausse continue des coûts d’accès aux équipements communaux.
Évolution de la population et densité (2022)
Données clés – Biarritz
Population 25 404 habitants
Densité de logements : La plus forte des Pyrénées-Atlantiques
Résidences secondaires : En constante progression, jusqu’à près de 50 % dans certains quartiers
Logements sociaux : 11 % du parc, loin de l’objectif légal fixé à 25 % par la loi SRU
Biarritz est une ville qui se construit, mais qui se vide progressivement de ses forces vives. L’exode des jeunes actifs et des familles, incapables de suivre l’envolée des prix de l’immobilier, transforme certains quartiers en « villes mortes » dès que la saison touristique s’achève. C’est dans ce climat de dépossession identitaire que s’ouvre la campagne municipale de 2026.
Les enjeux du scrutin : un triple défi pour l’avenir
Trois dossiers majeurs cristallisent les tensions et structureront les débats électoraux des prochains mois. Ils ne relèvent pas de simples arbitrages techniques. Ils incarnent des visions de la ville radicalement opposées entre la majorité sortante et ses adversaires.
Le dossier Aguilera : le point de bascule
S’il est un sujet qui empêche la majorité actuelle de dormir, c’est bien le plateau d’Aguilera. Ce projet d’aménagement, qui prévoit la construction de 250 à 300 logements, est devenu le symbole de ce que l’opposition qualifie de « bétonnage à outrance ». En s’associant au promoteur immobilier Robert Alday, la mairie a déclenché une tempête politique qui dépasse largement le seul cadre de l’urbanisme.
L’enjeu est double. Il concerne d’abord la sauvegarde du patrimoine sportif de la ville. La destruction programmée du terrain Coubertin, pourtant rénové à grands frais il y a à peine cinq ans, et l’absence de garanties claires sur la construction d’une nouvelle tribune pour le Biarritz Olympique Pays Basque (BOPB) ont braqué une partie du public et des supporters.
Mais le conflit est aussi social. Sur les 150 logements sociaux annoncés, l’opposition affirme que seuls 40 seraient réellement protégés de la spéculation via le mécanisme du Bail Réel Solidaire (BRS). Les autres pourraient, à terme, réintégrer le marché privé et alimenter le stock déjà pléthorique de résidences secondaires. La gestion politique de ce dossier par Maider Arosteguy a été perçue comme un déni de démocratie. L’évacuation forcée de la salle du conseil municipal, en septembre dernier, sous les sifflets d’un public où figurait notamment Serge Blanco, reste une image forte appelée à marquer durablement la campagne.
Le calendrier judiciaire, avec plusieurs recours déposés par l’opposition, pourrait d’ailleurs bloquer la vente des terrains jusqu’après les élections, transformant de fait le scrutin en un référendum local sur Aguilera.
La crise du logement et la loi SRU : l’échec des chiffres
Biarritz est aujourd’hui en infraction au regard de la loi Solidarité et Renouvellement Urbain (SRU). Avec 11 % de logements sociaux, la cité impériale figure parmi les mauvais élèves de la région, une situation qui lui coûte environ 2,5 millions d’euros d’amendes par an.
Pour la majorité municipale, la réponse passe par la construction neuve sur les rares fonciers encore disponibles, notamment à Aguilera ou dans le quartier Kléber. Pour l’opposition, cette stratégie relève de l’impasse. Elle plaide pour une politique de préemption plus offensive des logements vacants et une régulation beaucoup plus stricte des locations touristiques de type Airbnb, jugées aujourd’hui insuffisamment encadrées.
La fraude aux résidences principales, certains propriétaires modifiant fictivement leur statut pour contourner les quotas, est un secret de polichinelle. La mairie est accusée de ne pas la traquer avec la vigueur nécessaire. Sur le terrain, ce débat n’est plus technique : il oppose deux visions irréconciliables de ce que doit rester ou devenir Biarritz.
L’urgence environnementale : des falaises au littoral
Biarritz ne peut plus ignorer les signaux d’alarme envoyés par la nature. L’érosion du trait de côte n’est plus une menace abstraite, mais une réalité visible, parfois spectaculaire, à la pointe Saint-Martin ou le long de la falaise Bernin. Les chantiers de renfort redémarrent, mais leur coût financier pour les contribuables est abyssal. Les solutions techniques retenues, souvent fondées sur le bétonnage des pieds de falaise, sont de plus en plus contestées par les défenseurs de l’environnement.
À cette tension structurelle s’est ajoutée la crise sanitaire de l’été 2025, marquée par une dégradation historique de la qualité des eaux de baignade. Le maintien de la fermeture des douches de plage, décision municipale controversée, est devenu le symbole d’une écologie perçue comme punitive ou de façade, incapable de traiter les causes profondes, notamment l’obsolescence des réseaux d’assainissement.
Forces politiques en présence : une mosaïque éclatée
Le paysage politique biarrot pour 2026 se caractérise par une fragmentation extrême, rendant toute projection électorale particulièrement incertaine.
La majorité sortante : Maider Arosteguy face à l’usure
Maider Arosteguy repart avec le soutien de sa famille politique naturelle (LR) et d’une coalition incluant Les Centristes, Horizons et le Parti nationaliste basque (PNB). Mais cette hégémonie apparente est contestée de l’intérieur.
Démissions, dissidences et prises de distance témoignent d’une gouvernance jugée trop verticale. On lui reproche une déconnexion croissante entre les appareils nationaux et le terrain biarrot, ainsi qu’une communication privilégiant l’image personnelle au détriment des dossiers de fond.
L’opposition centriste et divers droite : le bloc CAP Biarritz
Jean-Baptiste Dussaussois-Larralde s’est imposé comme l’opposant le plus vocal. À la tête de la liste CAP Biarritz, il a réussi à agréger des déçus de la majorité, des dissidents de droite, mais aussi des soutiens issus de Renaissance, du MoDem et même du Parti socialiste.
Son programme revendique un pragmatisme assumé, opposé à ce qu’il qualifie d’« idéologie immobilière » de la maire. Il mise sur une gestion inspirée du monde de l’entreprise et promet de restaurer le dialogue avec les habitants et les associations.
Serge Blanco : le facteur XL
L’entrée en lice de Serge Blanco a rebattu les cartes. Candidat sans étiquette avec sa liste « Mon équipe, c’est Biarritz ! », l’ancien international capitalise sur son aura de légende locale.
S’il refuse toute assignation partisane, la candidature de Serge Blanco suscite autant d'enthousiasme que de méfiance, en raison de son rôle au sein du Biarritz Olympique, un club dans lequel le milliardaire controversé Pierre-Édouard Stérin joue depuis peu un rôle financier majeur. Sans lien formel confirmé entre les deux hommes, la proximité institutionnelle suffit à alimenter, dans la ville, une perception d'influence idéologique qui pèse sur la campagne.
Sa ligne se situe clairement au centre droit, avec une priorité donnée à la redynamisation de la ville et à la reconquête de son influence au sein de l’agglomération Pays basque. Son lien avec le BOPB en fait un candidat redoutable sur le dossier Aguilera, capable de mobiliser un électorat populaire qui se sentait jusque-là marginalisé.
La mouvance écologiste et citoyenne : Biarritz Nouvelle Vague
Guillaume Barucq, médecin généraliste et figure reconnue de l’écologie locale, mène à nouveau la liste Biarritz Nouvelle Vague. Fort de ses scores précédents, il dénonce la stagnation de la ville et défend une approche globale liant santé publique, environnement et démocratie locale.
Il est rejoint sur ce terrain par Ana Ezcurra, soutenue par Les Écologistes (LÉ), qui entend porter une voix plus radicale sur les enjeux de logement et de transition écologique.
Quand la campagne révèle les lignes de fracture
La campagne qui s’annonce ne sera pas une promenade de santé pour la municipalité sortante. Le climat est lourd, marqué par une polarisation croissante entre les « pro » et les « anti » Arosteguy. Le ton des tribunes municipales et des échanges sur les réseaux sociaux témoigne d’une agressivité latente, nourrie par un sentiment diffus d’injustice sociale.
Le malaise de l’entre-soi et la communication « liftée »
L’un des reproches les plus récurrents adressés à la maire sortante concerne la place accordée à la communication au détriment de l’action de fond. Elle est accusée de « lifter » les problèmes plutôt que de les résoudre.
Cette stratégie de la vitrine irrite une population confrontée à la baisse du pouvoir d’achat, aux difficultés de circulation et à une insécurité routière perçue comme en hausse. Le budget consacré à la communication municipale est régulièrement dénoncé comme un gaspillage d’argent public.
Le divorce avec le tissu associatif
Biarritz a toujours été une ville de réseaux et d’associations. Or, le mandat actuel a vu se multiplier les tensions avec ces structures. Des seniors de l’association 3A contraints de quitter leurs locaux aux clubs de sauvetage côtier se disant abandonnés face aux enjeux de sécurité sur les plages, le malaise est profond.
La hausse des tarifs de location des salles municipales est vécue comme une taxe déguisée sur le lien social. Cette rupture avec la « base » associative pourrait peser lourd dans l’isoloir.
La bataille de l’agglomération : le complexe de la « petite » ville
Enfin, Biarritz souffre d’un malaise persistant au sein de la Communauté d’Agglomération Pays Basque (CAPB). Dirigée par Jean-René Etchegaray (Bayonne), l’agglo est souvent perçue comme une structure lourde qui dilue l’identité biarrote.
Serge Blanco a fait de ce sujet un axe central, promettant de redonner à Biarritz un rôle moteur face à Bayonne et Anglet. La capacité de la ville à peser sur les décisions stratégiques, eau, transports, et tourisme sera un argument déterminant pour les électeurs attachés à la souveraineté communale.
Municipales 2026 à Biarritz : les candidats déclarés
Cette fragmentation se retrouve pleinement dans la liste des candidats aujourd’hui déclarés. Attention, candidat déclaré ne signifie pas liste définitivement déposée. Les recompositions, alliances tardives et retraits stratégiques restent possibles jusqu’au bout.
Les poids lourds
Maider Arosteguy (Union de la droite et du centre)
Maire sortante, élue en 2020, elle repart avec l’appui de LR, d’élus centristes, d’Horizons et du Parti nationaliste basque. Son mandat, marqué par de grands projets urbains et une communication très structurée, arrive usé. Urbanisme assumé, poursuite des opérations immobilières, maintien d’une trajectoire budgétaire jugée rigoureuse par la majorité, contestée par l’opposition.
Serge Blanco (Sans étiquette – société civile)
Ancien international, figure tutélaire du rugby biarrot, il entre tardivement dans la course avec la liste « Mon équipe, c’est Biarritz ! ». Campagne très personnalisée, discours de redynamisation globale de la ville, volonté affichée de redonner du poids à Biarritz dans l’agglomération Pays basque. Son positionnement sur Aguilera et le BOPB en fait un candidat capable de capter un électorat populaire et transversal.
Jean-Baptiste Dussaussois-Larralde (Centre / divers droite)
Chef de file de CAP Biarritz, il s’impose comme l’opposition la plus structurée. Il agrège des déçus de la majorité sortante, des centristes, des soutiens issus de Renaissance, du MoDem et même du PS. Ligne revendiquée : pragmatisme, gestion “à la chef d’entreprise”, critique frontale de l’urbanisme actuel et promesse de restaurer le dialogue avec les habitants et les associations.
La mouvance écologiste et citoyenne
Guillaume Barucq (Divers centre / écologie)
Médecin généraliste, déjà candidat en 2020, il repart avec Biarritz Nouvelle Vague. Discours centré sur la santé environnementale, la démocratie locale et la critique de la « stagnation » de la ville. Positionnement indépendant, refus des grandes coalitions partisanes.
Ana Ezcurra (Les Écologistes)
Tête de liste de Biarritz Berri, elle incarne une écologie plus politique et plus offensive. Logement social, lutte contre la spéculation, régulation des locations touristiques, transition écologique accélérée. Elle cherche à capter un électorat jeune et militant, souvent abstentionniste aux municipales.
La droite nationale et les candidatures périphériques
Michel Fournier (Rassemblement National)
L’ancien encarté LR, qui avait soutenu Maider Arosteguy en 2020, fait figure d'opportuniste en rejoignant le RN. Il entend profiter de l’émiettement de la droite traditionnelle pour consolider une présence municipale. Discours centré sur l’ordre, la sécurité et la priorité aux résidents permanents.
Richard Tardits (Indépendant)
Candidat récurrent, ancien sportif de haut niveau, il porte une voix libérale et internationale. Influence électorale limitée, mais discours distinct sur l’attractivité et l’ouverture de la ville.
Le Biarritz de 2026 n’est plus celui de 2020.
La « vague bleue » s’est muée en clapotis nerveux, où chaque dossier — du moindre mètre carré bétonné à Aguilera jusqu’à la fermeture d’une douche de plage — devient le catalyseur d’une confrontation idéologique majeure.
Biarritz ne vote pas seulement pour un maire.
Elle vote pour décider si elle reste une ville habitée… ou une vitrine définitivement vidée de ses habitants.
AQUI.Media analyse les municipales 2026 dans les grandes villes de Nouvelle-Aquitaine : enjeux, forces en présence et dynamiques politiques.
Mots-clés :
Par Jacques FROISSANT
Directeur de la publication
Bordelais, œnologue, tout allait bien… jusqu’à ce que je dérape dans l’entrepreneuriat RH pour les startups. 😉 Auteur et chroniqueur (L’Express, FrenchWeb, France 3 NOA...), je suis aujourd’hui cofondateur et rédacteur en chef d’AQUI.Media
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