Municipales à Angoulême : après la BD, le vide – chronique d’une ville qui a perdu sa vitrine
Angoulême aborde les municipales 2026 dans un climat de rupture. Annulation du Festival de la BD, insécurité, fracture territoriale, chute de l’attractivité. Neuf listes, aucune évidence. Une ville sans vitrine, sans majorité, sans certitude.

Le paysage politique charentais s’apprête à vivre un séisme d’une magnitude sans précédent à l’occasion des élections municipales de 2026. Angoulême, la cité perchée, autrefois symbole d’un rayonnement culturel international par l’image, se trouve aujourd’hui à la croisée des chemins, déchirée par des tensions sociales latentes, une insécurité qui n’est plus un fantasme, et le naufrage historique de son événement phare, le Festival International de la Bande Dessinée (FIBD). Pour Xavier Bonnefont, maire sortant, la quête d’un troisième mandat s’apparente à une marche sur un fil tendu au-dessus d’un gouffre de mécontentement.
L’analyse des forces en présence et de la situation socio-économique révèle une ville à deux vitesses, où la vitrine marketing du centre-ville historique peine à masquer la déshérence des quartiers périphériques et une économie locale en proie à une contraction brutale. L’annulation de l’édition 2026 du FIBD agit comme un révélateur des failles d’un système qui a privilégié la gestion privée au détriment du contrôle public et de l’éthique.
Bilan politique, insécurité et concentration du pouvoir à Angoulême
Depuis son accession au fauteuil de maire en 2014, Xavier Bonnefont a bâti sa communication sur une méthode de travail se voulant apaisée et structurée. Pourtant, à l'aube de 2026, la sérénité affichée semble relever davantage de la stratégie de survie que de la réalité de terrain. L'homme, qui cumule la présidence de l’agglomération GrandAngoulême, est critiqué pour une concentration des pouvoirs qui aurait conduit à une forme d’autisme politique.
Le sentiment d'insécurité a basculé dans une dimension physique et symbolique violente avec l'attaque de l'Hôtel de Ville en août 2024 et l'incendie criminel du centre social de la Grande Garenne en novembre 2024. Ces événements n'ont pas seulement brisé le calme apparent ; ils ont révélé une déconnexion profonde entre les services municipaux et une partie de la population des quartiers prioritaires comme Basseau ou Bel-Air.
Le bilan économique, quant à lui, est marqué par une chute brutale du marché immobilier en 2025, avec une baisse des prix de 6,4%. Pour une ville qui misait sur son attractivité TGV, ce recul est un signal d'alarme. Le niveau de vie médian des Angoumoisins, inférieur de près de 11% à la moyenne nationale, témoigne d'une paupérisation qui ne dit pas son nom, tandis que le taux de chômage stagne à 14,32%.
Pourquoi l’annulation du Festival de la BD a tout fait basculer
Le coup de grâce porté à la mandature actuelle est sans conteste l'annulation de l'édition 2026 du Festival International de la Bande Dessinée. Ce n'est pas un simple aléa de calendrier, mais l'aboutissement d'une crise de gouvernance majeure. Comme le soulignait récemment AQUI.Media dans son analyse « Festival de la BD d'Angoulême : l'édition 2026 est-elle déjà morte ? », la gestion de la société organisatrice 9e Art + a fini par se mettre à dos l'intégralité de l'écosystème de la BD.
L'incapacité de la municipalité à reprendre la main sur cet événement stratégique est criante. En laissant une structure privée régner sans partage sur une manifestation financée en grande partie par l'argent public, Xavier Bonnefont a failli à son rôle de garant du patrimoine culturel. L'« affaire Chloé », impliquant des soupçons de viol au sein de 9e Art +, a achevé de discréditer la gouvernance actuelle. La réponse de la ville, consistant à organiser un événement « Off » renforcé en janvier 2026 avec un budget public de 1,25 million d'euros, apparaît comme un pansement dérisoire sur une plaie béante.
L'arrêt de la production du FIBD pour 2026 est un « cataclysme » selon Patrick Mardikian, président de la Cité de la bande dessinée et candidat à la mairie. Ce naufrage culturel met en lumière l'échec d'une gestion privée contestée qui s'est heurtée de plein fouet aux exigences éthiques des créateurs.
Le Plateau contre les quartiers populaires : une rupture territoriale assumée
La question de la fracture territoriale est au cœur de la campagne. Angoulême n'est pas une entité monolithique. Le "Plateau", centre historique, concentre les investissements, tandis que des quartiers comme Basseau, La Grande Garenne ou Bel-Air se sentent de plus en plus relégués.
L'attaque du centre social de la Grande Garenne en novembre 2024 n'est pas seulement un acte criminel ; c'est le symptôme d'une rupture du lien social. La question de l'eau est également devenue un marqueur politique. La proposition d'instaurer 15 m³ d'eau gratuits par an et par habitant témoigne d'une volonté de la gauche de ramener le débat sur les besoins fondamentaux. De même, la gratuité des transports publics est étudiée comme un levier de désenclavement pour les populations les plus fragiles.
Le contexte macroéconomique ne facilite pas la tâche du maire sortant. L'Insee rapporte un début d'année 2025 morose, marqué par une contraction de l'activité. La fragilité économique rend la ville particulièrement vulnérable aux chocs comme l'annulation du FIBD, qui prive les commerçants d'une part substantielle de leur chiffre d'affaires annuel.
Logement et attractivité : les signaux d'un décrochage
Le marché immobilier angoumoisin, longtemps considéré comme une réserve de valeur accessible, montre des signes d'essoufflement inquiétants. La chute des prix de 6,4% en 2025 est l'une des plus fortes de la région. Le paradoxe est saisissant : alors qu'Angoulême dispose d'une desserte TGV, elle voit ses prix chuter quand des communes limitrophes comme La Couronne (1820€/m²) ou Puymoyen (2077€/m²) se maintiennent.
Cette situation suggère que les acheteurs privilégient désormais la périphérie, fuyant les tensions urbaines. La structure du parc, composé à 56% d'appartements, favorise une population volatile de locataires (50,88%). Les investisseurs, attirés par une rentabilité brute de 8,2%, sont parfois les seuls à tirer profit de cette situation, au détriment de l'entretien durable du bâti ancien.
Municipales 2026 : Les candidats déclarés à Angoulême
Pas moins de 9 listes déclarées ! Du jamais vu dans une ville de 42000 habitants, cela fait tout de même près de 400 candidats.
Xavier Bonnefont (Horizons / Renaissance) : Maire sortant et président de l'agglomération, il défend un bilan de transformation urbaine et de pragmatisme, malgré les crises sécuritaires et le naufrage du FIBD qui fragilisent sa stature de gestionnaire.
Patrick Mardikian (PS / Place Publique) : Président de la Cité de la BD et ancien allié, il s'impose comme le principal challenger. Il prône une rupture de méthode, axée sur la proximité, la réappropriation citoyenne de la culture et la revitalisation du tissu social.
Vincent You (Divers Droite) : Ancien adjoint, il se positionne en recours pour la droite indépendante, critiquant vertement la dérive des finances locales et le manque de fermeté face à l'insécurité grandissante.
Jesse Betruille (Rassemblement National) : Sans expérience, arrivé en janvier, un bébé Bardella, porté par les scores historiques du parti aux législatives, il entend imposer une politique d'ordre et de priorité locale.
Jean-Christophe Compain (Reconquête) : Psychothérapeute investi par Éric Zemmour, il mène une liste de droite radicale pour porter un programme identitaire et sécuritaire face au bloc sortant.
Christophe Duhoux-Salaberry (Angoulême Collectif) : Il porte une vision axée sur l'urgence climatique, proposant une transformation radicale des mobilités et une végétalisation massive pour adapter la "cité de pierre" aux défis de demain.
Raphaël Manzanas (Parti Socialiste) : Figure du PS historique, il tente de reconstruire une base militante solide autour des services publics de proximité et d'une politique de solidarité active envers les quartiers délaissés.
Anne-Aziliz Petit-Louboutin (LFI / PCF) : Cette liste de l'Union Populaire entend mobiliser les abstentionnistes et les quartiers populaires en misant sur la justice sociale, avec des mesures phares comme la gratuité de l'eau et des transports.
Lutte Ouvrière : peu d'infos sur cette liste annoncée il y a quelques jours.
Neuf listes, aucun favori, une ville politiquement éclatée
À l’heure du bilan, Angoulême 2026 se présente comme l’élection de tous les dangers pour Xavier Bonnefont. L’annulation du FIBD a brisé l’image d’une ville qui maîtrise son destin culturel, tandis que l’insécurité galopante a fissuré le mythe d’une cité apaisée. Les indicateurs économiques placent les Angoumoisins dans une posture d’attente et de méfiance.
Le "système Bonnefont", basé sur un marketing territorial agressif mais déconnecté des réalités sociales des quartiers, arrive au bout de sa logique. L’émergence de candidatures fortes comme celle de Patrick Mardikian, alliée à la montée des colères citoyennes et à la pression de l’extrême droite, laisse présager une campagne électrique. La ville a besoin d’une refondation de sa gouvernance culturelle, d’un plan d’urgence pour ses quartiers délaissés et d’une véritable stratégie de revitalisation économique.
Avec 9 candidats nous sommes sur d'une chose : rien n'est sur !
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Par Guillaume-Olivier Doré
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